“É o capitão do povo _ Que vai vencer de novo …” _ l’industrie du sertanejo au diapason de la droite néo-fasciste brésilienne

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18 Oct
2023

Elie Pucheral

Résumé

Cet article, à la croisée entre l’histoire et la science politique, a pour objectif principal d’analyser dans quelle mesure l’industrie musicale du sertanejo, genre issu des campagnes du Sud-Est et du Centre-Ouest du Brésil, s’est peu à peu arrimée au discours et au projet politique et identitaire porté par la droite conservatrice et réactionnaire brésilienne. Il est axé sur les problématiques suivantes : depuis sa création au début du XXe siècle, quelles sont les grandes évolutions de la música sertaneja ? Comment celle-ci, pendant longtemps si méprisée, est-elle devenue le genre musical le plus écouté au Brésil ? Enfin, dans quelle mesure sertanejo constitue à l’heure actuelle le meilleur instrument de propagande de l’extrême-droite brésilienne et incarne la « bande son » de la guerre culturelle qu’elle mène depuis plus d’une décennie ? Pour répondre à ces interrogations, j’entreprends dans un premier temps une lecture historique du sertanejo en retraçant sa genèse et en revenant sur ses multiples transformations à travers le temps. Dans un second temps, en me basant sur les recherches de l’anthropologue de la musique Georgina Born, je montre comment celui-ci se fait aujourd’hui l’écho d’une identité culturelle blanche, masculine et hétérosexuelle, résolument anti-communiste et chrétienne-conservatrice. Ce constat me permet, dans un dernier temps, de faire l’hypothèse que le bolsonarisme aurait trouvé dans la música sertaneja son médium culturel privilégié pour défendre non seulement son agenda politique antidémocratique et ultraconservateur, mais aussi favoriser les intérêts des puissants lobbies de l'agronégoce, du fondamentalisme chrétien et des armes à feux.

This article, at the crossroads of history and political science, aims to analyse the extent to which the sertanejo music industry, a genre that originated in the countryside of south-eastern and central-western Brazil, has gradually got along with  the discourse and the political and identity project of the Brazilian far right. It focuses on the following questions : since its creation at the beginning of the twentieth century, what have been its major developments ? How has it become the most listened-to musical genre in Brazil? And finally, to what extent is sertanejo currently the best propaganda tool of the Brazilian far right, embodying the 'soundtrack' of the cultural war it has been waging for over a decade? To answer these questions, I begin by taking a historical look at sertanejo, tracing its origins and looking at its many transformations over time. Secondly, based on the research of the anthropologist Georgina Born, I show how the latter now echoes a white, male and heterosexual cultural identity that is resolutely anti-communist and Christian-conservative. This observation allows me, finally, to make the hypothesis that Bolsonarism has found in sertanejo its best cultural medium for defending not only its anti-democratic and ultraconservative political agenda, but also for promoting the interests of the powerful agribusiness, Christian fundamentalist and firearms lobbies.

Este artigo, no cruzamento da história e da ciência política, tem como objetivo analisar até que ponto a indústria da música sertaneja, um gênero originário do interior do sudeste e centro-oeste do Brasil, tornou-se gradualmente parte do discurso e do projeto político e de identidade da direita conservadora e reacionária brasileira. A pesquisa se concentra nas seguintes questões: desde sua criação, no início do século XX, quais foram as principais evoluções da da música sertaneja? Como ela se tornou o gênero musical mais ouvido no Brasil? E, finalmente, até que ponto o sertanejo é atualmente a ferramenta de propaganda mais eficaz da extrema direita brasileira, incorporando a “trilha sonora" da guerra cultural que vem travando há mais de uma década? Para responder a essas perguntas, começo fazendo uma análise histórica do sertanejo, traçando suas origens e observando suas muitas transformações ao longo do tempo. Em segundo lugar, com base na pesquisa da antropóloga Georgina Born, mostro como o último ecoa agora uma identidade cultural branca, masculina e heterossexual que é resolutamente anticomunista e conservadora. Essa observação me permite, finalmente, levantar a hipótese de que o bolsonarismo encontrou na música sertaneja seu meio cultural preferido para defender não apenas sua agenda política antidemocrática e ultraconservadora, mas também para promover os interesses das poderosas bancadas do agronegócio, da Bíblia e dos armas de fogo.

Détails

Chronologie : XIXe – XXIe siècle
Lieux : Brésil
Mots-clés : BrésilAmérique Latinemusiquesertanejoindustrie musicaleJair Bolsonarobolsonarismeextrême droitenéo facisme conservatismemasculinitésgenreanthropologie de la musiquescience politiquehistoire, études de genre représentationsidentités culture

Chronology: XIXth – XXIth century
Location: Brazil
Keywords: Brazil – Latin America – music – sertanejo – music industry – Jair Bolsonaro – bolsonarism – far right – neo-factionism – conservatism – masculinities – gender – anthropology of music – political science – history – gender studies – representations – identities – culture

Plan

I – Du « cowboy du sertão » au « cowboy de l’asphalte » : genèse, urbanisation et transformations de la música sertaneja

II – Música sertaneja et identité culturelle

III – Le sertanejo, outil de propagande pour la droite néo-fasciste brésilienne ?

Considération finales

Pour citer cet article

Référence électronique
Pucheral Elie, ““É o capitão do povo _ Que vai vencer de novo …” _ l’industrie du sertanejo au diapason de la droite néo-fasciste brésilienne", Revue de l’Association des Jeunes Chercheurs de l’Ouest [En ligne], n°3, 2023, mis en ligne le 18 octobre 2023, consulté le 12 avril 2024 à 16h04, URL : https://ajco49.fr/2023/10/18/e-o-capitao-do-povo-_-que-vai-vencer-de-novo-_-lindustrie-du-sertanejo-au-diapason-de-la-droite-neo-fasciste-bresilienne

L’Auteur

Elie Pucheral

Doctorant en science politique à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) | CERMA & UMR Mondes Américains

Droits d’auteur

Tous droits réservés à l’Association des Jeunes Chercheurs de l’Ouest.
Les propos tenus dans les travaux publiés engagent la seule responsabilité de leurs auteurs.

            À la mémoire de Daniel (1998 – 2022), qui n’aimait pas le sertanejo.

            Cette contribution a pour objectif de montrer comment l’industrie de la música sertaneja, genre musical issu des campagnes brésiliennes et originellement lié à l’identité culturelle des paysans du Sud-Est et du Centre-Ouest brésilien, s’est progressivement mise au diapason de la droite néo-fasciste brésilienne, incarnée de nos jours par le bolsonarisme. Je propose pour cela de mettre en lumière les métamorphoses qu’elle a connues à travers les XIXe et XXIe siècles en expliquant pourquoi son urbanisation, concomitante à son entrée dans l’industrie musicale, a permis la création d’une identité collective fondée sur des valeurs conservatrices et réactionnaires. Entretenant depuis longtemps une proximité quasi-organique avec les secteurs du christianisme fondamentaliste, de l’agronégoce et des armes à feu[1], je défends que le sertanejo constitue à l’heure actuelle le meilleur instrument de propagande de l’extrême-droite brésilienne et incarne la « bande son » de la guerre culturelle qu’elle mène depuis plus d’une décennie. Bien qu’il soit le genre musical le plus écouté au Brésil à l’heure actuelle, le sertanejo semble avoir eu quelques difficultés à franchir le seuil du monde académique — et en premier lieu brésilien —, au vu des publications peu nombreuses qui en traitent. De plus, si son histoire reste néanmoins solidement documentée, rares encore sont les analyses que son industrie entretient avec les milieux politiques conservateurs. Au travers de cette contribution, j’espère pouvoir modestement combler certaines lacunes historiographiques et permettre au lectorat francophone non averti de découvrir un peu plus, sous le prisme de la música sertaneja, l’histoire politique et culturelle du Brésil.

Du « cowboy du sertão » au « cowboy de l’asphalte » : genèse, urbanisation et transformations de la música sertaneja

            La sertanejo est un genre musical relativement récent dans l’histoire musicale du Brésil. Apparu dans le premier quart du XXe siècle, celui-ci est issu d’un métissage entre deux éléments : la música caipira (musique paysanne) des États du Sudeste et du Centre-Ouest (São Paulo, Minas Gerais, Goiás, Mato Grosso do Sul…) et les rythmes autochtones traditionnels tels que le catira, le caterête et le caruru. Ses chanteurs (déjà constitués en duo) se font les porte-voix de leur communauté, en exaltant dans leurs cantos la vie de l’homme du sertão[2] et la beauté des paysages qui l’entourent[3]. Aux origines, seule la viola portuguesa (guitare sèche portugaise) accompagnait les chanteurs : l’addition de nouveaux instruments (comme l’accordéon ou les percussions) ne se fera progressivement qu’après la Seconde Guerre mondiale. Jusqu’à l’entre-deux-guerres, il était courant au Brésil de classifier comme música sertaneja ou caipira n’importe quel genre musical qui était issu de « l’intérieur » des États de la fédération, au point que les adjectifs sertanejo et caipira se confondaient dans le langage courant — désignant tous les deux, souvent péjorativement, le monde paysan, figé dans ses traditions archaïques et superstitieuses, à rebours du progrès et de la modernité[4]. L’exode rural des paysans vers les grandes villes comme São Paulo, Goiânia ou Curitiba permet à leur musique de s’implanter durablement en milieu urbain : « la música sertaneja », écrit Allan de Paula, auteur d’une thèse sur le sujet, « [est le] résultat d’une désarticulation de la culture paysanne traditionnelle face au mouvement de l’urbanisation[5] ». La description des paysages s'efface au profit de thèmes reflétant le labeur et les dures conditions de vie des familles rurales habitant désormais en ville. Pionnier dans l’étude du genre, Waldenyr Caldas estime que la sortie en 1967 du titre « Os hippies do mundo sertanejo » de Leo Canhoto & Robertinho signe le début d’une « révolution esthétique » qui, à terme, donnera naissance au sertanejo moderne[6] : la guitare portugaise, «  symbole mythique » de la música caipira, disparaît au profit de la guitare électrique ; la manière de chanter quelque peu nasale se fait plus discrète ; l’instrumentation est bouleversée par les apports de la pop, du rock ainsi que de la musique mexicaine ou paraguayenne. La figure du paysan — autrefois centrale —, finit ainsi par s’étioler au profit de « l’incorporation des valeurs de la ville[7] » et des lieux communs sur l’amour. Auteur d’une monographie sur la modernisation de la música sertaneja, Gustavo Ferreira souligne que l’effacement progressif des thèmes et des sonorités propres à la música caipira a provoqué de nombreuses résistances au sein des communautés rurales[8]. Encore aujourd’hui, certains duos continuent de critiquer ce qu’ils appellent les dérives d’un « sertanejo urbanisé » qui se serait trop éloigné de ses origines[9].

            Dans les années 1970, sous la dictature militaire, le Brésil jouit d'une consolidation de son économie capitaliste, basée sur une participation forte de l’État et l'accélération des investissements de capitaux étrangers. Or, comme le souligne le chercheur Guilherme Ortega, le « miracle économique brésilien » a permis à l’industrie culturelle nationale de se développer, comme en témoigne par exemple l’explosion du marché phonographique (+400% entre 1965 et 1972)[10]. C’est dans ce contexte économiquement favorable que l’on assiste notamment à un processus de modernisation de la  música sertaneja. Arrachée de ses origines paysannes, elle devient, selon les mots de Caldas, un «  produit de l’industrie culturelle » reproductible à l’envie, un nouveau « marché » dominé par de nouvelles « techniques sophistiquées de marketing [11] ». La modernisation du sertanejo fait résolument écho à la théorie d’Adorno sur l’industrialisation de la culture, exposée par Guilherme Ortega dans un article : plus un bien culturel est marchandé et connaît un succès mercantile, plus son contenu originel se trouve effacé et sa valeur esthétique réduite. Ce qui est désormais valorisé est la capacité d’une œuvre à être commercialisée au plus grand nombre[12]. Les duos de sertanejo sont donc sommés d’être bankable, d’adopter un «  langage plus universel », de « parle[r] du coeur, du romantisme, du chagrin[13] ».

