« Ton père est un ennemi » : le destin comparé des « enfants de Boches » et des konketsuji en France et au Japon au lendemain de la Seconde Guerre mondiale

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25 Mai
2022

Maxence Visset

Résumé

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le Japon et la France découvrent l'existence d'enfants que la société se refuse à intégrer. Ils ont commis un seul tort : celui d'être né d'un soldat de l'armée d'occupation, qu'il soit américain ou allemand. Stigmatisés pour leur apparence et pour leur origine, ces « enfants de Boches » et ces konketsuji voient leur vie basculer quand ils découvrent que leur géniteur n'est pas un père comme les autres. Alors que leurs familles se murent dans le silence, ils cherchent à comprendre quelles sont les raisons pour lesquelles ils sont pris à parti par les autres. Malgré la distance qui les sépare, ces enfants japonais et français partagent une expérience de vie commune qu'il est intéressant de mettre en perspective dans le cadre d'une comparaison.

At the close of WWII, the people from France and Japan discovered the existence of children who were rejected by society. Their only wrong was being born from a soldier of the occupying army, whether American of German. These “Fritz children” and konketsuji were stigmatised because of the way they looked and their origins, and their lives shifted when the discovered that their parent was not a father like everyone else’s. While the families kept silent, the children tried to understand the reason for their rejection. Despite the distance between them, these Japanese and French children share a common experience that is interesting to contrast within the context of a comparative study.

Détails

Chronologie : XXe siècle
Lieux : FranceJapon
Mots-clés : Après-guerre – Mémoire – Konketsuji – Enfant de guerre – Société – Rejet

Chronology : XXe century
Location : France – Japan
Keywords : Post-war – Memory – Konketsuji – War children – Society – Rejection

Plan

I – Bref historique des occupations allemande et américaine en France et au Japon, de 1940 à 1952

II – Le cœur ou la patrie : les relations amoureuses entre les femmes et les occupants

III – Enfants de Boches et Konketsuji, les « enfants maudits » de la guerre

IV – À la recherche des traces de leur père : l’aboutissement de la quête identitaire

Pour citer cet article

Référence électronique
Visset Maxence, “« Ton père est un ennemi » : le destin comparé des « enfants de Boches »
et des konketsuji en France et au Japon au lendemain de la Seconde
Guerre mondiale", Revue de l’Association des Jeunes Chercheurs de l’Ouest [En ligne], n°2, 2022, mis en ligne le 25 mai 2022, consulté le 26 juin 2022 à 0h48, URL : https://ajco49.fr/2022/05/25/ton-pere-est-un-ennemi-le-destin-compare-des-enfants-de-boches-et-des-konketsuji-en-france-et-au-japon-au-lendemain-de-la-seconde-guerre-mondia

L'Auteur

Maxence Visset

Droits d'auteur

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Les propos tenus dans les travaux publiés engagent la seule responsabilité de leurs auteurs.

            « Très tôt, je sentis que je n’étais pas un enfant comme les autres. (…) Les enfants à l’école s’invectivaient à tort ou à raison de « tête de Boche » et de « sale boche » ce qui touchait ceux qui en étaient et culpabilisait cette génération qui était considérée comme des enfants de l’ennemi, nous étions des bâtards d’allemand[1]. »

            Derrière ces mots se cache un homme, Francis. Il est né à Calais, le 23 janvier 1943, d’une mère française et d’un soldat allemand. Il est l’un de ces milliers « d’enfants de Boches » que la société a voulu oublier et, souvent, exclure. Le constat est cruel : ils sont coupables d’être nés. À des milliers de kilomètres de là, au Japon, d’autres enfants subissent les vexations de leurs camarades à l’école. Dans une société nippone reconnue pour l’attention portée à son homogénéité raciale, un teint de peau un peu plus foncé ou des cheveux bruns détonnent et interrogent[2]. Il faut peu de temps aux politiques, aux journalistes et aux scientifiques pour accuser à la fois les soldats américains, les pères présumés, et les mères japonaises, suspectées d’être irresponsables et indignes. Raconter l’histoire de ces enfants, c’est également raconter l’histoire de leurs mères. Leur expérience de l’occupation par une nation ennemie est un témoignage précieux, car il s’agit d’un pan de l’histoire resté tabou dans les sociétés française et japonaise pendant des décennies. Pour leur progéniture, la parole ne s’est que difficilement déliée depuis le milieu des années 1990, avec le témoignage d’un premier « enfant de Boche » à la télévision[3]. Ils invoquent des problèmes de santé, une souffrance toujours vive, ou le sentiment que cela serait vain , qu’il est « trop tard », pour justifier leur silence[4]. Ils partagent ce mutisme pour les mêmes raisons que leurs homologues japonais, les konketsuji, littéralement « enfants de race mixte », dont l’histoire n’intéresse que très peu une société engagée dans le nouveau consumérisme importé des Etats-Unis grâce aux excellents résultats économiques du pays à la suite de la Seconde Guerre mondiale. Les années 1950 sont pourtant douloureuses car les journaux leur consacrent de nombreux articles, avec leur lot de remarques désobligeantes, voire haineuses. Puis l’attention s’estompe progressivement, avant qu’ils ne sombrent complètement dans l’oubli en grandissant. Ranimer les démons du passé risque de n’attirer que de la rancœur et du ressentiment, car l’occupation américaine n’est pas une aussi grande réussite que l’a avancé le Supreme Commander of Allied Powers (SCAP), le général Douglas MacArthur, dirigeant plénipotentiaire au Japon pendant toute la durée de l’occupation. Pour autant, leurs vies méritent de ne pas sombrer dans les abîmes de l’Histoire, car elles en disent long sur les dynamiques et mouvements de fond qui animent les sociétés française et japonaise.

