L’UNI, une organisation (pro-)gaulliste qui s’insère dans un vaste réseau anti-« soixante-huitard » (1968-1974)

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26 Sep
2022

Bryan Muller

Résumé

L'Union nationale interuniversitaire (UNI) est un syndicat étudiant qui naît en réaction aux événements de mai-juin 1968. Fondé par deux enseignant et une étudiante, il se présente comme un syndicat étudiant de droite antimarxiste. Les années 68 sont en effet marquées par un important activisme de gauche et d'extrême gauche. Aussi, afin de mener à bien sa lutte anti-subversive, l'UNI s'appuie sur un assez vaste réseau parlementaire, gouvernemental et organisationnel avec les droites politiques, en particulier avec le gaullisme d'ordre au début de la période puis davantage avec le libéralisme giscardien entre 1974 et 1981.

Détails

Chronologie : XXe siècle
Lieux : France
Mots-clés : Association universitaire – Gaullisme – réseaux – contre-subversion – années 1968

Chronology: XXth century
Location: France
Keywords: University Association – Gaullism – network – countersubversion – 1968s

Plan

I – Une fondation en réaction à mai-juin 1968

II – L’UNI, une association soutenue par le SAC, la CFT et les CDR

III – Une organisation proche du pouvoir gaulliste

Pour citer cet article

Référence électronique
Muller Bryan, “L’UNI, une organisation (pro-)gaulliste qui s’insère dans un vaste réseau anti-« soixante-huitard » (1968-1974)", Revue de l’Association des Jeunes Chercheurs de l’Ouest [En ligne], n°2, 2022, mis en ligne le 26 septembre 2022, consulté le 5 décembre 2022 à 6h04, URL : https://ajco49.fr/2022/09/26/luni-une-organisation-pro-gaulliste-qui-sinsere-dans-un-vaste-reseau-anti-soixante-huitard-1968-1974

L'Auteur

Bryan Muller

Droits d'auteur

Tous droits réservés à l'Association des Jeunes Chercheurs de l'Ouest.
Les propos tenus dans les travaux publiés engagent la seule responsabilité de leurs auteurs.

            L’Union nationale interuniversitaire (UNI) est une association universitaire qui apparaît en réaction aux événements de mai-juin 1968[1]. Fondée par deux enseignants et une étudiante, elle se présente comme une association étudiante de droite antimarxiste. Toutefois, bien qu’elle compte des membres des droites nationaliste et libérale, elle est avant tout une organisation fondée et dirigée par des gaullistes durant les années 1968[2]. En effet, ces années sont marquées par une activité intense des mouvements de gauche et d’extrême-gauche. La grande majorité de ces organisations se réclament du marxisme – communisme, trotskisme, maoïsme, et même le socialisme d’alors – et prônent, pour les plus radicales d’entre elles, la révolution par le renversement des institutions en place. Convaincus qu’un complot (inter)national est à l’œuvre, les membres de l’UNI vont former l’ossature estudiantine et professorale – même si elle n’en a pas l’exclusivité – du « gaullisme d’ordre », tendance la plus conservatrice et antimarxiste de la famille gaulliste qui construit son idéologie et l’essentiel de ses activités dans la lutte contre la « menace rouge »[3]. Aux yeux de l’association universitaire, les « révolutionnaires »[4] marxistes cherchent à infiltrer les secteurs clefs de l’État pour provoquer son délitement ce qui entraînerait à terme le discrédit de l’État. Ces éléments « subversifs » sont d’autant plus effrayants qu’ils sont englobés dans un vaste spectre politique, allant des socialistes aux gauchistes[5] (entendus comme les trotskistes, les maoïstes et les anarchistes) en passant par les communistes, ce qui donne l’impression d’un nombre conséquent d’éléments dangereux qui se cache dans la masse. En parallèle de la présumée infiltration des secteurs clefs de l’État, les « révolutionnaires » entraîneraient la peur et la paralysie des institutions par de l’agitation-propagande active et violente. Aussi, selon cette théorie, l’État n’étant plus apprécié par la population, il serait à la merci des marxistes[6] – les forces de l’ordre et l’armée étant tout autant contrôlées par les « révolutionnaires » que l’Éducation Nationale et les PTT. Si la menace pèse sur l’ensemble de la population, l’UNI estime que les étudiants et les lycéens sont les plus sensibles à la propagande révolutionnaire. Des enseignants seraient à l’œuvre pour endoctriner les jeunes en usant de leur influence, aux côtés de présumés agitateurs professionnels étudiants – des étudiants, formés politiquement à l’agitation-propagande, qui cherchent à recruter dans leur organisation « révolutionnaire » et à contester l’ordre établi. L’association universitaire estime donc qu’il est nécessaire de porter la lutte sur le terrain, principalement par le repérage et la dénonciation de la « subversion » à l’œuvre – c’est l’anti-subversion –, parfois par la confrontation physique – c’est la contre-subversion – bien qu’elle ne soit pas le cœur de son action. Pour atteindre ses objectifs, l’UNI va rapidement former un vaste réseau politique et institutionnel. Elle profite de ses appuis pour diffuser et faire entendre ses analyses au sein des mouvements de l’ensemble de la droite française. Cependant, si l’UNI croît rapidement grâce à la bienveillance du pouvoir gaulliste, elle ne souffre pas durablement comme les autres organisations du « gaullisme d’ordre » de la rupture de 1974 qui voit le libéral Valéry Giscard d’Estaing prendre l’Élysée et l’essentiel du pouvoir exécutif[7]. Aussi, dans un esprit de synthèse, le présent article se focalisera sur la période allant de la naissance de l’UNI à la victoire de Valéry Giscard d’Estaing, véritable âge d’or du « gaullisme d’ordre ».

            Aussi, nous nous demanderons en quoi l’Union nationale interuniversitaire est-elle l’émanation d’un ordre universitaire qui se construit en opposition aux événements de 1968 et leurs conséquences ? Pour y répondre, nous nous appuierons sur de multiples sources : des ouvrages et bulletins édités par les fondateurs de l’UNI, le bulletin L’Action universitaire, des témoignages imprimés d’anciens cadres de l’organisation, des rapports des forces de l’ordre et des articles de presse (en particulier du quotidien Le Monde, journal très facile d’accès qui s’intéresse beaucoup à l’histoire des organisations politiques). Les sources orales sont particulièrement difficiles à obtenir tant la méfiance règne à l’encontre des personnes extérieures à l’UNI. C’est pourquoi nous compenserons leur absence par la mobilisation d’une bibliographie aussi riche que variée, sollicitant à la fois les travaux d’historiens du politique (Audigier, Loyer, Mohraz, Muller) que de sociologues et politologues spécialisés dans les mouvements universitaires et politiques (Le Goff, Touchard). Grâce à l’ensemble de ces études, il sera possible de restituer la naissance de l’UNI, les réseaux qu’elle va tisser pour améliorer son champ d’action et les soutiens politiques et institutionnels dont elle bénéficie.