            Il faudra néanmoins attendre les années 1980 pour que le sertanejo devienne un « produit de consommation » apprécié des classes moyennes et supérieures urbaines, qui jusqu’alors le considéraient comme un genre musical dénué d’intérêt[14]. En 1990 et 1991, la música sertaneja est la troisième la plus diffusée sur les grandes ondes du pays et la seconde en 1992, derrière les grands « tubes » internationaux de l’époque[15]. Son implantation progressive dans le paysage musical national n’était pourtant pas une évidence. En effet, jusqu’aux premières années de la re-démocratisation, celle-ci a été pendant longtemps taxée de « mauvais goût[16] ». D’aucuns considérant le sertanejo comme un « “sous-produit” de l’industrie culturelle, destinée à “abrutir” les foules au travers de répétitions et une qualité esthétique moindre [17]», il est en quelque sorte condamné jusqu’au années 1980 à la marginalité musicale et sociale[18]. Fait remarquable dans une industrie très testostéronée, les femmes commencent à prendre le microphone, à former des duos ou à se lancer dans des carrières solo[19]. On observe enfin un changement de style vestimentaire : la tenue rustique du cowboy fait progressivement place à celle, décontractée, du jeune homme ou de la jeune femme «  pleinement familiarisé[e] avec la vie urbaine[20] ».

            C’est n’est qu’au début des années 2010 que le sertanejo accède à la première place du podium  : en 2012, la chanson « Ai se eu te pego » de Michel Teló est le 6ème single le plus vendu au monde avec plus de 7 millions de copies achetées aux quatre coins de la planète ; dépassant des piliers du rap US comme Nicky Minaj[21]. Ce titre est en outre de multiples fois certifié dans divers pays du monde disque d’or, d’argent et de platine et conquit la première place des charts, notamment en France où il demeure à leur tête durant neuf semaines[22]. Des vedettes sportives participent à la promotion et à la popularisation du sertanejo en s’affichant sur scène avec les chanteurs en vue, comme le footballeur Neymar avec Gusttavo Lima en 2013[23]. Sept ans plus tard, parmi les dix artistes les plus écouté·e·s au Brésil, huit se revendiquent du sertanejo[24]. En 2020, les noms d’Henrique & Juliano, de Gusttavo Lima, de Zé Neto & Cristiano ou de Marilia Mendonça ont été les plus recherchés sur YouTube, les captations de leurs concerts cumulant ensemble un milliard de vues[25]. Au printemps 2023, pendant la composition de cette contribution, le sertanejo domine — et très largement —  les Tops 50 Brazil des plateformes Apple Music et Spotify[26]. S’il s’écoute globalement partout au Brésil, il demeure pour autant très populaire dans la région Centre-Ouest d’où il est en partie originaire, et où ses vedettes se sont installées dans de luxueuses villas — notamment à Goiania (État de Goiás), connue pour être la « capitale du sertanejo » du pays.

Música sertaneja et identité culturelle

            L’anthropologue et sociologue Georgina Born et David Hesmondhalgh nous aident à comprendre dans Western Music and Its Other (2000), qu’iels co-dirigent, comment s’articulent les relations entre musique et identité. Dans l’introduction de cet ouvrage, iels nous décrivent la manière dont les identités sociales et culturelles peuvent être évoquées, organisées et représentées dans le quatrième art, et dressent une typologie fertile :  il y a d’abord les musiques dites « homologiques », celles qui reflètent les structures, les relations sociales et l’identité d’une communauté donnée. Il y a ensuite ce qu’iels appellent le « process model », expression décrivant les genres musicaux non-rattachés à une communauté particulière mais dont l’écoute va permettre au public d’en former une, généralement autour de valeurs partagées. Il y a enfin les musiques créées par « projection » des fantasmes sociaux d’un groupe sur un autre et de celles qui, « après les faits » (after the facts), gagnent des significations qu’elles n’avaient pas à l’époque de leur composition[27]. Comme je l’ai démontré plus haut, la música sertaneja (au moins jusqu’aux années 1980) portait en elle une identité culturelle bien précise, socialement et géographiquement bien délimitée : celle des pauvres paysans vivant dans le sertão des États de São Paulo, du Paraná et du Goiás, puis dans leurs capitales respectives. Les créations musicales des duos de sertanjistes ont, pendant longtemps, illustré les structures de la société rurale brésilienne de la première moitié du XXe siècle et les relations intercommunautaires de ses individus ; souvent sous le prisme de l’injustice sociale et du sentiment de déclassement. A cet égard, le sertanejo d’autrefois peut aisément se ranger dans la catégorie des musiques «  homologiques » , selon la terminologie de Georgina Born. Toutefois, la modernisation opérée par l’industrie musicale brésilienne à la fin des années 1970 sur ce genre musical a bien évidemment bouleversé ce schéma de correspondances ;  même si des éléments de la música caipira subsistent encore aujourd’hui au sein du sertanejo. Le quotidien des communautés rurales ayant été troqué, dans les textes, contre des lieux communs (amours impossibles, sentiment de saudade…) afin de rendre ce genre consommable universellement, il semble que celui-ci se rapproche désormais du « process model » : à défaut de refléter une identité collective précise dans les paroles, il permet à ses amateurs de s’en constituer une. C’est ainsi que l’anthropologue affirme que la musique peut « produi[re] et anime[r] des communautés imaginées [imagined communities][28] » ainsi que de nouvelles identités collectives.

            Je ne propose pas ici d’entreprendre une analyse sociologique complète de la consommation du sertanejo, mais plutôt de voir, à partir du corpus théorique disponible à ce sujet, quelle est la nature de l'identité collective construite à partir de son écoute. Je souhaite en particulier me focaliser sur les relations de genre dans la música sertaneja, car cet aspect est à l’origine d’un corpus théorique fertile et qu’il est celui qui saisit sans doute le plus les auditeur·ice­·s. En effet, une interprétation spécifique des catégories du masculin et du féminin semble être l’un des principaux marqueurs identitaires du sertanejo moderne. Se basant sur un corpus de dix chansons (dont huit sont chantées par des hommes), Thais G. Blaum observe ainsi que plusieurs thèmes sont fréquemment abordés, comme la déception amoureuse, la fidélité ou les relations sexuelles au sein du couple. Or, ces axes thématiques sont profondément ancrés dans les traditionnels stéréotypes de genre. D’un côté, le masculin est caractérisé par sa virilité (notamment sexuelle), sa force physique, sa présence dans les espaces publics et son penchant pour l’alcool. Dans l’univers du sertanejo, la femme oscille ainsi entre deux modèles : celui de la « protectrice du foyer, fragile, sans défense, sans savoir et facilement manipulable par son “maître”, qu’il soit représenté par la figure du petit-ami, du mari ou du père[29] » et celui de l’amante jalouse, vivant cachée, obsédée par l’impossibilité d’officialiser sa relation avec son amant déjà marié. L’anthropologue Matheus França souligne « l’objectification pure » du corps des femmes tant dans les chansons que dans les espaces festifs dédiés au sertanejo (bars, boîtes de nuit, salles de concert), où celui-ci a pu réaliser une éclairante enquête sur le terrain[30]. L’univers du genre musical réitère, à ses yeux, « divers codes de la masculinité hégémonique[31]» : lorsqu'ils sont ensemble, les aficionados du sertanejo s’habillent en cowboys, adoptent une posture virile d’où transparaît une « sexualité prédatrice », font des remarques salaces sur les femmes présentes dans l’assemblée, boivent sans modération de la bière mais surtout du whisky  — lequel est qualifié de « boisson des machos » par l’un de ses interlocuteurs, en opposition notamment à la vodka jugée plus féminine[32]. C’est pourquoi G. Ferreira parle dans sa thèse d’une « esthétique de la violence » indissociable, selon lui, de la música sertaneja[33] : si les artistes ne parlent plus de celle subie par l’exploitation de la classe ouvrière paysanne, elle subsiste aujourd’hui dans la description des rapports de domination entre les deux genres, dans le comportement du public masculin qui l’apprécie ainsi que dans l’image virile que transmettent les artistes sertajenistes à la fois sur scène et sur leurs réseaux sociaux. Ainsi, Thais Blaum et Matheus França s’accordent à dire que la majorité des duos de sertanejistes normalisent la domination masculine et donnent raison aux représentations stéréotypiques des deux genres. Grâce à leurs analyses, on peut donc dire que le sertanejo, en tant que genre musical s'apparentant au « process model » décrit par Georgina Born, a pu permettre la création d’une identité collective fortement marquée par le conservatisme social, la défense du patriarcat et d’une vision hétéronormée du monde et des relations humaines.

Le sertanejo, outil de propagande pour la droite néo-fasciste brésilienne ?

            Si la « communauté imaginée » par le sertanejo moderne est animée par la défense de la masculinité hégémonique, du modèle familial hétérosexuel et de l’ordre sexuel et sexué traditionnel, on ne s’étonnera du fait que celle-ci ait pu se reconnaitre et se renforcer dans les discours de l’extrême-droite brésilienne d’hier comme d’aujourd’hui. On peut même parler d’une histoire d’amour presque séculaire et jamais démentie entre l’industrie de la música sertaneja et les milieux (ultra)conservateurs, (ultra)libéraux et réactionnaires brésiliens.

            Pour mieux comprendre cette solide romance, remontons tout d’abord à la période de la dictature militaire. En 1968, le gouvernement Costa e Silva (1967 – 1969), contesté par des vagues de protestation populaire, signe l’Acte Institutionnel 5 (AI-5). Au nom de la « sécurité nationale », ce cinquième décret présidentiel fait définitivement basculer le Brésil dans un régime répressif et autoritaire : deux ans après la fermeture du Congrès, les réunions politiques sont désormais interdites, les syndicats muselés, un régime de censure dans les arts est instauré et la persécution, la torture et l’assassinat d’opposant·e­·s sont systématisés[34]. Or, ces « années de plomb » coïncident également avec celles dudit « miracle économique brésilien ». Les présidents Costa e Silva et Médici (1969 – 1974), renforcés par la bonne santé économique du pays, investissent massivement dans la propagande. La population brésilienne est abreuvée de produits dérivés (notamment de stickers) aux slogans nationalistes (comme le très fameux « le Brésil, tu l’aimes ou tu le quittes »), que les duos de sertanejo de l’époque reprennent à leur compte. Les sertanejistes Leo Canhoto & Robertinho, déjà cités plus haut, ont par exemple composé «  diverses chansons en syntonie avec le régime dictatorial », dans lesquelles se mêlent souvent, dans un ton jugé « agressif » par G.Ferreira, anti-communisme, nationalisme exacerbé, exaltation de la foi catholique et défense de l’unité nationale.  D’autres duo comme Tonico & Tinoco ou Liu & Léo ont composé de véritables apologies des grands chantiers infrastructurels (ponts, autoroutes, barrages…) du gouvernement militaire. Bien que les éloges aux généraux ont de fait dépassé les clivages musicaux et que la censure ait touché tous les genres, l’industrie de la música sertaneja s’est particulièrement distinguée des autres par son soutien « actif » à la dictature et par la promotion ouverte d’un nationalisme offensif[35]. Son cas permet ainsi de contrebalancer, toujours selon G.Ferreira, la « mémoire fabriquée » d’une musique populaire qui aurait été nécessairement une musique de résistance[36], en montrant les collusions et les alignements idéologiques d’une partie de l’industrie musicale de l’époque avec le pouvoir en place.