            L’aspect comparatif offre un nouvel axe de réflexion autour de ce phénomène socio-culturel. La tendance naturelle aurait été de les opposer eu égard au fossé civilisationnel qui sépare le Japon de la France, or cet écart n'est pas aussi grand qu’il n’y paraisse. John W. Dower, un historien américain spécialiste de l’après-guerre japonais, explique que la comparaison entre une nation occidentale et une nation orientale est souvent considérée comme « à sens unique », « l’Ouest étant le modèle, l’Est étant évalué selon le degré auquel il réussissait à s’approcher des accomplissements du modèle occidental.[5] » Il estime que cette approche est fondamentalement réductrice et engage les historiens à faire table rase des présupposés culturels et sociaux afin d’en proposer une autre lecture. Cet article s’inscrit dans cette lignée et tâche de démontrer que les problématiques engendrées par les conséquences de la Seconde Guerre mondiale en Europe occidentale et en Extrême-Orient peuvent être croisées et comparées.

Bref historique des occupations allemande et américaine en France et au Japon, de 1940 à 1952.

            Sans les occupations de la France et du Japon pendant et au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ces enfants n’auraient jamais vu le jour. C’est une évidence, mais elle nous amène nécessairement à nous interroger sur la nature de l’occupation qu’expérimentent ces deux pays. Avant toute chose, il est nécessaire de préciser que les occupations américaine et allemande n’ont absolument rien à voir tant dans leur idéologie que dans leurs objectifs. Le contexte diffère également. Les Allemands occupent la France pendant la Seconde Guerre mondiale après la défaite française de mai 1940. L’armistice concrétise la création d’une zone occupée, au nord du pays, et d’une zone dite « libre » qu’administre l’État français, à la tête duquel se trouve le maréchal Pétain. Le statut du gouvernement français est ambigu : il affiche sa neutralité dans le conflit, mais ne peut évacuer la pression de l’occupant sur sa politique intérieure comme extérieure[6]. Le régime nazi ne recule devant rien pour faire financer une partie de son effort de guerre par la France, d’autant plus quand il s’engage à l’est contre l’U.R.S.S[7]. Il ponctionne les finances de l’État français et mobilise l’ensemble des classes de travailleurs à partir de 1943 en les contraignant au Service du Travail Obligatoire (S.T.O.) dans les usines allemandes[8]. De plus, la nature criminelle du pouvoir hitlérien n’est plus à prouver, comme en témoigne, entre autres, les déportations massives de Juifs français avec la complicité active du gouvernement de Vichy. L’occupation allemande s’effondre d’ailleurs en même temps que ce dernier, à l’été 1944, lorsque les Alliés débarquent en Normandie et reprennent progressivement le territoire français avec le concours de la France libre.

            Quant aux Américains, ils occupent le Japon après la capitulation de celui-ci, le 15 août 1945. Les deux bombes atomiques, larguées sur Hiroshima le 6 août, puis Nagasaki le 9 août, convainquent l’empereur Hirohito et ses partisans modérés de mettre un terme au conflit. Dans ce contexte, les États -Unis décident d’occuper le pays pour s’assurer d’une part de l’annihilation complète de ses capacités offensives et d’autre part pour procéder à des réformes sociales, économiques et politiques visant à démocratiser le Japon. Celui-ci ne redevient souverain qu’en 1952, soit sept ans après la fin de la guerre. Le succès de cette entreprise est largement discuté depuis des années par les historiographies japonaise et américaine, mais il en ressort globalement un bilan tendant vers le positif[9].