I. Une fondation en réaction à mai-juin 1968

            Pour bien saisir l’opinion des membres de l’UNI à l’égard des « révolutionnaires », il est important de remonter aux origines – à savoir les événements de mai-juin 1968. Dès les premiers blocages survenus à la Sorbonne, Jacques Rougeot, maître assistant à la Sorbonne, estime qu’il est nécessaire de rassembler les antimarxistes pour s’opposer au SNESup, syndicat universitaire majoritaire qui est contrôlé par les communistes. Il prend contact avec Frédéric Deloffre, professeur de Littérature à la Sorbonne et secrétaire général adjoint de la Fédération des syndicats autonomes (FSA), dans l’espoir que celle-ci devienne le principal opposant aux « révolutionnaires ». Cependant, la tâche n’est pas aisée : le secrétaire général Georges Vedel se montre favorable aux revendications des gauchistes[8]. Jacques Rougeot pousse en quelque sorte Frédéric Deloffre à assumer la fonction de Georges Vedel en prenant sa place. Par ce coup de force, les deux hommes peuvent lancer une action de propagande au nom de la FSA pour soutenir la répression et condamner la contestation étudiante. Cette action ne vise pas à faire changer d’avis la population mais plutôt à l’orienter ou la conforter dans des stéréotypes. Comme l’explique l’historien David Colon, « le but ultime de la propagande n’est pas de changer l’opinion mais d’obtenir un vote, un don, un engagement (dans un parti, dans l’armée), ou toute autre action. Il peut aussi, en d’autres occasions, dissuader l’adversaire d’accomplir cet acte, en annihilant par exemple chez lui toute volonté de combattre ou de résister. »[9] De son côté, Suzanne Marton[10] s’efforce d’unir les étudiants de toutes les tendances de droite pour s’opposer à la subversion en cours, y compris les anciens partisans de l’Algérie française[11]. Elle s’appuie sur une longue expérience politique puisqu’elle fut formée à l’Action étudiante gaulliste – remplacée en 1965 par l’Union des jeunes pour le progrès (UJP) –, le mouvement officiel des étudiants et lycéens gaullistes. Protégée de Jacques Chaban-Delmas et André Fanton au sein de l’UD Ve (la future Union pour la défense de la République, UDR), Suzanne Marton tente de prévenir les responsables gaullistes de l’explosion imminente des campus sous l’impulsion des gauchistes[12]. Elle constate rapidement un désintérêt des cadres gaullistes pour la question au début du mois de mai, puis une soudaine cacophonie improductive dans la seconde moitié de mai 1968. Elle parvient finalement à rencontrer Jacques Foccart par le biais de Roger Frey (dont elle connaît le fils) et participe à la manifestation du 30 mai 1968 coorganisée par le SAC et les CDR[13]. Sur les conseils de Jacques Rougeot et Frédéric Deloffre qu’elle a rencontrés à cette occasion, Suzanne Marton décide de fonder le Mouvement universitaire pour la réforme (MUR), avec l’objectif de rassembler toute la droite estudiantine. Cette première action se solde par un échec cuisant, le MUR étant gangrené par des querelles intestines idéologiques[14]. Face à ce « vide », Suzanne Marton, Jacques Rougeot, Frédéric Deloffre, Gérard Daury et Jacques Foccart décident à l’automne 1968 de créer une nouvelle association universitaire, l’UNI[15]. L’objectif reste le même : combattre la « subversion marxiste » qui se serait révélée au grand jour en mai-juin 1968.

            Pour les fondateurs de l’UNI, les évènements de mai-juin 1968 seraient la manifestation d’un complot international marxiste téléguidé par des régimes étrangers. Des agitateurs marxistes italiens et allemands seraient venus spécialement en France pour apprendre aux « révolutionnaires » français « les techniques terroristes – et surtout celles de l’agitation[-propagande] »[16]. Cette vision pour le moins complotiste est partagée en haut lieu : le ministre de l’Intérieur Raymond Marcellin dénonce l’œuvre de la « Tricontinentale rouge » (URSS, Chine, Cuba), Georges Pompidou accuse l’URSS d’avoir provoqué la révolte des étudiants et des ouvriers par le truchement de la RDA, Charles de Gaulle avertit la population d’une « entreprise totalitaire » communiste lors de son discours radiodiffusé du 30 mai 1968, etc.[17] L’historien François Audigier a souligné qu’il s’agissait pour les gaullistes de se disculper de toute responsabilité dans les causes ayant pu provoquer les émeutes et la paralysie du pays, et de rassurer les adhérents qui avaient bien du mal à saisir les événements[18]. En désignant le marxisme comme l’origine de tous les maux, les gaullistes trouvent là un moyen de se mobiliser efficacement – l’opposition à un adversaire étant un moyen de redynamiser les activités militantes. De plus, la thèse d’un complot marxiste international offre l’avantage d’expliquer les soulèvements populaires, ouvriers et étudiants qui touchent de nombreux pays en 1968 : comment expliquer autrement les revendications sociales, bien souvent teintées de marxisme, dans des pays aussi éloignés géographiquement et culturellement comme les États-Unis, le Japon, Le Mexique, le Brésil, la RFA, la Belgique, le Chili, l’Italie, la Suède, la Pologne, la Tchécoslovaquie, l’Espagne, la République du Congo, le Sénégal[19], etc. Le maintien d’une praxis violente par les militants d’extrême gauche et les liens assumés que certains entretiennent avec des régimes et mouvements marxistes étrangers ne font qu’alimenter les accusations gaullistes d’une « subversion marxiste »[20]. Toutefois, le pouvoir a grandement exagéré les faits pour rendre sa thèse crédible. Des chercheurs ont souligné dès cette époque le caractère multiforme des événements hexagonaux[21]. Les liens entre les gauchistes français et des organisations ou puissances étrangères restent limités et sont peu représentatifs de la majorité de la jeunesse estudiantine de l’époque. Des financements occultes ont bien existé mais ne servaient, au mieux, qu’à rembourser les dettes des organisations qui en bénéficiaient[22]. Enfin, s’il est vrai que les événements ont surpris les gaullistes, force est de constater qu’ils ne surviennent pas subitement dans le paysage politique : les premières révoltes étudiantes apparaissent dès novembre 1967 tandis que des ouvriers font grèves pour obtenir de meilleurs salaires et préserver le plein-emploi.

            Le discours gaulliste auquel l’UNI adhère sans réserve permet ainsi à la majorité au pouvoir de justifier ses défaillances en dressant l’image d’une action internationale visant à renverser la Ve République et la démocratie par l’action d’un « ennemi de l’intérieur », le « révolutionnaire ».

II. L’UNI, une association soutenue par le SAC, la CFT et les CDR

            À ses débuts, l’UNI n’a pas les moyens d’agir seule et compte sur des organisations aînées pour la soutenir sur le terrain. Elle s’appuie sur un réseau de mouvements partageant son antimarxisme et nombre de ses adhérents s’engagent dans ceux-ci[23]. Il y a tout d’abord le service d’ordre gaulliste. Comme l’indique la commission d’enquête parlementaire sur le SAC en 1982, celui-ci est « étroitement associé » à l’association universitaire[24]. Suzanne Marton l’avait également laissé entendre dans son témoignage de 1998, lorsqu’elle se souvient qu’elle fut reçue par Jacques Foccart puis Charles Pasqua à la rue de Solférino[25] – où se trouvaient l’Association nationale, les Comités pour la défense de la République et le SAC dont le chef spirituel était Jacques Foccart et le vice-président était justement Charles Pasqua. Les « gros bras » se montrent particulièrement hostiles aux « révolutionnaires ». Ils voient favorablement le projet de Frédéric Deloffre, Suzanne Marton, et Jacques Rougeot qu’ils soutiennent activement[26]. Ils leur fournissent du matériel et un soutien logistique, voire une protection occasionnelle lors des distributions de tracts et collages d’affiches. Cette aide est motivée par le désir de permettre à une organisation cadette de combattre le plus efficacement possible la « subversion marxiste » qui sévit dans une « éducation de plus en plus antinationale », « une intelligentsia pourrie » et des « syndicats manipulés »[27]. Une vision du système éducatif et universitaire en déliquescence est amplement partagée par l’association universitaire[28]. Concrètement, le SAC aide l’UNI à recruter de jeunes militants en y redirigeant les plus jeunes candidats à l’adhésion – c’est du moins ce qu’affirme Georges Seigneuret, qui fut responsable du SAC parisien en 1968[29]. Gérard Daury veille à ce que le SAC contribue à la création d’antennes locales de l’UNI[30]. Par exemple, les professeurs André Decocq et Jacques Goudet fondent l’UNI de Lyon avec l’aide du SAC dont ils étaient également membres (avant de le quitter en 1974 pour avoir soutenu dès le premier tour Valéry Giscard d’Estaing)[31]. Le service d’ordre appelle ses adhérents à lire et acheter la subversion du CDR Roger Mucchielli (dont la lecture est également recommandée par l’UNI) et la contre-offensive de Jacques Rougeot[32]. Plus symbolique, Jacques Foccart s’efforce d’aider les membres de l’UNI au chômage ou en réorientation professionnelle de parvenir à leur fin. Il intervient tout au long des années 1968-1972 auprès du secrétaire d’État à l’Éducation Nationale, Pierre Billecocq, dans l’espoir d’offrir les postes et mutations demandés[33].