            Après 1985, il est frappant de constater la pérennisation des liens qui unissaient sous le régime militaire l'univers du sertanejo et la droite ultra conservatrice brésilienne. En pleine re-démocratisation et forts de leur succès commercial, les duos de sertanejo sont invités à se produire sur les scènes des nouveaux meetings politiques (comicios) en échange d’importants cachets : « on faisait des concerts pour n’importe quel homme politique. Il suffisait juste de payer pour que l’on joue » affirme ainsi le sertanejiste Chitãozinho dans un entretien au journal Folha de São Paulo datant de 1988 et cité par G. Ferreira dans sa thèse[37]. Toutefois, les duos ont commencé à être de plus en plus sélectifs quant à leur choix, et iront jusqu’à soutenir certains candidats — pour la plupart issus des partis politiques de droite et de centre-droit : « aujourd’hui », développe Chitãozinho dans la même entrevue, « on assume une position, on doit avoir une personnalité politique, choisir un candidat et assumer ce côté politique ». Lors de l’élection présidentielle de 1989 (la première depuis la re démocratisation quatre ans plus tôt), les candidats issus des forces d’opposition à la dictature militaire, à l’image de Leonel Brizola[38] ou de Luiz Inacio « Lula » da Silva, sont publiquement soutenus par la majeure partie de la classe artistique brésilienne. Moins nombreux sont celles et ceux qui appellent à voter pour Fernando Collor de Mello, candidat anti-communiste et héritier idéologique de l’Alliance Rénovatrice Nationale (ARENA), l’ancien parti du régime autoritaire. Plusieurs sertanejistes de renom ont ainsi participé à la campagne de la « progéniture de la dictature militaire », comme l'appelait son vieil opposant Brizola. Une fois élu, Fernando Collor ne cessera de s’afficher médiatiquement avec la « famille sertaneja », qu’il invite dans ses résidences officielles à Brasilia sous l’oeil amusé des caméras de télévision[39]. Dans la mémoire populaire, ce lien artistico-politique conjuguant le monde du sertanejo et le président Collor sera désormais insécable, au point que critiquer le président déchu en 1992 par une procédure de destitution revenait aussi à critiquer la música sertaneja et ses représentants. Selon Allan de Paula, les milieux académiques et journalistiques de l’époque avaient aussi tendance à faire la même équation entre succès populaire et mercantile du sertanejo, sa percée dans les classes moyennes et supérieures brésiliennes et montée du conservatisme au Brésil[40].

            Un peu moins de trente ans plus tard, le même schéma semble s’être reproduit. L’arrivée par les urnes d’un député fédéral, connu pour ses saillies sexistes, racistes et homophobes ainsi que pour sa nostalgie assumée de la dictature militaire permet à toute une nouvelle génération de sertanejistes de « sortir du placard » et d’affirmer publiquement et sans vergogne leurs positions conservatrices, nationalistes et ultra libérales — bien souvent en syntonie avec celles défendues par le candidat puis le président Bolsonaro. Le géographe français Hervé Théry, dans un édifiant « éclairage cartographique » des élections présidentielles de 2018, établit une corrélation entre le vote en faveur de Jair Bolsonaro (majoritaire dans les territoires du Sudeste et du Centre-Ouest), l’agrobusiness et les communautés évangéliques du pays[41]. Or, ces régions sont également le lieu de naissance de la música sertaneja et du développement du sertanejo moderne, où il reste encore très consommé. Loin d’être une coïncidence, cette co-incidence illustre les liens organiques et indéfectibles entre l’industrie musicale sertanejistes et les « lobbies des 3B » qui la financent massivement et qui invitent toujours ses représentants à ses méga-événements (salon de l’agrobusiness, « Marche pour Jésus », etc). Comme le résume le journaliste João Filho de The Intercept Brazil, « les festivals de l’agro-élevage (…), les rodéos et les marchés de l’agronégoce, sponsorisés par le pouvoir public et les barons ruralistes, sont les principaux contractants des artistes sertanejistes[42] ». Ainsi, à l’heure actuelle, la proximité entre l’industrie du sertanejo et la nébuleuse ultra conservatrice, ultra libérale et réactionnaire est plus que jamais assumée. C’est par exemple le duo Mateus & Cristiano qui a écrit le jingle de campagne du candidat Bolsonaro pour les dernières élections présidentielles. Dans ce nouvel hymne à la gloire du « Mythe », comme l’appellent ses fervents défenseurs, ce dernier est décrit tantôt comme le « capitaine du peuple », tantôt comme un « homme de Dieu », assurément défenseur de la famille, de la foi chrétienne et de la nation. Un des couplets reprend même son fameux slogan « Le Brésil au-dessus de tout, Dieu au-dessus de tous ». Le dernier Congrès National du Parti Libéral durant lequel l’ancien président avait été officialisé comme candidat à sa propre succession pourrait synthétiser mes propos. Présent dans l’assemblée en ce 24 juillet 2022, j’ai pu voir sur la scène du Maracanãzinho non seulement le couple présidentiel, mais aussi les hauts dignitaires des lobbies de la Bible, du Boeuf et de la Balle ainsi que le duo de sertanejistes en question. Peut-être que l’occasion l’exigeait, mais une franche et sensible camaraderie harmonieuse se dégageait entre ces différentes personnalités.

            Avant de conclure, je voudrais prendre un autre exemple, aussi symptomatique qu’éloquent, de cette collusion entre l’industrie du sertanejo et l’extrême-droite brésilienne. Gusttavo Lima est sans doute l’un des chanteurs les plus populaires des musiques actuelles brésiliennes. Issu d’une famille ouvrière et rurale du Minas Gerais, il commence sa carrière au début des années 2000 en « montant » à la capitale, où il enchaîne les petits concerts avant de se faire repérer. Toutefois, c’est en 2012 qu’il gagne une notoriété nationale (et internationale) avec le lancement de son titre « Balada » qui parvient même à dominer les charts européens pendants deux semaines[43]. Appelé au Brésil le « Prince du sertanejo » ou encore « l’Ambassadeur », il est sans aucun doute la figure de proue de ce genre musical depuis plus d’une décennie. S’il cultive sur ses réseaux sociaux l’image d’un éternel « beau gosse » et joue sur son physique avantageux, il n’hésite plus à se présenter depuis quelques années comme « citoyen de bien » (cidadão de bem), ardent défenseur de la « famille traditionnelle brésilienne », de la patrie et du capitalisme néolibéral. En 2018, dans une vidéo postée sur Instagram où l’on voit le chanteur tirer, au ralenti, au fusil d’assaut, il déclare son soutien — comme une majeure partie de ses confrères sertanejistes — à l’ancien député Bolsonaro[44]. Quatre ans plus tard, Gusttavo Lima réitère avec encore plus de conviction son appui à l’ancien chef de l’État, qui cherche à se faire réélire[45]. Lors de nombre de ses concerts pendant la période électorale, le « Prince du sertanejo » se lance dans des diatribes farouchement anti-communistes et anti-progressistes teintées de ferveur religieuse[46]. À quatre jours du premier tour, il participe au « Super Live de la Liberté » en présence du président Bolsonaro durant lequel le chanteur fait l’éloge appuyé de sa personnalité et du bilan de ses quatre années à la tête du pays[47]. Lui comme d’autres affichent explicitement leur proximité avec des figures de proue des lobbies du christianisme politique, de l’agrobusiness et des armes à feu en participant à des rassemblements religieux, à de grands salons agricoles ou en postant sur les réseaux sociaux des photographies d’eux, fusils à la main. Leurs discours pro-capitalistes et pro-extractivistes flirtant avec une vision « minarchiste » du monde et de la société les distinguent du reste de la classe artistique brésilienne, globalement acquis à la gauche[48]. Se voyant et se présentant comme des self made men, les sertanejistes s'enorgueillissent d’avoir construit leur carrière sans avoir eu à « sucer les mamelles de l’État [49]» (c’est-à-dire à bénéficier de subventions publiques, et notamment de la Loi Rouanet[50]). Cette déclaration a ouvert une véritable boîte de pandore, car des journalistes ont commencé à enquêter sur sa véracité. Ils ont en effet découvert que les artistes de sertanejo bénéficiaient de fait de l’argent public au travers de faramineux cachets payés par des municipalités rurales où ils avaient été invités à se produire[51]. C’est ainsi que de petites villes aux services publics déficients ont dépensé des millions de réaux pour faire venir sur leurs terres de prestigieux chanteurs. À titre d’exemple, Gusttavo Lima aurait reçu près de 5 millions de réaux (soit près de 930 000 euros) de cachets entre janvier et juin 2022, selon les estimations de la journaliste Thais Bilenky[52]. Face à ce schéma de détournement de fonds publics, le ministère public fédéral à décider de mener une série d’investigations et « l’Ambassadeur », pris dans la tourmente, a été sommé de se justifier. Acculé et mis sous pression, ce dernier s’affiche en larmes dans un live posté sur ses réseaux sociaux, pendant lequel il affirme vouloir  « jeter l’éponge » et mettre un terme à sa carrière (ce qu’il ne fera finalement pas)[53].

Considération finales

            Le 8 janvier 2023 à Brasilia, des militant·e·s bolsonaristes radicalisé·e·s envahissent la place des Trois Pouvoirs et saccagent le mobilier du Congrès, du Palais présidentiel et du Tribunal Suprême Fédéral. À l’heure actuelle, différents éléments de l’enquête parlementaire indiquent de multiples connivences entre les terroristes d’extrême-droite voulant renverser la démocratie et les représentants des forces de l’ordre qui, quand ils ne participaient pas à l’émeute, ont tout fait pour ne pas l'empêcher. Une récente étude de Dennis Pacheco du Forum Brésilien de Sécurité Publique réalisée sur les profils Facebook de près de 885 000 policiers militaires, civils et fédéraux issus des vingt-sept États de l’Union montrait que, malgré leur diversité ethnique, sociologique et géographique, ces derniers partageaient trois choses en commun : une haine contre les minorités sexuelles, un soutien inconditionnel au président Bolsonaro et une passion pour… la música sertaneja[54].  Quand on regarde son histoire, on ne peut que s’étonner de ses transformations et de son rapprochement graduel avec la droite conservatrice et réactionnaire, que l’on peut aussi qualifier de néo-fasciste tant la haine des valeurs et des institutions démocratiques est centrale dans son projet politique. Dépouillée par les tenants de l'industrie musicale de l’époque de ses références paysannes, la música sertaneja devient un genre musical bon marché et urbanisé autour duquel une nouvelle communauté se construit une identité collective, fondée sur la défense du patriarcat, du modèle familial et de l’ordre sexuel et sexué traditionnels. C’est parce-que cette identité entrait en totale syntonie avec la vision du monde et des rapports humains défendu par Jair Bolsonaro que celui-ci en a fait la caisse de résonance de sa guerre culturelle. Organiquement lié aux lobbies du christianisme politique, de l’agrobusiness et des armes à feu, le sertanejo moderne se fait l’écho d’un Brésil fondamentalement chrétien, violent, machiste, sexiste, homophobe et corrompu. Croire que la chute de l’ancien président signifie la mort du bolsonarisme est une chimère : tant que son idéologie sera d’actualité, l’industrie du sertanejo continuera d’être sa meilleure alliée, et probablement l’un de ses meilleurs outils de propagande.

            L’auteur remercie chaleureusement Anaïs Fléchet, Catherine Rudent et Laurent Martin pour leur relecture attentive de cet article ainsi que pour leurs conseils avisés.

[1] Nous devons à la députée fédérale Erika Kokay la popularisation de l’expression « lobbies des 3B » (pour la Bible, le Boeuf et la Balle) afin de désigner ces groupes d’intérêts très puissants dans la vie politique brésilienne.