            Toutefois, les occupations allemande et américaine partagent un point commun : sur place, les effectifs de leurs armées se comptent en centaines de milliers d’hommes. En juillet 1942, la Wehrmacht dispose de 520 000 soldats sur le sol français, tandis qu’au plus fort de l’occupation américaine ce sont près de 460 000 GI qui sont stationnés dans l’archipel[10]. Ces forces d’occupation requièrent un entretien très lourd, ne serait-ce que pour le logement, la nourriture et le paiement de la solde. D’autre part, elles sont également chargées du maintien de l’ordre, en support ou en remplacement de la police du pays occupé. Tous ces éléments impliquent que ces soldats entrent directement en contact avec la population locale, y compris les femmes restées seules au pays. Ces deux occupations s’étalant sur plusieurs années, il est inévitable que des liens se nouent parmi les forces occupantes et ces femmes. Ces relations ne sont pas considérées comme “normales” au sens où la société l’entend à l’époque. L’occupant est vainqueur, certes, mais il est encore l’ennemi. Certains couples choisissent malgré tout de s’unir, bien que le contexte leur soit peu favorable.

Le cœur ou la patrie : les relations amoureuses entre les femmes et les occupants

            Les circonstances qui amènent ces femmes et soldats à se rencontrer sont d’une simplicité désarmante. L’occupation s’étirant en longueur, le caractère exceptionnel de la présence de soldats étrangers dans la vie locale s’estompe au profit d’une intégration que l’on veut contrôler. Sur le sol français, le soldat allemand n’est pas nécessairement un conquérant ne respectant aucune loi. Bien au contraire, tous ont reçu l’ordre de se comporter dignement avec la population. Cela ne laisse pas indifférentes certaines femmes françaises, qui apprécient la prestance et l’élégance de ces soldats venus d’outre-Rhin. Elles sont de plus amenées à les fréquenter, que ce soit dans la rue ou au travail. En effet, les armées occupantes, tant allemande qu’américaine, sont parmi les plus grosses pourvoyeuses  : les femmes sont engagées comme serveuses, femmes de chambre, secrétaires ou infirmières. En ces temps marqués par les privations, ces opportunités font réfléchir plus d’une fois celles qui assument seules la charge du foyer. Ces contacts favorisent les rapprochements, ce qui inquiète les états-majors. Ils ne sont pas sans savoir les risques de laisser leurs troupes établir librement des relations amoureuses ou sexuelles avec les femmes du pays. Il y a d’abord une dimension idéologique : Hitler ne souhaite pas que la race aryenne soit pervertie par une race française qu’il juge « dégénérée », tandis que les Américains ne cachent pas la profonde haine raciale qu’ils éprouvent à l’égard de leur ancien ennemi[11]. Toutefois, le danger le plus important est la propagation des maladies vénériennes, qui peuvent mettre hors de combat des régiments entiers sans mesures sanitaires drastiques. Par exemple, au Japon, SCAP estime le nombre de soldats contaminés à 300 durant les trois premiers mois de l’occupation, chiffre absolument considérable au regard des effectifs engagés[12]. En conséquence, de stricts règlements sont édictés par les armées : il est fortement déconseillé, voire interdit, de côtoyer les femmes françaises et japonaises, sous peine de lourdes sanctions ; le mariage n’est pas envisagé ni envisageable[13]. Cependant, les commandants ne peuvent que très vite constater l’inefficacité de leurs mesures.

            Il y a autant de caractéristiques différentes que de couples franco-allemands et nippo-américains pour définir la nature des relations qui unissent ces hommes et ces femmes . Il y a tout à la fois de l’amitié, de l’affection, de l’amour, et du sexe. La guerre bouleverse les traditions et libère en partie les femmes du cadre habituel du mariage. Certaines , par intérêt, recherchent aussi des protecteurs qui peuvent les sauvegarder du contexte instable et dangereux que sont la guerre et l’après-guerre. Quant aux soldats, ceux-ci y voient tout autant des aventures sans lendemain que de sincères relations sentimentales . Cependant, l’incertitude demeure dans les deux cas. Nul ne sait si l’autre pourra s’installer durablement, se marier, et fonder une famille. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’aucun de ces couples n’envisage réellement la conception d’un enfant, car c’est un pari risqué pour le futur. D’autre part, il y a une dimension plus sombre de ces rapports entre soldats et femmes, au-delà des relations consenties. Les agressions sexuelles et les viols se chiffrent ainsi par milliers en France et au Japon[14]. Une partie des soldats abuse de leur position d’occupant et en profite pour s’approprier par la force le corps des femmes, occasionnant de nombreuses grossesses non désirées. Pour eux, ce n’est que juste rétribution pour leur victoire, et ce en France comme au Japon. Dans tous les cas, les naissances de bébés de père étranger ne sont pas isolées à cette période : le chiffre de deux cent mille est avancé dans l’Hexagone ; dans le pays du Soleil-levant, ils seraient de cinq à plusieurs dizaines de milliers[15].