            Bien qu’ils soient très ténus, il existe également quelques liens entre l’UNI et les autres organisations du gaullisme d’ordre, la CFT et les CDR. L’association universitaire soutient discrètement le syndicat autonome par des annonces dans son journal, en défendant le code du travail à ses côtés lors de conférences communes ou en dénonçant les agressions menées par la CGT et la CFDT contre leurs militants[34]. De leur côté, les CDR bénéficient de la jonction avec l’UNI par le biais de cadres ayant adhéré aux deux structures[35]. C’est le cas d’Alain Gugghenheim, fils du cadre (et bienfaiteur) CDR Jacques Gugghenheim, qui écrit régulièrement dans le bulletin interne des CDR Citoyen en plus de militer à l’UNI ; de Gérard Daury, cadre des CDR et adhérent à l’UNI ; d’Alain Larcan, membre des CDR de Meurthe-et-Moselle et militant de l’UNI. Idéologiquement très proches sur leur vision de la « menace rouge » et des moyens à mettre en place pour s’y opposer, ces deux organisations sont cependant rivales. Bien que profondément antimarxistes, les CDR sont également chabanistes (tendance du gaullisme social) alors que l’UNI, rigoureusement conservatrice, rejette catégoriquement le projet de « Nouvelle société ». Les deux groupements rivalisent également lorsqu’il s’agit du recrutement et du terrain de lutte : tous deux comptent des étudiants et des universitaires dans leurs rangs et veulent combattre les « révolutionnaires » sur les campus. L’affaiblissement rapide et continu du SAC après l’élection présidentielle de 1974 et les faibles rapports avec les CDR et la CFT expliquent le besoin de l’UNI d’un rapprochement timide avec l’extrême droite. Celui-ci se fait par le biais du Comité de soutien à l’armée du sergent Joël Dupuy, fondé en février 1975 en réaction à « l’Appel des 100 », qui sert de plateforme d’entente entre la droite dure et l’extrême droite[36]. Nassera Mohraz a démontré que l’UNI participe, à l’occasion, à des actions coup de poing aux côtés de militants des comités Dupuy et du Parti des forces nouvelles (PFN), sur les campus contre des étudiants d’extrême gauche lors des grèves de 1975-1976[37], ce qui prouve un rapprochement entre ces groupements. Il faut bien avoir à l’esprit que ces participations étaient rares et ne pouvaient qu’être marginales pour deux raisons : l’association universitaire n’est pas une organisation taillée pour les activités contre-subversives et elle se retrouve en rivalité avec les organisations d’extrême droite (en particulier avec le GUD), dans le projet de devenir l’acteur principal de la lutte contre la « subversion marxiste » dans l’enseignement secondaire et universitaire. De plus, les liens ténus entre ces organisations ne semblent pas observables avant le mandat giscardien et s’expliquent probablement par la nécessité de combler la déliquescence des autres structures du « gaullisme d’ordre ».

III. Une organisation proche du pouvoir gaulliste

            À l’instar des CDR et de la CFT, l’UNI se présente comme une organisation apartisane[38]. Bien qu’elle soit d’essence gaulliste, l’association rejette tout alignement avec l’UDR et avec les libéraux Républicains indépendants (RI). Elle refuse de soutenir un parti politique en particulier à moins qu’il ne puisse, lors des campagnes électorales, garantir la victoire à la droite. Ce choix explique le ralliement à Valéry Giscard d’Estaing dès le premier tour en 1974 où il est le plus soutenu et le mieux positionné dans les sondages, mais pas en 1981 où le soutien au président sortant n’est donné qu’au second tour, une fois Jacques Chirac écarté du scrutin[39]. Cette ligne adoptée par l’UNI permet de recruter sur un spectre politique plus large, allant de la droite gaulliste aux extrêmes droites, en passant par les libéraux[40]. Cette ouverture lui attire la sympathie des différents partis de droite qui lui offrent en retour une protection, certes modeste mais non négligeable. Dans son journal élyséen, Jacques Foccart rapporte que le 8 mars 1972, il introduit les dirigeants de l’association universitaire auprès de Pierre Billecocq pour obtenir une aide officieuse du gouvernement[41]. Deux ans plus tard, le conseiller élyséen se rend au bureau de Joseph Fontanet, ministre de l’Éducation Nationale, pour soutenir les revendications de l’UNI[42]. Les néogaullistes (qu’ils soient chiraquiens ou antichiraquiens) maintiennent ce soutien à l’association durant la présidence giscardienne. Les exemples ne manquent pas : l’ancien ministre de la Justice Jean Foyer, se présente aux élections universitaires de 1976 de Paris II-Panthéon-Assas sous les couleurs de l’UNI et porte plus tard un projet de loi monté par l’UNI en 1986[43] ; Alain Peyrefitte, ministre de l’Éducation Nationale en mai 1968 et ministre de la Justice de 1977 à 1981, se montre très favorable à l’association universitaire qui le lui rend bien[44] ; Florian Delbarre, militant UNI encarté au RPR, est un conseiller politique de Jacques Chirac qui favorise un rapprochement officieux entre le parti chiraquien et l’organisation antimarxiste, tissant des liens avec d’autant plus de facilité que les déclarations souvent musclées de l’édile corrézien séduisent l’association[45], etc. Cependant, il ne faut pas exagérer les aides qu’apporte le pouvoir gaulliste. Celui-ci se cantonne le plus souvent à soutenir financièrement l’association universitaire sans s’investir politiquement. Les ministres successifs de l’Éducation Nationale n’accordent pas forcément d’attention à ce nouveau groupement, qui doit alors compter avant tout sur le truchement de Jacques Foccart pour essayer de se faire entendre.

            Convaincus qu’une « subversion marxiste » sévirait dans le pays en 1968, Jacques Rougeot, Frédéric Deloffre et Suzanne Marton décident de fonder une organisation qui puisse s’opposer aux « révolutionnaires ». Cette création est présentée par les fondateurs comme logique, mais elle n’est pourtant pas spontanée. La volonté de contrôler la FSA pour lutter contre le marxisme montre le souhait d’agir dans l’immédiat avec des moyens connus et maîtrisés. C’est l’incapacité de la FSA à pouvoir fournir les moyens nécessaires pour affronter idéologiquement les « subversifs » et la volonté du pouvoir gaulliste de maîtriser des relais sûrs qui expliquent la naissance progressive de l’UNI. Afin de pouvoir assurer son combat, l’association universitaire s’emploie à tisser un vaste réseau. Ses affinités avec le « gaullisme d’ordre » et l’aide que les organisations le composant lui apportent exploitent toutefois les liens privilégiés avec le SAC, la CFT et, dans une moindre mesure, les CDR. L’aide apportée par ces organisations à l’UNI est salutaire car le pouvoir gaulliste semble peu enclin à s’impliquer ouvertement avec elle. Plusieurs personnalités influentes du gaullisme, à commencer par Jacques Foccart, ne cachent pas leur sympathie pour l’UNI. Mais elles limitent bien souvent leur soutien à des questions financières. Une aide bienvenue, il est vrai, tant les cotisations ne suffisent pas à financer les actions de l’association. Néanmoins, les liens avec les libéraux s’avèrent plus étroits – et bénéfiques – durant la présidence giscardienne, en particulier durant le secrétariat d’État puis ministère d’Alice Saunier-Séïté où les relations deviennent si étroites que la ministre favorise la nomination de membre de l’UNI à la tête de rectorats, accorde des sortes de primes financières lorsque l’association universitaire combat activement les grèves étudiantes et se tient à l’écoute des cadres de l’organisation[46]. L’UNI entretenait une « relation intense » si inattendue qu’elle ne retrouve plus par la suite de liens aussi étroits avec ses successeurs[47]. En un sens, l’UNI est à rebours des autres organisations du « gaullisme d’ordre » : au lieu de décliner dans la seconde moitié des années 1970, l’organisation continue de se développer et diversifie ses réseaux – en s’ouvrant aux droites libérales et nationalistes.