[2] Le mot sertanejo vient lui-même du terme sertão, qui désigne au départ le biome semi-aride du Nordeste brésilien mais qui par abus de langage est utilisé pour désigner les localités rurales éloignées des mondes urbains.
[3] TELES VIANA, Gabriel. “música sertaneja Universitária e valores dominantes: um estudo do discurso das canções e sua relação com os valores sociais capitalistas” [article en ligne]. Blog Sociologia da Musica, publié le 23/07/2016 et consulté le 10/04/2023 sur : http://sociologiaofmusic.blogspot.com/2016/07/1musica-sertaneja-universitaria-e.html.

[4] OLIVEIRA, Allan de Paula. Miguilim foi pra cidade ser cantor : uma antropologia da música sertaneja. Thèse de doctorat sous la direction de Miriam Hartung, Universidade Federal de Santa Catarina, 2009, p.268-271. À la même époque, l’adjectif « regional » (régional) était amplement utilisé pour décrire, pêle-mêle, les genres musicaux issus du monde rural. Je remercie Anaïs Fléchet pour cette précision.
[5] Ibid, p. 18.

[6] CALDAS, Waldenyr. « Revendo a música sertaneja ». Revista USP, n°64, 2004/2005, p. 63-65.

[7] FERREIRA Gustavo Alves Alonso. Cowboys do asfalto : música sertaneja e modernização brasileira. Thèse de doctorat sous la direction de Daniel Aarão Reis. Universidade Federal Fluminense, 2011, p. 31. Pourtant eux-mêmes issus des campagnes, les duos de sertanejo témoins de cette mutation comme Leandro & Leonardo iront même jusqu’à nier leur « héritage campagnard » (herança caipira).
[8] Ibid, p. 27.
[9] ORTEGA, Rodrigo. « Bruno & Barretto defendem 'sertanejo bruto' com hit 'Farra, pinga e foguete' » [article en ligne]. G1, publié le 20/10/2015 et consulté le 17/02/2023 sur : https://g1.globo.com/musica/noticia/2015/10/bruno-barretto-defendem-sertanejo-bruto-com-hit-farra-pinga-e-foguete.html.

[10] ORTEGA, Guilherme Castro. « A música sertaneja Nos Anos 70: Tensões Entre Antigo E Moderno ». Revista Extraprensa, vol. 3, n°3, novembro de 2010, p. 550.

[11] CALDAS, Waldenyr. « Revendo a música sertaneja », op. cit., p. 64.

[12] ORTEGA, Guilherme Castro. « A música sertaneja Nos Anos 70… », op. cit., p. 548.

[13] AFP, “Le sertanejo, la musique country qui fait soupirer tout le Brésil” [en ligne]. Le Point, publié le 10/11/2016 et consulté le 02/03/2023 sur : https://www.lepoint.fr/culture/le-sertanejo-la-musique-country-qui-fait-soupirer-tout-le-bresil-10-11-2016-2082317_3.php.

[14] OLIVEIRA, Allan de Paula. Miguilim foi pra cidade…, op. cit., p. 315.

[15] Voir : Mais Tocadas, « Top 100 Músicas Mais Tocadas em 1990 » [en ligne]. Consulté le 02/03/2023 sur : https://maistocadas.mus.br/1990/ ; « Top 100 Músicas Mais Tocadas em 1991 » [en ligne]. Consulté le 02/03/2023 sur : https://maistocadas.mus.br/1991/ ;  « Top 100 Músicas Mais Tocadas em 1992 » [en ligne]. Consulté le 02/03/2023 sur : https://maistocadas.mus.br/1992/.
[16] FERREIRA Gustavo Alves Alonso. Cowboys do asfalto…, op. cit., p. 16-20.
[17] « A crítica generalizada que se fazia à música sertaneja ela ao fato de ela ser um “subproduto” da indústria cultural, destinada a imbecilizar as multidões pela repetição e pouca qualidade estética » [Traduction de l’auteur]. Ibid, p. 383.
[18] OLIVEIRA, Allan de Paula. Miguilim foi pra cidade…, op. cit., p. 313.
[19] Parmi cette nouvelle vague de chanteuses sertanejistes se distingue la regrettée Marilia Mendonça (1995 – 2021), qui, après sa mort tragique dans un accident d’avion, continue à l’heure actuelle d’être l’une des artistes les plus écoutées au Brésil.
[20] CALDAS, Waldenyr. « Revendo a música sertaneja ». op. cit., p. 66.
[21] UOL “Ai Se Eu te Pego” foi o 6º single mais vendido no mundo em 2012” [en ligne].  Rolling Stone Brazil, publié le 26/02/2013 et consulté le 31/03/2023 sur : https://rollingstone.uol.com.br/noticia/ai-se-eu-te-pego-foi-o-6-single-mais-vendido-no-mundo-em-2012/.
[22] Les Charts, “Michel Telo – Ai se eu te pego” [en ligne]. Consulté le 31/03/2023 sur : https://lescharts.com/showitem.asp?interpret=Michel+Tel%F3&titel=Ai+se+eu+te+pego%21&cat=s.
[23] ENERGY TV, « Gusttavo Lima & Neymar – BALADA (TCHÊ TCHERERE TCHÊ TCHÊ) » [vidéo en ligne]. YouTube, publiée le 19/03/2012 et consultée le 15/05/2023 sur : https://www.youtube.com/watch?v=oFJIenHfjK0.
[24] La playlist « Esquenta sertanejo »  a été de nouveau celle qui a été la plus écoutée en 2020 au Brésil. Voir : Splash, “Retrospectiva 2020: Marília Mendonça é a artista mais ouvida no Spotify” [en ligne]. UOL, publié le 01/12/2020 et consulté le 30/03/2023 sur : https://www.uol.com.br/splash/noticias/2020/12/01/retrospectiva-2020-spotify-divulga-os-artistas-e-podcasts-mais-ouvidos.htm.
[25] Mais Tocadas, “Músicas Mais Tocadas no Youtube (Dezembro – 2020)” [en ligne]. Consulté le 30/03/2023 sur : https://maistocadas.mus.br/youtube/.
[26] Voir : Apple Music, « Top 2023 | Top 50 Hits Brasil | Mais Tocadas 2023 » [en ligne]. Consulté le 26/05/2023 sur : https://music.apple.com/br/playlist/top-2023-top-50-hits-brasil-mais-tocadas-2023/pl.18da07217d974f0db775ce6a4f9774f2 ; Sportify, « Top 50 : Brésil » [en ligne]. Consulté le 26/05/2023 sur : https://open.spotify.com/playlist/37i9dQZEVXbMXbN3EUUhlg.

[27] BORN, Georgina & HESMONDHALGH, David. Western Music and Its Others : Difference, Representation, and Appropriation in Music. University of California Press, San Francisco, 2000, p. 30-40.

[28] BORN, Georgina. « Music and materialization of identities ». Journal of Material Culture, 16(4), p. 378, 2011.

[29] « Nessa categoria o papel do homem é de dominante e o da mulher submissa. Isso caracteriza as mensagens que essas músicas trazem, nas quais atribuem o papel da mulher como o da cuidadora do lar, frágil, indefesa, sem conhecimento e facilmente manipulada por seu “dono”, seja representado pela figura de namorado, marido ou pai ». [TDA]. BLAU, Thais Gabriela. “(Des)construção de gênero no cenário sertanejo universitário”. Revista Psicologia em Foco, v. 11, 2019, p. 80.
[30] FRANCA, Matheus. « “Sofrimento é mato, coração em pedaços”: performatividades e masculinidades na música sertaneja ». Revista de Antropologia da UFSCAR, 2 (1), jan./jun. 2020, p. 99.
[31] Concept forgé par la sociologue australienne Raewyn Connell, la masculinité hégémonique désigne en substance une forme de masculinité justifiant et pérennisant la domination des hommes sur les femmes. Voir : CONNELL, Raewyn. Masculinités : enjeux sociaux de l’hégémonie. Traduction de l’anglais (Australie) de Meoïn Hagège et d’Arthur Vuattoux. Amsterdam, Paris, 2022.
[32] FRANCA, Matheus. op. cit., p. 107.
[33] FERREIRA Gustavo Alves Alonso. Cowboys do asfalto…, op. cit., p. 99-108.

[34] Selon le rapport final de la Commission Nationale de la Vérité lancée par l’ancienne présidente Dilma Rousseff (elle-même emprisonnée et torturée pendant la dictature), 463 opposantes et opposants ont été assassiné·e·s et près de 20 000 torturé·e·s par les forces de l’État brésilien. Voir : DE LIMA, Luis Octavio. Os anos de chumbo : A militância, a repressão e a cultura de um tempo que definiu o destino do Brasil., Editora Planeta, São Paulo, 2020, p. 442.

[35] FERREIRA Gustavo Alves Alonso. Cowboys do asfalto…, op. cit., p. 114. En 1976, le président Geisel (1974 – 1979), conscient du rôle important de la música sertaneja dans la propagation de leur idéologie, remet au duo Leo Canhoto & Robertinho le prix des « Armoiries de la République ».
[36] Pour un développement instructif sur les relations entre musique populaire brésilienne et censure, je renvoie le lectorat à cet excellent article sur le sujet : FLÉCHET, Anaïs & NAPOLITANO, Marcos « Musique populaire et dictature militaire au Brésil : dynamiques contestataires et logiques de marché (1964-1985) », Nuevo Mundo Mundos Nuevos [En ligne], Images, mémoires et sons, mis en ligne le 11 juin 2015, consulté le 31 mai 2023 sur : https://journals.openedition.org/nuevomundo/67808.

[37] FERREIRA Gustavo Alves Alonso. Cowboys do asfalto…, op. cit., p. 388.

[38] Leonel Brizola (1922 – 2004) est une figure marquante de la gauche et de l’histoire politique brésilienne. Successivement maire de Porto Alegre, député fédéral et gouverneur des États du Rio Grande do Sul et de Rio de Janeiro, il est à l’origine de la création du Parti Démocratique Travailliste (PDT).

[39] L’émission Sabadão sertanejo de la chaîne SBT a ainsi retransmis en direct la commémoration de l’anniversaire du président en août 1992, lequel avait convié le duo Leandro & Leonardo qu’il affectionnait particulièrement. Voir : Ibid, p. 391.

[40] OLIVEIRA, Allan de Paula. Miguilim foi pra cidade…, op. cit., p. 44.

[41] THERY, Hervé. « Éclairages cartographiques sur l’élection présidentielle de 2018 », Outre-Terre, vol. 56, no. 1, 2019, p. 95-114.

[42] FIHLO, João. « A aliança lucrativa do agro, sertanejo e direita dá as caras de novo » [article en ligne]. The Intercept Brazil, publié le 04/06/2022 et consulté le 31/05/2023 sur : https://www.intercept.com.br/2022/06/04/agro-sertanejo-direita-alianca-lucrativa/.

[43] Voir : Lescharts.com [en ligne]. Consulté le 01/04/2023 sur : https://lescharts.com/showitem.asp?interpret=Gusttavo+Lima&titel=Balada&cat=s.

[44] Rédaction Veja, « Gusttavo Lima publica vídeo com fuzil e declara apoio a Bolsonaro » [article en ligne]. Veja, publié le 23 février 2018 et consulté le 30/03/2023 sur : https://vejasp.abril.com.br/coluna/pop/gusttavo-lima-publica-video-com-fuzil-e-declara-apoio-a-bolsonaro/. Au passage, il y fait la promotion du port d'armes (la vidéo a été tournée dans un centre de tir aux États-Unis).
[45] Rédaction de l’Estado de Minas, « Gusttavo Lima sobre motivo de apoio a Bolsonaro: 'Ideal de família' ». [article en ligne]. Estado de Minas, publié le 17/10/2022 et consulté le 30/03/2023 sur : https://www.em.com.br/app/noticia/politica/2022/10/17/interna_politica,1408254/gusttavo-lima-sobre-motivo-de-apoio-a-bolsonaro-ideal-de-familia.shtml.
[46] Rédaction de Brasil247, « Show em que Gusttavo Lima pregou contra o comunismo teve sessão de pancadaria e briga generalizada (vídeos) ». Brasil 247, publié le 24/05/2022 et consulté le 30/03/2023 sur : https://www.brasil247.com/tanostrends/show-em-que-gusttavo-lima-pregou-contra-o-comunismo-teve-sessao-de-pancadaria-e-briga-generalizada-videos.
[47] Itatiaia, « GUSTTAVO LIMA SE EMOCIONA EM LIVE COM BOLSONARO » [vidéo en ligne]. YouTube, publiée le 24/10/2022 et consulté le 30/03/2023 sur : https://www.youtube.com/watch?v=Vee39wSVpto&t=2123s.
[48] Le « minarchisme » (mot-valise fusionnant minimal et anarchisme, créé par le politologue États-unien Robert Nozick) décrit la théorie politique qui justifie l'État minimal au sein d’un régime capitaliste. Pour plus d’informations, voir STEFANONI, Pablo. La rébellion est-elle passée à droite ?, La Découverte, Paris, 2022, p. 146-151.
[49] DCMTV, « Bolsonarista Zé Neto ataca Anitta e fala groselha sobre Lei Rouanet: “tatuagem no toba" » [vidéo en ligne]. YouTube, publiée le 14/05/2022 et consultée le 10/04/2023 sur : https://www.youtube.com/watch?v=avMD8u48fJo.
[50] Loi d’incitation à la culture promulguée en 1991, la loi Rouanet permet aux artistes d’être financé·e·s par des entreprises privées en contrepartie d’une déduction d’impôts correspondant au montant investi.
[51] PAVÃO, Felipe. « Mais de 35 cidades têm shows investigados; Gusttavo Lima é o mais citado » [article en ligne]. UOL Splash, publié le 12/06/2022 et consulté le 10/04/2023 sur : https://www.uol.com.br/splash/noticias/2022/06/12/cpi-do-sertanejo-shows-investigados.htm.
[52] revistapiaui, « #203: A mamata do circo sem pão | Foro de Teresina – o podcast de política da piauí » [vidéo en ligne]. YouTube, publiée le 03/06/2022 et consultée le 10/04/2023 sur : https://www.youtube.com/watch?v=0Jlk7xtzrl0&t=265s. Les journalistes de ce podcast révèlent ainsi que ces cachets astronomiques ont été en partie payées par les dites « emendas pix », soit des transferts d’argents publics tout à fait légaux (bien que ne subissant aucune surveillance) entre des parlementaires et des municipalités des États d’où ils sont souvent originaires.
[53] Poder 360, « Em live, cantor Gusttavo Lima chora e diz que está sendo “massacrado como se fosse um bandido" [vidéo en ligne]. YouTube, publiée le 31/05/2022 et consultée le 15/04/2023 : https://www.youtube.com/watch?v=80gLHzV6k-E.

[54] DE LIMA, Sergio Renato et alii. “Política e fé entre os policiais militares, civis e federais“ [étude en ligne]. Forum Brasileiro de Segurança Publica, publiée en août 2020 et consultée le 15/04/2023 sur : https://drive.google.com/file/d/1O3j6KAnmW1PHZg4fJx4MiifRaLoozdg-/view.

            À la mémoire de Daniel (1998 – 2022), qui n’aimait pas le sertanejo.

            Cette contribution a pour objectif de montrer comment l’industrie de la música sertaneja, genre musical issu des campagnes brésiliennes et originellement lié à l’identité culturelle des paysans du Sud-Est et du Centre-Ouest brésilien, s’est progressivement mise au diapason de la droite néo-fasciste brésilienne, incarnée de nos jours par le bolsonarisme. Je propose pour cela de mettre en lumière les métamorphoses qu’elle a connues à travers les XIXe et XXIe siècles en expliquant pourquoi son urbanisation, concomitante à son entrée dans l’industrie musicale, a permis la création d’une identité collective fondée sur des valeurs conservatrices et réactionnaires. Entretenant depuis longtemps une proximité quasi-organique avec les secteurs du christianisme fondamentaliste, de l’agronégoce et des armes à feu[1], je défends que le sertanejo constitue à l’heure actuelle le meilleur instrument de propagande de l’extrême-droite brésilienne et incarne la « bande son » de la guerre culturelle qu’elle mène depuis plus d’une décennie. Bien qu’il soit le genre musical le plus écouté au Brésil à l’heure actuelle, le sertanejo semble avoir eu quelques difficultés à franchir le seuil du monde académique — et en premier lieu brésilien —, au vu des publications peu nombreuses qui en traitent. De plus, si son histoire reste néanmoins solidement documentée, rares encore sont les analyses que son industrie entretient avec les milieux politiques conservateurs. Au travers de cette contribution, j’espère pouvoir modestement combler certaines lacunes historiographiques et permettre au lectorat francophone non averti de découvrir un peu plus, sous le prisme de la música sertaneja, l’histoire politique et culturelle du Brésil.

Du « cowboy du sertão » au « cowboy de l’asphalte » : genèse, urbanisation et transformations de la música sertaneja

            La sertanejo est un genre musical relativement récent dans l’histoire musicale du Brésil. Apparu dans le premier quart du XXe siècle, celui-ci est issu d’un métissage entre deux éléments : la música caipira (musique paysanne) des États du Sudeste et du Centre-Ouest (São Paulo, Minas Gerais, Goiás, Mato Grosso do Sul…) et les rythmes autochtones traditionnels tels que le catira, le caterête et le caruru. Ses chanteurs (déjà constitués en duo) se font les porte-voix de leur communauté, en exaltant dans leurs cantos la vie de l’homme du sertão[2] et la beauté des paysages qui l’entourent[3]. Aux origines, seule la viola portuguesa (guitare sèche portugaise) accompagnait les chanteurs : l’addition de nouveaux instruments (comme l’accordéon ou les percussions) ne se fera progressivement qu’après la Seconde Guerre mondiale. Jusqu’à l’entre-deux-guerres, il était courant au Brésil de classifier comme música sertaneja ou caipira n’importe quel genre musical qui était issu de « l’intérieur » des États de la fédération, au point que les adjectifs sertanejo et caipira se confondaient dans le langage courant — désignant tous les deux, souvent péjorativement, le monde paysan, figé dans ses traditions archaïques et superstitieuses, à rebours du progrès et de la modernité[4]. L’exode rural des paysans vers les grandes villes comme São Paulo, Goiânia ou Curitiba permet à leur musique de s’implanter durablement en milieu urbain : « la música sertaneja », écrit Allan de Paula, auteur d’une thèse sur le sujet, « [est le] résultat d’une désarticulation de la culture paysanne traditionnelle face au mouvement de l’urbanisation[5] ». La description des paysages s'efface au profit de thèmes reflétant le labeur et les dures conditions de vie des familles rurales habitant désormais en ville. Pionnier dans l’étude du genre, Waldenyr Caldas estime que la sortie en 1967 du titre « Os hippies do mundo sertanejo » de Leo Canhoto & Robertinho signe le début d’une « révolution esthétique » qui, à terme, donnera naissance au sertanejo moderne[6] : la guitare portugaise, «  symbole mythique » de la música caipira, disparaît au profit de la guitare électrique ; la manière de chanter quelque peu nasale se fait plus discrète ; l’instrumentation est bouleversée par les apports de la pop, du rock ainsi que de la musique mexicaine ou paraguayenne. La figure du paysan — autrefois centrale —, finit ainsi par s’étioler au profit de « l’incorporation des valeurs de la ville[7] » et des lieux communs sur l’amour. Auteur d’une monographie sur la modernisation de la música sertaneja, Gustavo Ferreira souligne que l’effacement progressif des thèmes et des sonorités propres à la música caipira a provoqué de nombreuses résistances au sein des communautés rurales[8]. Encore aujourd’hui, certains duos continuent de critiquer ce qu’ils appellent les dérives d’un « sertanejo urbanisé » qui se serait trop éloigné de ses origines[9].

            Dans les années 1970, sous la dictature militaire, le Brésil jouit d'une consolidation de son économie capitaliste, basée sur une participation forte de l’État et l'accélération des investissements de capitaux étrangers. Or, comme le souligne le chercheur Guilherme Ortega, le « miracle économique brésilien » a permis à l’industrie culturelle nationale de se développer, comme en témoigne par exemple l’explosion du marché phonographique (+400% entre 1965 et 1972)[10]. C’est dans ce contexte économiquement favorable que l’on assiste notamment à un processus de modernisation de la  música sertaneja. Arrachée de ses origines paysannes, elle devient, selon les mots de Caldas, un «  produit de l’industrie culturelle » reproductible à l’envie, un nouveau « marché » dominé par de nouvelles « techniques sophistiquées de marketing [11] ». La modernisation du sertanejo fait résolument écho à la théorie d’Adorno sur l’industrialisation de la culture, exposée par Guilherme Ortega dans un article : plus un bien culturel est marchandé et connaît un succès mercantile, plus son contenu originel se trouve effacé et sa valeur esthétique réduite. Ce qui est désormais valorisé est la capacité d’une œuvre à être commercialisée au plus grand nombre[12]. Les duos de sertanejo sont donc sommés d’être bankable, d’adopter un «  langage plus universel », de « parle[r] du coeur, du romantisme, du chagrin[13] ».

            Il faudra néanmoins attendre les années 1980 pour que le sertanejo devienne un « produit de consommation » apprécié des classes moyennes et supérieures urbaines, qui jusqu’alors le considéraient comme un genre musical dénué d’intérêt[14]. En 1990 et 1991, la música sertaneja est la troisième la plus diffusée sur les grandes ondes du pays et la seconde en 1992, derrière les grands « tubes » internationaux de l’époque[15]. Son implantation progressive dans le paysage musical national n’était pourtant pas une évidence. En effet, jusqu’aux premières années de la re-démocratisation, celle-ci a été pendant longtemps taxée de « mauvais goût[16] ». D’aucuns considérant le sertanejo comme un « “sous-produit” de l’industrie culturelle, destinée à “abrutir” les foules au travers de répétitions et une qualité esthétique moindre [17]», il est en quelque sorte condamné jusqu’au années 1980 à la marginalité musicale et sociale[18]. Fait remarquable dans une industrie très testostéronée, les femmes commencent à prendre le microphone, à former des duos ou à se lancer dans des carrières solo[19]. On observe enfin un changement de style vestimentaire : la tenue rustique du cowboy fait progressivement place à celle, décontractée, du jeune homme ou de la jeune femme «  pleinement familiarisé[e] avec la vie urbaine[20] ».

            C’est n’est qu’au début des années 2010 que le sertanejo accède à la première place du podium  : en 2012, la chanson « Ai se eu te pego » de Michel Teló est le 6ème single le plus vendu au monde avec plus de 7 millions de copies achetées aux quatre coins de la planète ; dépassant des piliers du rap US comme Nicky Minaj[21]. Ce titre est en outre de multiples fois certifié dans divers pays du monde disque d’or, d’argent et de platine et conquit la première place des charts, notamment en France où il demeure à leur tête durant neuf semaines[22]. Des vedettes sportives participent à la promotion et à la popularisation du sertanejo en s’affichant sur scène avec les chanteurs en vue, comme le footballeur Neymar avec Gusttavo Lima en 2013[23]. Sept ans plus tard, parmi les dix artistes les plus écouté·e·s au Brésil, huit se revendiquent du sertanejo[24]. En 2020, les noms d’Henrique & Juliano, de Gusttavo Lima, de Zé Neto & Cristiano ou de Marilia Mendonça ont été les plus recherchés sur YouTube, les captations de leurs concerts cumulant ensemble un milliard de vues[25]. Au printemps 2023, pendant la composition de cette contribution, le sertanejo domine — et très largement —  les Tops 50 Brazil des plateformes Apple Music et Spotify[26]. S’il s’écoute globalement partout au Brésil, il demeure pour autant très populaire dans la région Centre-Ouest d’où il est en partie originaire, et où ses vedettes se sont installées dans de luxueuses villas — notamment à Goiania (État de Goiás), connue pour être la « capitale du sertanejo » du pays.