[1] MOHRAZ Nassera, « L’UNI et les gaullistes (1968-1976) », in AUDIGIER François, LACHAISE Bernard, LAURENT Sébastien (dir.), Les gaullistes. Hommes et réseaux, Nouveau Monde éditions, Paris, 2013, p. 68-70 ; « L’UNI (Union nationale interuniversitaire) : l’opposition de droite la plus virulente à la loi Faure (1968-1984) », in POUCET Bruno et VALENCE David (dir.), La loi Edgar Faure. Réformer l’université après 1968, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2016, p. 99-121.
[2] L’UNI s’est toujours revendiquée de droite, mais durant la période 1968-1974, elle était indéniablement gaulliste : ses cadres l’étaient tous, tout comme la majorité de ses adhérents. L’association était concurrencée à sa gauche par l’UJP (de tendance gaulliste de gauche) et à sa droite par le GUD (de tendance néofasciste mais qui pouvait plaire à des militants de droite en manque d’action).
[3] AUDIGIER François, « Le gaullisme d’ordre des années 1968 », Vingtième siècle, n°116, 2012/4, p. 53-68.
[4] Cette expression doit être maniée avec précaution. Les gauchistes se pensaient comme des révolutionnaires, et les droites reprennent volontiers cette revendication pour les diaboliser, mais ce vocable doit être fortement nuancé. La très grande majorité des personnes revendiqués et/ou désignés comme tel se cantonnent avant tout dans une posture et un état d’esprit qui se veulent révolutionnaires sans véritablement l’être.
[5] BUTON Philippe, Histoire du gauchisme. L’héritage de Mai 68, Perrin, Paris, 2021.
[6] Les libertaires et autres anarchistes sont généralement assimilés aux différents mouvements marxistes, parfois par facilité, souvent par manque de compréhension des divergences idéologiques entre ces familles politiques.

[7] AUDIGIER François, « Le gaullisme d’ordre des années 1968 »…, op. cit., p. 63.

[8] ROUGEOT Jacques, « Mai 68 vu d’en face », Conflits actuels, n°2, printemps-été 1998, p. 107.

[9] COLON David, Propagande. La manipulation de masse dans le monde contemporain, Paris, Belin, Coll. « Histoire », 2019, p. 15.
[10] Étudiante à Sciences Po Paris, Suzanne Marton est une étudiante gaulliste hostile aux événements de 1968.
[11] GUGGENHEIM Alain, MARTON Suzanne, « L’autre Mai 68 », Conflits actuels, n°2, printemps-été 1998, p. 84.

[12] Témoignage d’André Fanton, ancien membre de l’UDR et du SAC, le 6 novembre 2018.

[13] GUGGENHEIM Alain, MARTON Suzanne, « L’autre Mai 68 »…, op. cit., p. 87-88.

[14] Ibid., p. 90.

[15] Ibid., p. 111.

[16] DELOFFRE Frédéric, ROUGEOT Jacques, L’Université, enjeu politique (1968-1983), Centre d’études et de diffusion, Paris, 1983, p. 8.

[17] Bryan Muller, « La lutte contre la ‘‘subversion marxiste’’ dans les années 1968 : discours politique fictionnel ou construction idéologique ? Le cas de la ‘‘Tricontinentale rouge’’ », Carnet du LIS, Actes du colloque international « Fiction politique », mis en ligne le 26 mai 2021. URL : https://lis.hypotheses.org/bryan-muller-la-lutte-contre-la-subversion-marxiste-dans-les-annees-1968.
[18] AUDIGIER François, « Des gaullistes engagés contre la ‘‘subversion marxiste’’, le cas des Comités pour la Défense de la République (CDR) en mai-juin 68 », in François Cochet, Olivier Dard (dir.), Subversion, anti-subversion, contre-subversion, Riveneuve, Paris, 2010, p. 82.

[19] LE GOFF Jean-Pierre, Mai 68, l’héritage impossible, La Découverte, Paris, 1998, p. 388.

[20] HAMON Hervé, ROTMAN Patrick, Génération. Tome 1 : les années de rêve (1958-1968), Seuil, Coll. « Essais », Paris, 1987, p. 343-347.
[21] BENETON Philippe, TOUCHARD Jean, « Les interprétations de la crise de mai-juin 1968 », Revue française de science politique, n°20/3, juin 1970, p. 503-544.

[22] GRIMAUD Maurice, En mai, fais ce qu’il te plaît, Stock, Paris, 1977, p. 107.

[23] L’Action universitaire, n°64, décembre 1978.

[24] Rapport de la commission d’enquête sur les activités du Service d’action civique. Tome 1, Alain Moreau, Paris, 1982, p. 219-220.
[25] GUGGENHEIM Alain, MARTON Suzanne, « L’autre Mai 68 »…, op. cit., p. 87-88.

[26] AUDIGIER François, Histoire du SAC, Stock, Paris, 2003, p. 147-149.

[27] Ce discours revient régulièrement dans Action civique. Par exemple, dans les n°13 (septembre 1970), n°37 (mars 1972), n°43 (janvier 1974).
[28] DELOFFRE Frédéric, ROUGEOT Jacques, L’Université, enjeu politique…, op. cit., p. 43.

[29] Rapport de la commission d’enquête sur les activités du Service d’action civique. Tome 1…, op. cit., p. 220.
[30] Ibid., p. 220-221.

[31] ANF 20150100/88, Renseignements Généraux Rhône-Alpes et Zone Sud-Est au préfet, directeur central des Renseignements Généraux n°APP/3009/35/MCA le 6 septembre 1977.
[32] Action civique, n°43, mars 1974.

[33] Les demandes sont multiples : Claude Leonetti demande un poste de maître-assistant, Maurice Boucher et Sylvette Manger une mutation, Suzanne Marton aimerait avoir un poste d’enseignant, Henri Fontana un poste de maître-auxiliaire dans l’enseignement secondaire, etc. ANF AG/5(F)/141 Dossier « UNI (L’Action Universitaire). Diverses interventions ».

[34] L’Action universitaire, n°38, mars 1974 ; L’Action universitaire, n°39, avril 1974.
[35] Les exemples qui suivent sont issus de la thèse de l’auteur. Bryan Muller, Les CDR : un relais militant original du « gaullisme d’ordre » des années 68 (1968-1978), Thèse de troisième cycle en Histoire contemporaine, sous la direction de François Audigier, Université de Lorraine, Metz, thèse soutenue le 17 novembre 2021.

[36] L’Aurore, 10 février 1975 ; Le Monde, 2 mai 1975.

[37] MOHRAZ Nassera, « L’UNI et les gaullistes (1968-1976) »…, op. cit., p. 79.

[38] L’Action universitaire, n°81, octobre 1978.

[39] L’Action universitaire, n°39, avril 1974 ; L’Action universitaire, n°101, mai 1981.

[40] MERCIER Charles, « Les “réactionnaires" à Nanterre aux lendemains de Mai 68 », Histoire@Politique, n°37, janvier-avril 2019 [en ligne], consulté le 23 novembre 2021. URL : https://www.histoire-politique.fr/documents/37/dossier/pdf/HP37_Dossier_CharlesMercier_def.pdf.

[41] FOCCART Jacques, Journal de l’Elysée. Tome 4 : La France pompidolienne (1971-1972), Fayard/Jeune Afrique, Paris, 2000, p. 262.
[42] FOCCART Jacques, Journal de l’Elysée. Tome 5 : La fin du gaullisme (1973-1974), Fayard/Jeune Afrique, Paris, 2000, p. 563.

[43] ALLORANT Pierre, « Les juristes gaullistes », dans AUDIGIER François, LACHAISE Bernard, LAURENT Sébastien (dir.), Les gaullistes. Hommes et réseaux, Paris, Nouveau monde éditions, 2013, p. 323 ; MERINDOL Jean-Yves, « Les universitaires et leurs statuts depuis 1968 », Le Mouvement Social, n°233, 2010/4, p. 81.
[44] L’Action universitaire, n°74, décembre 1977.

[45] Selon une enquête de l’Express, le président de l’Université Paris V (Delbarre) s’échine à rapprocher les deux organisations dans l’espoir de créer une synergie antimarxiste permettant de mieux combattre l’influence du PS et du PCF. L’Express, 5-11 juillet 1980 ; L’Action universitaire, n°54, décembre 1975.