Música sertaneja et identité culturelle

            L’anthropologue et sociologue Georgina Born et David Hesmondhalgh nous aident à comprendre dans Western Music and Its Other (2000), qu’iels co-dirigent, comment s’articulent les relations entre musique et identité. Dans l’introduction de cet ouvrage, iels nous décrivent la manière dont les identités sociales et culturelles peuvent être évoquées, organisées et représentées dans le quatrième art, et dressent une typologie fertile :  il y a d’abord les musiques dites « homologiques », celles qui reflètent les structures, les relations sociales et l’identité d’une communauté donnée. Il y a ensuite ce qu’iels appellent le « process model », expression décrivant les genres musicaux non-rattachés à une communauté particulière mais dont l’écoute va permettre au public d’en former une, généralement autour de valeurs partagées. Il y a enfin les musiques créées par « projection » des fantasmes sociaux d’un groupe sur un autre et de celles qui, « après les faits » (after the facts), gagnent des significations qu’elles n’avaient pas à l’époque de leur composition[27]. Comme je l’ai démontré plus haut, la música sertaneja (au moins jusqu’aux années 1980) portait en elle une identité culturelle bien précise, socialement et géographiquement bien délimitée : celle des pauvres paysans vivant dans le sertão des États de São Paulo, du Paraná et du Goiás, puis dans leurs capitales respectives. Les créations musicales des duos de sertanjistes ont, pendant longtemps, illustré les structures de la société rurale brésilienne de la première moitié du XXe siècle et les relations intercommunautaires de ses individus ; souvent sous le prisme de l’injustice sociale et du sentiment de déclassement. A cet égard, le sertanejo d’autrefois peut aisément se ranger dans la catégorie des musiques «  homologiques » , selon la terminologie de Georgina Born. Toutefois, la modernisation opérée par l’industrie musicale brésilienne à la fin des années 1970 sur ce genre musical a bien évidemment bouleversé ce schéma de correspondances ;  même si des éléments de la música caipira subsistent encore aujourd’hui au sein du sertanejo. Le quotidien des communautés rurales ayant été troqué, dans les textes, contre des lieux communs (amours impossibles, sentiment de saudade…) afin de rendre ce genre consommable universellement, il semble que celui-ci se rapproche désormais du « process model » : à défaut de refléter une identité collective précise dans les paroles, il permet à ses amateurs de s’en constituer une. C’est ainsi que l’anthropologue affirme que la musique peut « produi[re] et anime[r] des communautés imaginées [imagined communities][28] » ainsi que de nouvelles identités collectives.

            Je ne propose pas ici d’entreprendre une analyse sociologique complète de la consommation du sertanejo, mais plutôt de voir, à partir du corpus théorique disponible à ce sujet, quelle est la nature de l'identité collective construite à partir de son écoute. Je souhaite en particulier me focaliser sur les relations de genre dans la música sertaneja, car cet aspect est à l’origine d’un corpus théorique fertile et qu’il est celui qui saisit sans doute le plus les auditeur·ice­·s. En effet, une interprétation spécifique des catégories du masculin et du féminin semble être l’un des principaux marqueurs identitaires du sertanejo moderne. Se basant sur un corpus de dix chansons (dont huit sont chantées par des hommes), Thais G. Blaum observe ainsi que plusieurs thèmes sont fréquemment abordés, comme la déception amoureuse, la fidélité ou les relations sexuelles au sein du couple. Or, ces axes thématiques sont profondément ancrés dans les traditionnels stéréotypes de genre. D’un côté, le masculin est caractérisé par sa virilité (notamment sexuelle), sa force physique, sa présence dans les espaces publics et son penchant pour l’alcool. Dans l’univers du sertanejo, la femme oscille ainsi entre deux modèles : celui de la « protectrice du foyer, fragile, sans défense, sans savoir et facilement manipulable par son “maître”, qu’il soit représenté par la figure du petit-ami, du mari ou du père[29] » et celui de l’amante jalouse, vivant cachée, obsédée par l’impossibilité d’officialiser sa relation avec son amant déjà marié. L’anthropologue Matheus França souligne « l’objectification pure » du corps des femmes tant dans les chansons que dans les espaces festifs dédiés au sertanejo (bars, boîtes de nuit, salles de concert), où celui-ci a pu réaliser une éclairante enquête sur le terrain[30]. L’univers du genre musical réitère, à ses yeux, « divers codes de la masculinité hégémonique[31]» : lorsqu'ils sont ensemble, les aficionados du sertanejo s’habillent en cowboys, adoptent une posture virile d’où transparaît une « sexualité prédatrice », font des remarques salaces sur les femmes présentes dans l’assemblée, boivent sans modération de la bière mais surtout du whisky  — lequel est qualifié de « boisson des machos » par l’un de ses interlocuteurs, en opposition notamment à la vodka jugée plus féminine[32]. C’est pourquoi G. Ferreira parle dans sa thèse d’une « esthétique de la violence » indissociable, selon lui, de la música sertaneja[33] : si les artistes ne parlent plus de celle subie par l’exploitation de la classe ouvrière paysanne, elle subsiste aujourd’hui dans la description des rapports de domination entre les deux genres, dans le comportement du public masculin qui l’apprécie ainsi que dans l’image virile que transmettent les artistes sertajenistes à la fois sur scène et sur leurs réseaux sociaux. Ainsi, Thais Blaum et Matheus França s’accordent à dire que la majorité des duos de sertanejistes normalisent la domination masculine et donnent raison aux représentations stéréotypiques des deux genres. Grâce à leurs analyses, on peut donc dire que le sertanejo, en tant que genre musical s'apparentant au « process model » décrit par Georgina Born, a pu permettre la création d’une identité collective fortement marquée par le conservatisme social, la défense du patriarcat et d’une vision hétéronormée du monde et des relations humaines.

Le sertanejo, outil de propagande pour la droite néo-fasciste brésilienne ?

            Si la « communauté imaginée » par le sertanejo moderne est animée par la défense de la masculinité hégémonique, du modèle familial hétérosexuel et de l’ordre sexuel et sexué traditionnel, on ne s’étonnera du fait que celle-ci ait pu se reconnaitre et se renforcer dans les discours de l’extrême-droite brésilienne d’hier comme d’aujourd’hui. On peut même parler d’une histoire d’amour presque séculaire et jamais démentie entre l’industrie de la música sertaneja et les milieux (ultra)conservateurs, (ultra)libéraux et réactionnaires brésiliens.

            Pour mieux comprendre cette solide romance, remontons tout d’abord à la période de la dictature militaire. En 1968, le gouvernement Costa e Silva (1967 – 1969), contesté par des vagues de protestation populaire, signe l’Acte Institutionnel 5 (AI-5). Au nom de la « sécurité nationale », ce cinquième décret présidentiel fait définitivement basculer le Brésil dans un régime répressif et autoritaire : deux ans après la fermeture du Congrès, les réunions politiques sont désormais interdites, les syndicats muselés, un régime de censure dans les arts est instauré et la persécution, la torture et l’assassinat d’opposant·e­·s sont systématisés[34]. Or, ces « années de plomb » coïncident également avec celles dudit « miracle économique brésilien ». Les présidents Costa e Silva et Médici (1969 – 1974), renforcés par la bonne santé économique du pays, investissent massivement dans la propagande. La population brésilienne est abreuvée de produits dérivés (notamment de stickers) aux slogans nationalistes (comme le très fameux « le Brésil, tu l’aimes ou tu le quittes »), que les duos de sertanejo de l’époque reprennent à leur compte. Les sertanejistes Leo Canhoto & Robertinho, déjà cités plus haut, ont par exemple composé «  diverses chansons en syntonie avec le régime dictatorial », dans lesquelles se mêlent souvent, dans un ton jugé « agressif » par G.Ferreira, anti-communisme, nationalisme exacerbé, exaltation de la foi catholique et défense de l’unité nationale.  D’autres duo comme Tonico & Tinoco ou Liu & Léo ont composé de véritables apologies des grands chantiers infrastructurels (ponts, autoroutes, barrages…) du gouvernement militaire. Bien que les éloges aux généraux ont de fait dépassé les clivages musicaux et que la censure ait touché tous les genres, l’industrie de la música sertaneja s’est particulièrement distinguée des autres par son soutien « actif » à la dictature et par la promotion ouverte d’un nationalisme offensif[35]. Son cas permet ainsi de contrebalancer, toujours selon G.Ferreira, la « mémoire fabriquée » d’une musique populaire qui aurait été nécessairement une musique de résistance[36], en montrant les collusions et les alignements idéologiques d’une partie de l’industrie musicale de l’époque avec le pouvoir en place.

            Après 1985, il est frappant de constater la pérennisation des liens qui unissaient sous le régime militaire l'univers du sertanejo et la droite ultra conservatrice brésilienne. En pleine re-démocratisation et forts de leur succès commercial, les duos de sertanejo sont invités à se produire sur les scènes des nouveaux meetings politiques (comicios) en échange d’importants cachets : « on faisait des concerts pour n’importe quel homme politique. Il suffisait juste de payer pour que l’on joue » affirme ainsi le sertanejiste Chitãozinho dans un entretien au journal Folha de São Paulo datant de 1988 et cité par G. Ferreira dans sa thèse[37]. Toutefois, les duos ont commencé à être de plus en plus sélectifs quant à leur choix, et iront jusqu’à soutenir certains candidats — pour la plupart issus des partis politiques de droite et de centre-droit : « aujourd’hui », développe Chitãozinho dans la même entrevue, « on assume une position, on doit avoir une personnalité politique, choisir un candidat et assumer ce côté politique ». Lors de l’élection présidentielle de 1989 (la première depuis la re démocratisation quatre ans plus tôt), les candidats issus des forces d’opposition à la dictature militaire, à l’image de Leonel Brizola[38] ou de Luiz Inacio « Lula » da Silva, sont publiquement soutenus par la majeure partie de la classe artistique brésilienne. Moins nombreux sont celles et ceux qui appellent à voter pour Fernando Collor de Mello, candidat anti-communiste et héritier idéologique de l’Alliance Rénovatrice Nationale (ARENA), l’ancien parti du régime autoritaire. Plusieurs sertanejistes de renom ont ainsi participé à la campagne de la « progéniture de la dictature militaire », comme l'appelait son vieil opposant Brizola. Une fois élu, Fernando Collor ne cessera de s’afficher médiatiquement avec la « famille sertaneja », qu’il invite dans ses résidences officielles à Brasilia sous l’oeil amusé des caméras de télévision[39]. Dans la mémoire populaire, ce lien artistico-politique conjuguant le monde du sertanejo et le président Collor sera désormais insécable, au point que critiquer le président déchu en 1992 par une procédure de destitution revenait aussi à critiquer la música sertaneja et ses représentants. Selon Allan de Paula, les milieux académiques et journalistiques de l’époque avaient aussi tendance à faire la même équation entre succès populaire et mercantile du sertanejo, sa percée dans les classes moyennes et supérieures brésiliennes et montée du conservatisme au Brésil[40].

            Un peu moins de trente ans plus tard, le même schéma semble s’être reproduit. L’arrivée par les urnes d’un député fédéral, connu pour ses saillies sexistes, racistes et homophobes ainsi que pour sa nostalgie assumée de la dictature militaire permet à toute une nouvelle génération de sertanejistes de « sortir du placard » et d’affirmer publiquement et sans vergogne leurs positions conservatrices, nationalistes et ultra libérales — bien souvent en syntonie avec celles défendues par le candidat puis le président Bolsonaro. Le géographe français Hervé Théry, dans un édifiant « éclairage cartographique » des élections présidentielles de 2018, établit une corrélation entre le vote en faveur de Jair Bolsonaro (majoritaire dans les territoires du Sudeste et du Centre-Ouest), l’agrobusiness et les communautés évangéliques du pays[41]. Or, ces régions sont également le lieu de naissance de la música sertaneja et du développement du sertanejo moderne, où il reste encore très consommé. Loin d’être une coïncidence, cette co-incidence illustre les liens organiques et indéfectibles entre l’industrie musicale sertanejistes et les « lobbies des 3B » qui la financent massivement et qui invitent toujours ses représentants à ses méga-événements (salon de l’agrobusiness, « Marche pour Jésus », etc). Comme le résume le journaliste João Filho de The Intercept Brazil, « les festivals de l’agro-élevage (…), les rodéos et les marchés de l’agronégoce, sponsorisés par le pouvoir public et les barons ruralistes, sont les principaux contractants des artistes sertanejistes[42] ». Ainsi, à l’heure actuelle, la proximité entre l’industrie du sertanejo et la nébuleuse ultra conservatrice, ultra libérale et réactionnaire est plus que jamais assumée. C’est par exemple le duo Mateus & Cristiano qui a écrit le jingle de campagne du candidat Bolsonaro pour les dernières élections présidentielles. Dans ce nouvel hymne à la gloire du « Mythe », comme l’appellent ses fervents défenseurs, ce dernier est décrit tantôt comme le « capitaine du peuple », tantôt comme un « homme de Dieu », assurément défenseur de la famille, de la foi chrétienne et de la nation. Un des couplets reprend même son fameux slogan « Le Brésil au-dessus de tout, Dieu au-dessus de tous ». Le dernier Congrès National du Parti Libéral durant lequel l’ancien président avait été officialisé comme candidat à sa propre succession pourrait synthétiser mes propos. Présent dans l’assemblée en ce 24 juillet 2022, j’ai pu voir sur la scène du Maracanãzinho non seulement le couple présidentiel, mais aussi les hauts dignitaires des lobbies de la Bible, du Boeuf et de la Balle ainsi que le duo de sertanejistes en question. Peut-être que l’occasion l’exigeait, mais une franche et sensible camaraderie harmonieuse se dégageait entre ces différentes personnalités.

            Avant de conclure, je voudrais prendre un autre exemple, aussi symptomatique qu’éloquent, de cette collusion entre l’industrie du sertanejo et l’extrême-droite brésilienne. Gusttavo Lima est sans doute l’un des chanteurs les plus populaires des musiques actuelles brésiliennes. Issu d’une famille ouvrière et rurale du Minas Gerais, il commence sa carrière au début des années 2000 en « montant » à la capitale, où il enchaîne les petits concerts avant de se faire repérer. Toutefois, c’est en 2012 qu’il gagne une notoriété nationale (et internationale) avec le lancement de son titre « Balada » qui parvient même à dominer les charts européens pendants deux semaines[43]. Appelé au Brésil le « Prince du sertanejo » ou encore « l’Ambassadeur », il est sans aucun doute la figure de proue de ce genre musical depuis plus d’une décennie. S’il cultive sur ses réseaux sociaux l’image d’un éternel « beau gosse » et joue sur son physique avantageux, il n’hésite plus à se présenter depuis quelques années comme « citoyen de bien » (cidadão de bem), ardent défenseur de la « famille traditionnelle brésilienne », de la patrie et du capitalisme néolibéral. En 2018, dans une vidéo postée sur Instagram où l’on voit le chanteur tirer, au ralenti, au fusil d’assaut, il déclare son soutien — comme une majeure partie de ses confrères sertanejistes — à l’ancien député Bolsonaro[44]. Quatre ans plus tard, Gusttavo Lima réitère avec encore plus de conviction son appui à l’ancien chef de l’État, qui cherche à se faire réélire[45]. Lors de nombre de ses concerts pendant la période électorale, le « Prince du sertanejo » se lance dans des diatribes farouchement anti-communistes et anti-progressistes teintées de ferveur religieuse[46]. À quatre jours du premier tour, il participe au « Super Live de la Liberté » en présence du président Bolsonaro durant lequel le chanteur fait l’éloge appuyé de sa personnalité et du bilan de ses quatre années à la tête du pays[47]. Lui comme d’autres affichent explicitement leur proximité avec des figures de proue des lobbies du christianisme politique, de l’agrobusiness et des armes à feu en participant à des rassemblements religieux, à de grands salons agricoles ou en postant sur les réseaux sociaux des photographies d’eux, fusils à la main. Leurs discours pro-capitalistes et pro-extractivistes flirtant avec une vision « minarchiste » du monde et de la société les distinguent du reste de la classe artistique brésilienne, globalement acquis à la gauche[48]. Se voyant et se présentant comme des self made men, les sertanejistes s'enorgueillissent d’avoir construit leur carrière sans avoir eu à « sucer les mamelles de l’État [49]» (c’est-à-dire à bénéficier de subventions publiques, et notamment de la Loi Rouanet[50]). Cette déclaration a ouvert une véritable boîte de pandore, car des journalistes ont commencé à enquêter sur sa véracité. Ils ont en effet découvert que les artistes de sertanejo bénéficiaient de fait de l’argent public au travers de faramineux cachets payés par des municipalités rurales où ils avaient été invités à se produire[51]. C’est ainsi que de petites villes aux services publics déficients ont dépensé des millions de réaux pour faire venir sur leurs terres de prestigieux chanteurs. À titre d’exemple, Gusttavo Lima aurait reçu près de 5 millions de réaux (soit près de 930 000 euros) de cachets entre janvier et juin 2022, selon les estimations de la journaliste Thais Bilenky[52]. Face à ce schéma de détournement de fonds publics, le ministère public fédéral à décider de mener une série d’investigations et « l’Ambassadeur », pris dans la tourmente, a été sommé de se justifier. Acculé et mis sous pression, ce dernier s’affiche en larmes dans un live posté sur ses réseaux sociaux, pendant lequel il affirme vouloir  « jeter l’éponge » et mettre un terme à sa carrière (ce qu’il ne fera finalement pas)[53].

Considération finales

            Le 8 janvier 2023 à Brasilia, des militant·e·s bolsonaristes radicalisé·e·s envahissent la place des Trois Pouvoirs et saccagent le mobilier du Congrès, du Palais présidentiel et du Tribunal Suprême Fédéral. À l’heure actuelle, différents éléments de l’enquête parlementaire indiquent de multiples connivences entre les terroristes d’extrême-droite voulant renverser la démocratie et les représentants des forces de l’ordre qui, quand ils ne participaient pas à l’émeute, ont tout fait pour ne pas l'empêcher. Une récente étude de Dennis Pacheco du Forum Brésilien de Sécurité Publique réalisée sur les profils Facebook de près de 885 000 policiers militaires, civils et fédéraux issus des vingt-sept États de l’Union montrait que, malgré leur diversité ethnique, sociologique et géographique, ces derniers partageaient trois choses en commun : une haine contre les minorités sexuelles, un soutien inconditionnel au président Bolsonaro et une passion pour… la música sertaneja[54].  Quand on regarde son histoire, on ne peut que s’étonner de ses transformations et de son rapprochement graduel avec la droite conservatrice et réactionnaire, que l’on peut aussi qualifier de néo-fasciste tant la haine des valeurs et des institutions démocratiques est centrale dans son projet politique. Dépouillée par les tenants de l'industrie musicale de l’époque de ses références paysannes, la música sertaneja devient un genre musical bon marché et urbanisé autour duquel une nouvelle communauté se construit une identité collective, fondée sur la défense du patriarcat, du modèle familial et de l’ordre sexuel et sexué traditionnels. C’est parce-que cette identité entrait en totale syntonie avec la vision du monde et des rapports humains défendu par Jair Bolsonaro que celui-ci en a fait la caisse de résonance de sa guerre culturelle. Organiquement lié aux lobbies du christianisme politique, de l’agrobusiness et des armes à feu, le sertanejo moderne se fait l’écho d’un Brésil fondamentalement chrétien, violent, machiste, sexiste, homophobe et corrompu. Croire que la chute de l’ancien président signifie la mort du bolsonarisme est une chimère : tant que son idéologie sera d’actualité, l’industrie du sertanejo continuera d’être sa meilleure alliée, et probablement l’un de ses meilleurs outils de propagande.

            L’auteur remercie chaleureusement Anaïs Fléchet, Catherine Rudent et Laurent Martin pour leur relecture attentive de cet article ainsi que pour leurs conseils avisés.

[1] Nous devons à la députée fédérale Erika Kokay la popularisation de l’expression « lobbies des 3B » (pour la Bible, le Boeuf et la Balle) afin de désigner ces groupes d’intérêts très puissants dans la vie politique brésilienne.

[2] Le mot sertanejo vient lui-même du terme sertão, qui désigne au départ le biome semi-aride du Nordeste brésilien mais qui par abus de langage est utilisé pour désigner les localités rurales éloignées des mondes urbains.

[3] TELES VIANA, Gabriel. “música sertaneja Universitária e valores dominantes: um estudo do discurso das canções e sua relação com os valores sociais capitalistas” [article en ligne]. Blog Sociologia da Musica, publié le 23/07/2016 et consulté le 10/04/2023 sur : http://sociologiaofmusic.blogspot.com/2016/07/1musica-sertaneja-universitaria-e.html.

[4] OLIVEIRA, Allan de Paula. Miguilim foi pra cidade ser cantor : uma antropologia da música sertaneja. Thèse de doctorat sous la direction de Miriam Hartung, Universidade Federal de Santa Catarina, 2009, p.268-271. À la même époque, l’adjectif « regional » (régional) était amplement utilisé pour décrire, pêle-mêle, les genres musicaux issus du monde rural. Je remercie Anaïs Fléchet pour cette précision.

[5] Ibid, p. 18.

[6] CALDAS, Waldenyr. « Revendo a música sertaneja ». Revista USP, n°64, 2004/2005, p. 63-65.

[7] FERREIRA Gustavo Alves Alonso. Cowboys do asfalto : música sertaneja e modernização brasileira. Thèse de doctorat sous la direction de Daniel Aarão Reis. Universidade Federal Fluminense, 2011, p. 31. Pourtant eux-mêmes issus des campagnes, les duos de sertanejo témoins de cette mutation comme Leandro & Leonardo iront même jusqu’à nier leur « héritage campagnard » (herança caipira).

[8] Ibid, p. 27.

[9] ORTEGA, Rodrigo. « Bruno & Barretto defendem 'sertanejo bruto' com hit 'Farra, pinga e foguete' » [article en ligne]. G1, publié le 20/10/2015 et consulté le 17/02/2023 sur : https://g1.globo.com/musica/noticia/2015/10/bruno-barretto-defendem-sertanejo-bruto-com-hit-farra-pinga-e-foguete.html.

[10] ORTEGA, Guilherme Castro. « A música sertaneja Nos Anos 70: Tensões Entre Antigo E Moderno ». Revista Extraprensa, vol. 3, n°3, novembro de 2010, p. 550.

[11] CALDAS, Waldenyr. « Revendo a música sertaneja », op. cit., p. 64.

[12] ORTEGA, Guilherme Castro. « A música sertaneja Nos Anos 70… », op. cit., p. 548.

[13] AFP, “Le sertanejo, la musique country qui fait soupirer tout le Brésil” [en ligne]. Le Point, publié le 10/11/2016 et consulté le 02/03/2023 sur : https://www.lepoint.fr/culture/le-sertanejo-la-musique-country-qui-fait-soupirer-tout-le-bresil-10-11-2016-2082317_3.php.

[14] OLIVEIRA, Allan de Paula. Miguilim foi pra cidade…, op. cit., p. 315.

[15] Voir : Mais Tocadas, « Top 100 Músicas Mais Tocadas em 1990 » [en ligne]. Consulté le 02/03/2023 sur : https://maistocadas.mus.br/1990/ ; « Top 100 Músicas Mais Tocadas em 1991 » [en ligne]. Consulté le 02/03/2023 sur : https://maistocadas.mus.br/1991/ ;  « Top 100 Músicas Mais Tocadas em 1992 » [en ligne]. Consulté le 02/03/2023 sur : https://maistocadas.mus.br/1992/.