[46] MOHRAZ Nassera, « L’UNI (Union nationale interuniversitaire) : l’opposition de droite la plus virulente à la loi Faure (1968-1984) »…, op. cit., p. 120 ; L’Action universitaire, n°96, septembre-novembre 1980.
[47] MOHRAZ Nassera, « L’UNI et les gaullistes (1968-1976) »…, op. cit., p. 69.

            L’Union nationale interuniversitaire (UNI) est une association universitaire qui apparaît en réaction aux événements de mai-juin 1968[1]. Fondée par deux enseignants et une étudiante, elle se présente comme une association étudiante de droite antimarxiste. Toutefois, bien qu’elle compte des membres des droites nationaliste et libérale, elle est avant tout une organisation fondée et dirigée par des gaullistes durant les années 1968[2]. En effet, ces années sont marquées par une activité intense des mouvements de gauche et d’extrême-gauche. La grande majorité de ces organisations se réclament du marxisme – communisme, trotskisme, maoïsme, et même le socialisme d’alors – et prônent, pour les plus radicales d’entre elles, la révolution par le renversement des institutions en place. Convaincus qu’un complot (inter)national est à l’œuvre, les membres de l’UNI vont former l’ossature estudiantine et professorale – même si elle n’en a pas l’exclusivité – du « gaullisme d’ordre », tendance la plus conservatrice et antimarxiste de la famille gaulliste qui construit son idéologie et l’essentiel de ses activités dans la lutte contre la « menace rouge »[3]. Aux yeux de l’association universitaire, les « révolutionnaires »[4] marxistes cherchent à infiltrer les secteurs clefs de l’État pour provoquer son délitement ce qui entraînerait à terme le discrédit de l’État. Ces éléments « subversifs » sont d’autant plus effrayants qu’ils sont englobés dans un vaste spectre politique, allant des socialistes aux gauchistes[5] (entendus comme les trotskistes, les maoïstes et les anarchistes) en passant par les communistes, ce qui donne l’impression d’un nombre conséquent d’éléments dangereux qui se cache dans la masse. En parallèle de la présumée infiltration des secteurs clefs de l’État, les « révolutionnaires » entraîneraient la peur et la paralysie des institutions par de l’agitation-propagande active et violente. Aussi, selon cette théorie, l’État n’étant plus apprécié par la population, il serait à la merci des marxistes[6] – les forces de l’ordre et l’armée étant tout autant contrôlées par les « révolutionnaires » que l’Éducation Nationale et les PTT. Si la menace pèse sur l’ensemble de la population, l’UNI estime que les étudiants et les lycéens sont les plus sensibles à la propagande révolutionnaire. Des enseignants seraient à l’œuvre pour endoctriner les jeunes en usant de leur influence, aux côtés de présumés agitateurs professionnels étudiants – des étudiants, formés politiquement à l’agitation-propagande, qui cherchent à recruter dans leur organisation « révolutionnaire » et à contester l’ordre établi. L’association universitaire estime donc qu’il est nécessaire de porter la lutte sur le terrain, principalement par le repérage et la dénonciation de la « subversion » à l’œuvre – c’est l’anti-subversion –, parfois par la confrontation physique – c’est la contre-subversion – bien qu’elle ne soit pas le cœur de son action. Pour atteindre ses objectifs, l’UNI va rapidement former un vaste réseau politique et institutionnel. Elle profite de ses appuis pour diffuser et faire entendre ses analyses au sein des mouvements de l’ensemble de la droite française. Cependant, si l’UNI croît rapidement grâce à la bienveillance du pouvoir gaulliste, elle ne souffre pas durablement comme les autres organisations du « gaullisme d’ordre » de la rupture de 1974 qui voit le libéral Valéry Giscard d’Estaing prendre l’Élysée et l’essentiel du pouvoir exécutif[7]. Aussi, dans un esprit de synthèse, le présent article se focalisera sur la période allant de la naissance de l’UNI à la victoire de Valéry Giscard d’Estaing, véritable âge d’or du « gaullisme d’ordre ».

            Aussi, nous nous demanderons en quoi l’Union nationale interuniversitaire est-elle l’émanation d’un ordre universitaire qui se construit en opposition aux événements de 1968 et leurs conséquences ? Pour y répondre, nous nous appuierons sur de multiples sources : des ouvrages et bulletins édités par les fondateurs de l’UNI, le bulletin L’Action universitaire, des témoignages imprimés d’anciens cadres de l’organisation, des rapports des forces de l’ordre et des articles de presse (en particulier du quotidien Le Monde, journal très facile d’accès qui s’intéresse beaucoup à l’histoire des organisations politiques). Les sources orales sont particulièrement difficiles à obtenir tant la méfiance règne à l’encontre des personnes extérieures à l’UNI. C’est pourquoi nous compenserons leur absence par la mobilisation d’une bibliographie aussi riche que variée, sollicitant à la fois les travaux d’historiens du politique (Audigier, Loyer, Mohraz, Muller) que de sociologues et politologues spécialisés dans les mouvements universitaires et politiques (Le Goff, Touchard). Grâce à l’ensemble de ces études, il sera possible de restituer la naissance de l’UNI, les réseaux qu’elle va tisser pour améliorer son champ d’action et les soutiens politiques et institutionnels dont elle bénéficie.

I. Une fondation en réaction à mai-juin 1968

            Pour bien saisir l’opinion des membres de l’UNI à l’égard des « révolutionnaires », il est important de remonter aux origines – à savoir les événements de mai-juin 1968. Dès les premiers blocages survenus à la Sorbonne, Jacques Rougeot, maître assistant à la Sorbonne, estime qu’il est nécessaire de rassembler les antimarxistes pour s’opposer au SNESup, syndicat universitaire majoritaire qui est contrôlé par les communistes. Il prend contact avec Frédéric Deloffre, professeur de Littérature à la Sorbonne et secrétaire général adjoint de la Fédération des syndicats autonomes (FSA), dans l’espoir que celle-ci devienne le principal opposant aux « révolutionnaires ». Cependant, la tâche n’est pas aisée : le secrétaire général Georges Vedel se montre favorable aux revendications des gauchistes[8]. Jacques Rougeot pousse en quelque sorte Frédéric Deloffre à assumer la fonction de Georges Vedel en prenant sa place. Par ce coup de force, les deux hommes peuvent lancer une action de propagande au nom de la FSA pour soutenir la répression et condamner la contestation étudiante. Cette action ne vise pas à faire changer d’avis la population mais plutôt à l’orienter ou la conforter dans des stéréotypes. Comme l’explique l’historien David Colon, « le but ultime de la propagande n’est pas de changer l’opinion mais d’obtenir un vote, un don, un engagement (dans un parti, dans l’armée), ou toute autre action. Il peut aussi, en d’autres occasions, dissuader l’adversaire d’accomplir cet acte, en annihilant par exemple chez lui toute volonté de combattre ou de résister. »[9] De son côté, Suzanne Marton[10] s’efforce d’unir les étudiants de toutes les tendances de droite pour s’opposer à la subversion en cours, y compris les anciens partisans de l’Algérie française[11]. Elle s’appuie sur une longue expérience politique puisqu’elle fut formée à l’Action étudiante gaulliste – remplacée en 1965 par l’Union des jeunes pour le progrès (UJP) –, le mouvement officiel des étudiants et lycéens gaullistes. Protégée de Jacques Chaban-Delmas et André Fanton au sein de l’UD Ve (la future Union pour la défense de la République, UDR), Suzanne Marton tente de prévenir les responsables gaullistes de l’explosion imminente des campus sous l’impulsion des gauchistes[12]. Elle constate rapidement un désintérêt des cadres gaullistes pour la question au début du mois de mai, puis une soudaine cacophonie improductive dans la seconde moitié de mai 1968. Elle parvient finalement à rencontrer Jacques Foccart par le biais de Roger Frey (dont elle connaît le fils) et participe à la manifestation du 30 mai 1968 coorganisée par le SAC et les CDR[13]. Sur les conseils de Jacques Rougeot et Frédéric Deloffre qu’elle a rencontrés à cette occasion, Suzanne Marton décide de fonder le Mouvement universitaire pour la réforme (MUR), avec l’objectif de rassembler toute la droite estudiantine. Cette première action se solde par un échec cuisant, le MUR étant gangrené par des querelles intestines idéologiques[14]. Face à ce « vide », Suzanne Marton, Jacques Rougeot, Frédéric Deloffre, Gérard Daury et Jacques Foccart décident à l’automne 1968 de créer une nouvelle association universitaire, l’UNI[15]. L’objectif reste le même : combattre la « subversion marxiste » qui se serait révélée au grand jour en mai-juin 1968.

            Pour les fondateurs de l’UNI, les évènements de mai-juin 1968 seraient la manifestation d’un complot international marxiste téléguidé par des régimes étrangers. Des agitateurs marxistes italiens et allemands seraient venus spécialement en France pour apprendre aux « révolutionnaires » français « les techniques terroristes – et surtout celles de l’agitation[-propagande] »[16]. Cette vision pour le moins complotiste est partagée en haut lieu : le ministre de l’Intérieur Raymond Marcellin dénonce l’œuvre de la « Tricontinentale rouge » (URSS, Chine, Cuba), Georges Pompidou accuse l’URSS d’avoir provoqué la révolte des étudiants et des ouvriers par le truchement de la RDA, Charles de Gaulle avertit la population d’une « entreprise totalitaire » communiste lors de son discours radiodiffusé du 30 mai 1968, etc.[17] L’historien François Audigier a souligné qu’il s’agissait pour les gaullistes de se disculper de toute responsabilité dans les causes ayant pu provoquer les émeutes et la paralysie du pays, et de rassurer les adhérents qui avaient bien du mal à saisir les événements[18]. En désignant le marxisme comme l’origine de tous les maux, les gaullistes trouvent là un moyen de se mobiliser efficacement – l’opposition à un adversaire étant un moyen de redynamiser les activités militantes. De plus, la thèse d’un complot marxiste international offre l’avantage d’expliquer les soulèvements populaires, ouvriers et étudiants qui touchent de nombreux pays en 1968 : comment expliquer autrement les revendications sociales, bien souvent teintées de marxisme, dans des pays aussi éloignés géographiquement et culturellement comme les États-Unis, le Japon, Le Mexique, le Brésil, la RFA, la Belgique, le Chili, l’Italie, la Suède, la Pologne, la Tchécoslovaquie, l’Espagne, la République du Congo, le Sénégal[19], etc. Le maintien d’une praxis violente par les militants d’extrême gauche et les liens assumés que certains entretiennent avec des régimes et mouvements marxistes étrangers ne font qu’alimenter les accusations gaullistes d’une « subversion marxiste »[20]. Toutefois, le pouvoir a grandement exagéré les faits pour rendre sa thèse crédible. Des chercheurs ont souligné dès cette époque le caractère multiforme des événements hexagonaux[21]. Les liens entre les gauchistes français et des organisations ou puissances étrangères restent limités et sont peu représentatifs de la majorité de la jeunesse estudiantine de l’époque. Des financements occultes ont bien existé mais ne servaient, au mieux, qu’à rembourser les dettes des organisations qui en bénéficiaient[22]. Enfin, s’il est vrai que les événements ont surpris les gaullistes, force est de constater qu’ils ne surviennent pas subitement dans le paysage politique : les premières révoltes étudiantes apparaissent dès novembre 1967 tandis que des ouvriers font grèves pour obtenir de meilleurs salaires et préserver le plein-emploi.

            Le discours gaulliste auquel l’UNI adhère sans réserve permet ainsi à la majorité au pouvoir de justifier ses défaillances en dressant l’image d’une action internationale visant à renverser la Ve République et la démocratie par l’action d’un « ennemi de l’intérieur », le « révolutionnaire ».

II. L’UNI, une association soutenue par le SAC, la CFT et les CDR

            À ses débuts, l’UNI n’a pas les moyens d’agir seule et compte sur des organisations aînées pour la soutenir sur le terrain. Elle s’appuie sur un réseau de mouvements partageant son antimarxisme et nombre de ses adhérents s’engagent dans ceux-ci[23]. Il y a tout d’abord le service d’ordre gaulliste. Comme l’indique la commission d’enquête parlementaire sur le SAC en 1982, celui-ci est « étroitement associé » à l’association universitaire[24]. Suzanne Marton l’avait également laissé entendre dans son témoignage de 1998, lorsqu’elle se souvient qu’elle fut reçue par Jacques Foccart puis Charles Pasqua à la rue de Solférino[25] – où se trouvaient l’Association nationale, les Comités pour la défense de la République et le SAC dont le chef spirituel était Jacques Foccart et le vice-président était justement Charles Pasqua. Les « gros bras » se montrent particulièrement hostiles aux « révolutionnaires ». Ils voient favorablement le projet de Frédéric Deloffre, Suzanne Marton, et Jacques Rougeot qu’ils soutiennent activement[26]. Ils leur fournissent du matériel et un soutien logistique, voire une protection occasionnelle lors des distributions de tracts et collages d’affiches. Cette aide est motivée par le désir de permettre à une organisation cadette de combattre le plus efficacement possible la « subversion marxiste » qui sévit dans une « éducation de plus en plus antinationale », « une intelligentsia pourrie » et des « syndicats manipulés »[27]. Une vision du système éducatif et universitaire en déliquescence est amplement partagée par l’association universitaire[28]. Concrètement, le SAC aide l’UNI à recruter de jeunes militants en y redirigeant les plus jeunes candidats à l’adhésion – c’est du moins ce qu’affirme Georges Seigneuret, qui fut responsable du SAC parisien en 1968[29]. Gérard Daury veille à ce que le SAC contribue à la création d’antennes locales de l’UNI[30]. Par exemple, les professeurs André Decocq et Jacques Goudet fondent l’UNI de Lyon avec l’aide du SAC dont ils étaient également membres (avant de le quitter en 1974 pour avoir soutenu dès le premier tour Valéry Giscard d’Estaing)[31]. Le service d’ordre appelle ses adhérents à lire et acheter la subversion du CDR Roger Mucchielli (dont la lecture est également recommandée par l’UNI) et la contre-offensive de Jacques Rougeot[32]. Plus symbolique, Jacques Foccart s’efforce d’aider les membres de l’UNI au chômage ou en réorientation professionnelle de parvenir à leur fin. Il intervient tout au long des années 1968-1972 auprès du secrétaire d’État à l’Éducation Nationale, Pierre Billecocq, dans l’espoir d’offrir les postes et mutations demandés[33].

            Bien qu’ils soient très ténus, il existe également quelques liens entre l’UNI et les autres organisations du gaullisme d’ordre, la CFT et les CDR. L’association universitaire soutient discrètement le syndicat autonome par des annonces dans son journal, en défendant le code du travail à ses côtés lors de conférences communes ou en dénonçant les agressions menées par la CGT et la CFDT contre leurs militants[34]. De leur côté, les CDR bénéficient de la jonction avec l’UNI par le biais de cadres ayant adhéré aux deux structures[35]. C’est le cas d’Alain Gugghenheim, fils du cadre (et bienfaiteur) CDR Jacques Gugghenheim, qui écrit régulièrement dans le bulletin interne des CDR Citoyen en plus de militer à l’UNI ; de Gérard Daury, cadre des CDR et adhérent à l’UNI ; d’Alain Larcan, membre des CDR de Meurthe-et-Moselle et militant de l’UNI. Idéologiquement très proches sur leur vision de la « menace rouge » et des moyens à mettre en place pour s’y opposer, ces deux organisations sont cependant rivales. Bien que profondément antimarxistes, les CDR sont également chabanistes (tendance du gaullisme social) alors que l’UNI, rigoureusement conservatrice, rejette catégoriquement le projet de « Nouvelle société ». Les deux groupements rivalisent également lorsqu’il s’agit du recrutement et du terrain de lutte : tous deux comptent des étudiants et des universitaires dans leurs rangs et veulent combattre les « révolutionnaires » sur les campus. L’affaiblissement rapide et continu du SAC après l’élection présidentielle de 1974 et les faibles rapports avec les CDR et la CFT expliquent le besoin de l’UNI d’un rapprochement timide avec l’extrême droite. Celui-ci se fait par le biais du Comité de soutien à l’armée du sergent Joël Dupuy, fondé en février 1975 en réaction à « l’Appel des 100 », qui sert de plateforme d’entente entre la droite dure et l’extrême droite[36]. Nassera Mohraz a démontré que l’UNI participe, à l’occasion, à des actions coup de poing aux côtés de militants des comités Dupuy et du Parti des forces nouvelles (PFN), sur les campus contre des étudiants d’extrême gauche lors des grèves de 1975-1976[37], ce qui prouve un rapprochement entre ces groupements. Il faut bien avoir à l’esprit que ces participations étaient rares et ne pouvaient qu’être marginales pour deux raisons : l’association universitaire n’est pas une organisation taillée pour les activités contre-subversives et elle se retrouve en rivalité avec les organisations d’extrême droite (en particulier avec le GUD), dans le projet de devenir l’acteur principal de la lutte contre la « subversion marxiste » dans l’enseignement secondaire et universitaire. De plus, les liens ténus entre ces organisations ne semblent pas observables avant le mandat giscardien et s’expliquent probablement par la nécessité de combler la déliquescence des autres structures du « gaullisme d’ordre ».