[16] FERREIRA Gustavo Alves Alonso. Cowboys do asfalto…, op. cit., p. 16-20.

[17] « A crítica generalizada que se fazia à música sertaneja ela ao fato de ela ser um “subproduto” da indústria cultural, destinada a imbecilizar as multidões pela repetição e pouca qualidade estética » [Traduction de l’auteur]. Ibid, p. 383.

[18] OLIVEIRA, Allan de Paula. Miguilim foi pra cidade…, op. cit., p. 313.

[19] Parmi cette nouvelle vague de chanteuses sertanejistes se distingue la regrettée Marilia Mendonça (1995 – 2021), qui, après sa mort tragique dans un accident d’avion, continue à l’heure actuelle d’être l’une des artistes les plus écoutées au Brésil.

[20] CALDAS, Waldenyr. « Revendo a música sertaneja ». op. cit., p. 66.

[21] UOL “Ai Se Eu te Pego” foi o 6º single mais vendido no mundo em 2012” [en ligne].  Rolling Stone Brazil, publié le 26/02/2013 et consulté le 31/03/2023 sur : https://rollingstone.uol.com.br/noticia/ai-se-eu-te-pego-foi-o-6-single-mais-vendido-no-mundo-em-2012/.

[22] Les Charts, “Michel Telo – Ai se eu te pego” [en ligne]. Consulté le 31/03/2023 sur : https://lescharts.com/showitem.asp?interpret=Michel+Tel%F3&titel=Ai+se+eu+te+pego%21&cat=s.

[23] ENERGY TV, « Gusttavo Lima & Neymar – BALADA (TCHÊ TCHERERE TCHÊ TCHÊ) » [vidéo en ligne]. YouTube, publiée le 19/03/2012 et consultée le 15/05/2023 sur : https://www.youtube.com/watch?v=oFJIenHfjK0.

[24] La playlist « Esquenta sertanejo »  a été de nouveau celle qui a été la plus écoutée en 2020 au Brésil. Voir : Splash, “Retrospectiva 2020: Marília Mendonça é a artista mais ouvida no Spotify” [en ligne]. UOL, publié le 01/12/2020 et consulté le 30/03/2023 sur : https://www.uol.com.br/splash/noticias/2020/12/01/retrospectiva-2020-spotify-divulga-os-artistas-e-podcasts-mais-ouvidos.htm.

[25] Mais Tocadas, “Músicas Mais Tocadas no Youtube (Dezembro – 2020)” [en ligne]. Consulté le 30/03/2023 sur : https://maistocadas.mus.br/youtube/.

[26] Voir : Apple Music, « Top 2023 | Top 50 Hits Brasil | Mais Tocadas 2023 » [en ligne]. Consulté le 26/05/2023 sur : https://music.apple.com/br/playlist/top-2023-top-50-hits-brasil-mais-tocadas-2023/pl.18da07217d974f0db775ce6a4f9774f2 ; Sportify, « Top 50 : Brésil » [en ligne]. Consulté le 26/05/2023 sur : https://open.spotify.com/playlist/37i9dQZEVXbMXbN3EUUhlg.

[27] BORN, Georgina & HESMONDHALGH, David. Western Music and Its Others : Difference, Representation, and Appropriation in Music. University of California Press, San Francisco, 2000, p. 30-40.

[28] BORN, Georgina. « Music and materialization of identities ». Journal of Material Culture, 16(4), p. 378, 2011.

[29] « Nessa categoria o papel do homem é de dominante e o da mulher submissa. Isso caracteriza as mensagens que essas músicas trazem, nas quais atribuem o papel da mulher como o da cuidadora do lar, frágil, indefesa, sem conhecimento e facilmente manipulada por seu “dono”, seja representado pela figura de namorado, marido ou pai ». [TDA]. BLAU, Thais Gabriela. “(Des)construção de gênero no cenário sertanejo universitário”. Revista Psicologia em Foco, v. 11, 2019, p. 80.

[30] FRANCA, Matheus. « “Sofrimento é mato, coração em pedaços”: performatividades e masculinidades na música sertaneja ». Revista de Antropologia da UFSCAR, 2 (1), jan./jun. 2020, p. 99.

[31] Concept forgé par la sociologue australienne Raewyn Connell, la masculinité hégémonique désigne en substance une forme de masculinité justifiant et pérennisant la domination des hommes sur les femmes. Voir : CONNELL, Raewyn. Masculinités : enjeux sociaux de l’hégémonie. Traduction de l’anglais (Australie) de Meoïn Hagège et d’Arthur Vuattoux. Amsterdam, Paris, 2022.

[32] FRANCA, Matheus. op. cit., p. 107.

[33] FERREIRA Gustavo Alves Alonso. Cowboys do asfalto…, op. cit., p. 99-108.

[34] Selon le rapport final de la Commission Nationale de la Vérité lancée par l’ancienne présidente Dilma Rousseff (elle-même emprisonnée et torturée pendant la dictature), 463 opposantes et opposants ont été assassiné·e·s et près de 20 000 torturé·e·s par les forces de l’État brésilien. Voir : DE LIMA, Luis Octavio. Os anos de chumbo : A militância, a repressão e a cultura de um tempo que definiu o destino do Brasil., Editora Planeta, São Paulo, 2020, p. 442.

[35] FERREIRA Gustavo Alves Alonso. Cowboys do asfalto…, op. cit., p. 114. En 1976, le président Geisel (1974 – 1979), conscient du rôle important de la música sertaneja dans la propagation de leur idéologie, remet au duo Leo Canhoto & Robertinho le prix des « Armoiries de la République ».

[36] Pour un développement instructif sur les relations entre musique populaire brésilienne et censure, je renvoie le lectorat à cet excellent article sur le sujet : FLÉCHET, Anaïs & NAPOLITANO, Marcos « Musique populaire et dictature militaire au Brésil : dynamiques contestataires et logiques de marché (1964-1985) », Nuevo Mundo Mundos Nuevos [En ligne], Images, mémoires et sons, mis en ligne le 11 juin 2015, consulté le 31 mai 2023 sur : https://journals.openedition.org/nuevomundo/67808.

[37] FERREIRA Gustavo Alves Alonso. Cowboys do asfalto…, op. cit., p. 388.

[38] Leonel Brizola (1922 – 2004) est une figure marquante de la gauche et de l’histoire politique brésilienne. Successivement maire de Porto Alegre, député fédéral et gouverneur des États du Rio Grande do Sul et de Rio de Janeiro, il est à l’origine de la création du Parti Démocratique Travailliste (PDT).

[39] L’émission Sabadão sertanejo de la chaîne SBT a ainsi retransmis en direct la commémoration de l’anniversaire du président en août 1992, lequel avait convié le duo Leandro & Leonardo qu’il affectionnait particulièrement. Voir : Ibid, p. 391.

[40] OLIVEIRA, Allan de Paula. Miguilim foi pra cidade…, op. cit., p. 44.

[41] THERY, Hervé. « Éclairages cartographiques sur l’élection présidentielle de 2018 », Outre-Terre, vol. 56, no. 1, 2019, p. 95-114.

[42] FIHLO, João. « A aliança lucrativa do agro, sertanejo e direita dá as caras de novo » [article en ligne]. The Intercept Brazil, publié le 04/06/2022 et consulté le 31/05/2023 sur : https://www.intercept.com.br/2022/06/04/agro-sertanejo-direita-alianca-lucrativa/.

[43] Voir : Lescharts.com [en ligne]. Consulté le 01/04/2023 sur : https://lescharts.com/showitem.asp?interpret=Gusttavo+Lima&titel=Balada&cat=s.

[44] Rédaction Veja, « Gusttavo Lima publica vídeo com fuzil e declara apoio a Bolsonaro » [article en ligne]. Veja, publié le 23 février 2018 et consulté le 30/03/2023 sur : https://vejasp.abril.com.br/coluna/pop/gusttavo-lima-publica-video-com-fuzil-e-declara-apoio-a-bolsonaro/. Au passage, il y fait la promotion du port d'armes (la vidéo a été tournée dans un centre de tir aux États-Unis).

[45] Rédaction de l’Estado de Minas, « Gusttavo Lima sobre motivo de apoio a Bolsonaro: 'Ideal de família' ». [article en ligne]. Estado de Minas, publié le 17/10/2022 et consulté le 30/03/2023 sur : https://www.em.com.br/app/noticia/politica/2022/10/17/interna_politica,1408254/gusttavo-lima-sobre-motivo-de-apoio-a-bolsonaro-ideal-de-familia.shtml.

[46] Rédaction de Brasil247, « Show em que Gusttavo Lima pregou contra o comunismo teve sessão de pancadaria e briga generalizada (vídeos) ». Brasil 247, publié le 24/05/2022 et consulté le 30/03/2023 sur : https://www.brasil247.com/tanostrends/show-em-que-gusttavo-lima-pregou-contra-o-comunismo-teve-sessao-de-pancadaria-e-briga-generalizada-videos.

[47] Itatiaia, « GUSTTAVO LIMA SE EMOCIONA EM LIVE COM BOLSONARO » [vidéo en ligne]. YouTube, publiée le 24/10/2022 et consulté le 30/03/2023 sur : https://www.youtube.com/watch?v=Vee39wSVpto&t=2123s.

[48] Le « minarchisme » (mot-valise fusionnant minimal et anarchisme, créé par le politologue États-unien Robert Nozick) décrit la théorie politique qui justifie l'État minimal au sein d’un régime capitaliste. Pour plus d’informations, voir STEFANONI, Pablo. La rébellion est-elle passée à droite ?, La Découverte, Paris, 2022, p. 146-151.

[49] DCMTV, « Bolsonarista Zé Neto ataca Anitta e fala groselha sobre Lei Rouanet: “tatuagem no toba" » [vidéo en ligne]. YouTube, publiée le 14/05/2022 et consultée le 10/04/2023 sur : https://www.youtube.com/watch?v=avMD8u48fJo.

[50] Loi d’incitation à la culture promulguée en 1991, la loi Rouanet permet aux artistes d’être financé·e·s par des entreprises privées en contrepartie d’une déduction d’impôts correspondant au montant investi.

[51] PAVÃO, Felipe. « Mais de 35 cidades têm shows investigados; Gusttavo Lima é o mais citado » [article en ligne]. UOL Splash, publié le 12/06/2022 et consulté le 10/04/2023 sur : https://www.uol.com.br/splash/noticias/2022/06/12/cpi-do-sertanejo-shows-investigados.htm.

[52] revistapiaui, « #203: A mamata do circo sem pão | Foro de Teresina – o podcast de política da piauí » [vidéo en ligne]. YouTube, publiée le 03/06/2022 et consultée le 10/04/2023 sur : https://www.youtube.com/watch?v=0Jlk7xtzrl0&t=265s. Les journalistes de ce podcast révèlent ainsi que ces cachets astronomiques ont été en partie payées par les dites « emendas pix », soit des transferts d’argents publics tout à fait légaux (bien que ne subissant aucune surveillance) entre des parlementaires et des municipalités des États d’où ils sont souvent originaires.

[53] Poder 360, « Em live, cantor Gusttavo Lima chora e diz que está sendo “massacrado como se fosse um bandido" [vidéo en ligne]. YouTube, publiée le 31/05/2022 et consultée le 15/04/2023 : https://www.youtube.com/watch?v=80gLHzV6k-E.

[54] DE LIMA, Sergio Renato et alii. “Política e fé entre os policiais militares, civis e federais“ [étude en ligne]. Forum Brasileiro de Segurança Publica, publiée en août 2020 et consultée le 15/04/2023 sur : https://drive.google.com/file/d/1O3j6KAnmW1PHZg4fJx4MiifRaLoozdg-/view.

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