III. Une organisation proche du pouvoir gaulliste

            À l’instar des CDR et de la CFT, l’UNI se présente comme une organisation apartisane[38]. Bien qu’elle soit d’essence gaulliste, l’association rejette tout alignement avec l’UDR et avec les libéraux Républicains indépendants (RI). Elle refuse de soutenir un parti politique en particulier à moins qu’il ne puisse, lors des campagnes électorales, garantir la victoire à la droite. Ce choix explique le ralliement à Valéry Giscard d’Estaing dès le premier tour en 1974 où il est le plus soutenu et le mieux positionné dans les sondages, mais pas en 1981 où le soutien au président sortant n’est donné qu’au second tour, une fois Jacques Chirac écarté du scrutin[39]. Cette ligne adoptée par l’UNI permet de recruter sur un spectre politique plus large, allant de la droite gaulliste aux extrêmes droites, en passant par les libéraux[40]. Cette ouverture lui attire la sympathie des différents partis de droite qui lui offrent en retour une protection, certes modeste mais non négligeable. Dans son journal élyséen, Jacques Foccart rapporte que le 8 mars 1972, il introduit les dirigeants de l’association universitaire auprès de Pierre Billecocq pour obtenir une aide officieuse du gouvernement[41]. Deux ans plus tard, le conseiller élyséen se rend au bureau de Joseph Fontanet, ministre de l’Éducation Nationale, pour soutenir les revendications de l’UNI[42]. Les néogaullistes (qu’ils soient chiraquiens ou antichiraquiens) maintiennent ce soutien à l’association durant la présidence giscardienne. Les exemples ne manquent pas : l’ancien ministre de la Justice Jean Foyer, se présente aux élections universitaires de 1976 de Paris II-Panthéon-Assas sous les couleurs de l’UNI et porte plus tard un projet de loi monté par l’UNI en 1986[43] ; Alain Peyrefitte, ministre de l’Éducation Nationale en mai 1968 et ministre de la Justice de 1977 à 1981, se montre très favorable à l’association universitaire qui le lui rend bien[44] ; Florian Delbarre, militant UNI encarté au RPR, est un conseiller politique de Jacques Chirac qui favorise un rapprochement officieux entre le parti chiraquien et l’organisation antimarxiste, tissant des liens avec d’autant plus de facilité que les déclarations souvent musclées de l’édile corrézien séduisent l’association[45], etc. Cependant, il ne faut pas exagérer les aides qu’apporte le pouvoir gaulliste. Celui-ci se cantonne le plus souvent à soutenir financièrement l’association universitaire sans s’investir politiquement. Les ministres successifs de l’Éducation Nationale n’accordent pas forcément d’attention à ce nouveau groupement, qui doit alors compter avant tout sur le truchement de Jacques Foccart pour essayer de se faire entendre.

            Convaincus qu’une « subversion marxiste » sévirait dans le pays en 1968, Jacques Rougeot, Frédéric Deloffre et Suzanne Marton décident de fonder une organisation qui puisse s’opposer aux « révolutionnaires ». Cette création est présentée par les fondateurs comme logique, mais elle n’est pourtant pas spontanée. La volonté de contrôler la FSA pour lutter contre le marxisme montre le souhait d’agir dans l’immédiat avec des moyens connus et maîtrisés. C’est l’incapacité de la FSA à pouvoir fournir les moyens nécessaires pour affronter idéologiquement les « subversifs » et la volonté du pouvoir gaulliste de maîtriser des relais sûrs qui expliquent la naissance progressive de l’UNI. Afin de pouvoir assurer son combat, l’association universitaire s’emploie à tisser un vaste réseau. Ses affinités avec le « gaullisme d’ordre » et l’aide que les organisations le composant lui apportent exploitent toutefois les liens privilégiés avec le SAC, la CFT et, dans une moindre mesure, les CDR. L’aide apportée par ces organisations à l’UNI est salutaire car le pouvoir gaulliste semble peu enclin à s’impliquer ouvertement avec elle. Plusieurs personnalités influentes du gaullisme, à commencer par Jacques Foccart, ne cachent pas leur sympathie pour l’UNI. Mais elles limitent bien souvent leur soutien à des questions financières. Une aide bienvenue, il est vrai, tant les cotisations ne suffisent pas à financer les actions de l’association. Néanmoins, les liens avec les libéraux s’avèrent plus étroits – et bénéfiques – durant la présidence giscardienne, en particulier durant le secrétariat d’État puis ministère d’Alice Saunier-Séïté où les relations deviennent si étroites que la ministre favorise la nomination de membre de l’UNI à la tête de rectorats, accorde des sortes de primes financières lorsque l’association universitaire combat activement les grèves étudiantes et se tient à l’écoute des cadres de l’organisation[46]. L’UNI entretenait une « relation intense » si inattendue qu’elle ne retrouve plus par la suite de liens aussi étroits avec ses successeurs[47]. En un sens, l’UNI est à rebours des autres organisations du « gaullisme d’ordre » : au lieu de décliner dans la seconde moitié des années 1970, l’organisation continue de se développer et diversifie ses réseaux – en s’ouvrant aux droites libérales et nationalistes.

[1] MOHRAZ Nassera, « L’UNI et les gaullistes (1968-1976) », in AUDIGIER François, LACHAISE Bernard, LAURENT Sébastien (dir.), Les gaullistes. Hommes et réseaux, Nouveau Monde éditions, Paris, 2013, p. 68-70 ; « L’UNI (Union nationale interuniversitaire) : l’opposition de droite la plus virulente à la loi Faure (1968-1984) », in POUCET Bruno et VALENCE David (dir.), La loi Edgar Faure. Réformer l’université après 1968, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2016, p. 99-121.

[2] L’UNI s’est toujours revendiquée de droite, mais durant la période 1968-1974, elle était indéniablement gaulliste : ses cadres l’étaient tous, tout comme la majorité de ses adhérents. L’association était concurrencée à sa gauche par l’UJP (de tendance gaulliste de gauche) et à sa droite par le GUD (de tendance néofasciste mais qui pouvait plaire à des militants de droite en manque d’action).

[3] AUDIGIER François, « Le gaullisme d’ordre des années 1968 », Vingtième siècle, n°116, 2012/4, p. 53-68.

[4] Cette expression doit être maniée avec précaution. Les gauchistes se pensaient comme des révolutionnaires, et les droites reprennent volontiers cette revendication pour les diaboliser, mais ce vocable doit être fortement nuancé. La très grande majorité des personnes revendiqués et/ou désignés comme tel se cantonnent avant tout dans une posture et un état d’esprit qui se veulent révolutionnaires sans véritablement l’être.

[5] BUTON Philippe, Histoire du gauchisme. L’héritage de Mai 68, Perrin, Paris, 2021.

[6] Les libertaires et autres anarchistes sont généralement assimilés aux différents mouvements marxistes, parfois par facilité, souvent par manque de compréhension des divergences idéologiques entre ces familles politiques.

[7] AUDIGIER François, « Le gaullisme d’ordre des années 1968 »…, op. cit., p. 63.

[8] ROUGEOT Jacques, « Mai 68 vu d’en face », Conflits actuels, n°2, printemps-été 1998, p. 107.

[9] COLON David, Propagande. La manipulation de masse dans le monde contemporain, Paris, Belin, Coll. « Histoire », 2019, p. 15.

[10] Étudiante à Sciences Po Paris, Suzanne Marton est une étudiante gaulliste hostile aux événements de 1968.

[11] GUGGENHEIM Alain, MARTON Suzanne, « L’autre Mai 68 », Conflits actuels, n°2, printemps-été 1998, p. 84.

[12] Témoignage d’André Fanton, ancien membre de l’UDR et du SAC, le 6 novembre 2018.

[13] GUGGENHEIM Alain, MARTON Suzanne, « L’autre Mai 68 »…, op. cit., p. 87-88.

[14] Ibid., p. 90.

[15] Ibid., p. 111.

[16] DELOFFRE Frédéric, ROUGEOT Jacques, L’Université, enjeu politique (1968-1983), Centre d’études et de diffusion, Paris, 1983, p. 8.

[17] Bryan Muller, « La lutte contre la ‘‘subversion marxiste’’ dans les années 1968 : discours politique fictionnel ou construction idéologique ? Le cas de la ‘‘Tricontinentale rouge’’ », Carnet du LIS, Actes du colloque international « Fiction politique », mis en ligne le 26 mai 2021. URL : https://lis.hypotheses.org/bryan-muller-la-lutte-contre-la-subversion-marxiste-dans-les-annees-1968.

[18] AUDIGIER François, « Des gaullistes engagés contre la ‘‘subversion marxiste’’, le cas des Comités pour la Défense de la République (CDR) en mai-juin 68 », in François Cochet, Olivier Dard (dir.), Subversion, anti-subversion, contre-subversion, Riveneuve, Paris, 2010, p. 82.

[19] LE GOFF Jean-Pierre, Mai 68, l’héritage impossible, La Découverte, Paris, 1998, p. 388.

[20] HAMON Hervé, ROTMAN Patrick, Génération. Tome 1 : les années de rêve (1958-1968), Seuil, Coll. « Essais », Paris, 1987, p. 343-347.

[21] BENETON Philippe, TOUCHARD Jean, « Les interprétations de la crise de mai-juin 1968 », Revue française de science politique, n°20/3, juin 1970, p. 503-544.

[22] GRIMAUD Maurice, En mai, fais ce qu’il te plaît, Stock, Paris, 1977, p. 107.

[23] L’Action universitaire, n°64, décembre 1978.

[24] Rapport de la commission d’enquête sur les activités du Service d’action civique. Tome 1, Alain Moreau, Paris, 1982, p. 219-220.

[25] GUGGENHEIM Alain, MARTON Suzanne, « L’autre Mai 68 »…, op. cit., p. 87-88.

[26] AUDIGIER François, Histoire du SAC, Stock, Paris, 2003, p. 147-149.

[27] Ce discours revient régulièrement dans Action civique. Par exemple, dans les n°13 (septembre 1970), n°37 (mars 1972), n°43 (janvier 1974).

[28] DELOFFRE Frédéric, ROUGEOT Jacques, L’Université, enjeu politique…, op. cit., p. 43.

[29] Rapport de la commission d’enquête sur les activités du Service d’action civique. Tome 1…, op. cit., p. 220.

[30] Ibid., p. 220-221.

[31] ANF 20150100/88, Renseignements Généraux Rhône-Alpes et Zone Sud-Est au préfet, directeur central des Renseignements Généraux n°APP/3009/35/MCA le 6 septembre 1977.

[32] Action civique, n°43, mars 1974.

[33] Les demandes sont multiples : Claude Leonetti demande un poste de maître-assistant, Maurice Boucher et Sylvette Manger une mutation, Suzanne Marton aimerait avoir un poste d’enseignant, Henri Fontana un poste de maître-auxiliaire dans l’enseignement secondaire, etc. ANF AG/5(F)/141 Dossier « UNI (L’Action Universitaire). Diverses interventions ».

[34] L’Action universitaire, n°38, mars 1974 ; L’Action universitaire, n°39, avril 1974.

[35] Les exemples qui suivent sont issus de la thèse de l’auteur. Bryan Muller, Les CDR : un relais militant original du « gaullisme d’ordre » des années 68 (1968-1978), Thèse de troisième cycle en Histoire contemporaine, sous la direction de François Audigier, Université de Lorraine, Metz, thèse soutenue le 17 novembre 2021.

[36] L’Aurore, 10 février 1975 ; Le Monde, 2 mai 1975.

[37] MOHRAZ Nassera, « L’UNI et les gaullistes (1968-1976) »…, op. cit., p. 79.

[38] L’Action universitaire, n°81, octobre 1978.

[39] L’Action universitaire, n°39, avril 1974 ; L’Action universitaire, n°101, mai 1981.

[40] MERCIER Charles, « Les “réactionnaires" à Nanterre aux lendemains de Mai 68 », Histoire@Politique, n°37, janvier-avril 2019 [en ligne], consulté le 23 novembre 2021. URL : https://www.histoire-politique.fr/documents/37/dossier/pdf/HP37_Dossier_CharlesMercier_def.pdf.

[41] FOCCART Jacques, Journal de l’Elysée. Tome 4 : La France pompidolienne (1971-1972), Fayard/Jeune Afrique, Paris, 2000, p. 262.

[42] FOCCART Jacques, Journal de l’Elysée. Tome 5 : La fin du gaullisme (1973-1974), Fayard/Jeune Afrique, Paris, 2000, p. 563.

[43] ALLORANT Pierre, « Les juristes gaullistes », dans AUDIGIER François, LACHAISE Bernard, LAURENT Sébastien (dir.), Les gaullistes. Hommes et réseaux, Paris, Nouveau monde éditions, 2013, p. 323 ; MERINDOL Jean-Yves, « Les universitaires et leurs statuts depuis 1968 », Le Mouvement Social, n°233, 2010/4, p. 81.

[44] L’Action universitaire, n°74, décembre 1977.

[45] Selon une enquête de l’Express, le président de l’Université Paris V (Delbarre) s’échine à rapprocher les deux organisations dans l’espoir de créer une synergie antimarxiste permettant de mieux combattre l’influence du PS et du PCF. L’Express, 5-11 juillet 1980 ; L’Action universitaire, n°54, décembre 1975.

[46] MOHRAZ Nassera, « L’UNI (Union nationale interuniversitaire) : l’opposition de droite la plus virulente à la loi Faure (1968-1984) »…, op. cit., p. 120 ; L’Action universitaire, n°96, septembre-novembre 1980.

[47] MOHRAZ Nassera, « L’UNI et les gaullistes (1968-1976) »…, op. cit., p. 69.

Bibliographie

AUDIGIER François, « Le gaullisme d'ordre des années 1968 », Vingtième siècle, n°116, 2012/4, p. 53-68.

BERSTEIN Serge, Histoire du gaullisme, Perrin, Coll. « Tempus », 2002, 574 p.

BERSTEIN Serge, MILZA Pierre, Histoire de la France au XXe siècle. Tome III : 1958 à nos jours, Perrin, édition augmentée, Coll. « Tempus », 2009, 885 p.

CHASSAIGNE Philippe, Les années 1970. Une décennie révolutionnaire, Armand Colin, Coll. « U », 3e édition, 2018, 416 p.

MOHRAZ Nassera, « L’UNI et les gaullistes (1968-1976) », dans AUDIGIER François, LACHAISE Bernard, LAURENT Sébastien (dir.), Les gaullistes. Hommes et réseaux, Nouveau Monde éditions, Paris, 2013, p. 67-80.

MOHRAZ Nassera, « L’UNI (Union nationale interuniversitaire) : l’opposition de droite la plus virulente à la loi Faure (1968-1984) » dans VALENCE David, POUCET Bruno (dir.), La loi Edgar Faure. Réformer l’université après 1968, PUR, Coll. « Histoire », Rennes, 2016, p. 99-121.