            L’accueil réservé à ces enfants est un amalgame de réactions qui soulignent l’état de choc dans lequel se trouvent les sociétés française et japonaise à la fin de la guerre. À la colère et à la vengeance se mêlent l’incompréhension et une certaine incapacité à appréhender ces nouvelles personnes. Les enfants nés de parents étrangers ne sont pourtant pas inconnus dans les deux pays[16]. En fait, ce sont les chiffres avancés qui impressionnent et alimentent la peur et le rejet. Les enfants les vivent et les ressentent à trois échelles : la famille, l’école et la société.

Enfants de Boches et Konketsuji, les « enfants maudits » de la guerre

            En cette période difficile d’après-guerre, la famille doit assurer pour les enfants son rôle de cocon protecteur face au monde extérieur. Or, ce n’est pas le cas pour ces enfants nés d’un soldat ennemi. Les relation s avec leur propre mère sont ternies par les non-dits et un ressentiment intériorisé, souvent réciproque. Le traumatisme psychologique et physique de cette dernière, provoqué par le viol et/ou par la naissance d’un enfant rejeté par la société, se répercute sur la perception de leur progéniture : celle-ci est l’incarnation vivante – et le responsable – de leur malheur. D’ailleurs, certaines ne manifestent aucun scrupule à abandonner leur enfant à l’assistance publique. Une travailleuse sociale japonaise raconte ce que lui a dit, d’une voix hautaine et détachée, la mère d’un konketsuji, venue déposer son bébé dans un centre : « Votre travail est d’élever des enfants, c’est ça ? Bien, je vous le laisse ici dans ce cas[17]. » Cependant, il faut veiller à ne pas généraliser : il y a aussi des mères qui assument pleinement la responsabilité d’élever leur enfant, même si elles ne sont pas toujours aidées par leur famille. La réaction des grands-parents, en particulier des grands-pères, est souvent virulente. En France, ils ont connu les tranchées et combattu les Allemands trente ans plus tôt ; au Japon, ils ont été matraqués par la propagande anti-américaine les dix années précédentes et ont pu combattre ces mêmes Américains sur le champ de bataille quelques mois auparavant. Tous abhorrent l’idée que leur fille ait pu coucher avec l’ennemi juré et refusent de reconnaître cet état de fait. Certains n’hésitent pas à l’exclure du foyer familial, tandis que d’autres s’en prennent directement à l’enfant : ils l’appellent, ou plutôt l’insultent, de « fils (fille) de Boche », de « Fritz », de « bâtard » ; ou au Japon « ainoko » (enfant eurasien) ou « harô-no-ko » (en anglais, « child of hello[18] »). Il arrive également que les coups pleuvent, sans que quiconque n’intervienne. Enfin, l’absence du père a un impact conséquent sur le développement psychosocial de l’enfant[19] : l’enfant est déconsidéré par sa faute, ce qu’il a du mal à réaliser, et personne n’est pas là pour répondre à ses questions. D’autre part, il s’identifie à lui et se voit donc comme un descendant de l’ennemi, comme on le leur reproche à l’école.

            Le deuxième lieu de sociabilité est l’institution scolaire. Ces enfants entrent à l’école au début des années 1950, alors que le souvenir de la guerre est encore vif[20]. Plusieurs éléments les distinguent rapidement du groupe. Le premier aspect est l’absence, remarquée, du père. Dans le cas d’un petit village, tout se sait et se voit, et les filles-mères[21] sont très vite repérées. Les jeunes enfants leur posent des questions, s’interrogent face à ce qui n’est pas “normal” pour eux. Le deuxième aspect concerne le physique. Les enfants nés de soldats ennemis se différencient par leur apparence : pour les Français, des cheveux blonds, des yeux bleus démontrent une part de germanité ; pour les Japonais, un teint plus foncé, une taille plus grande que la moyenne, des cheveux plus clairs rappellent une ascendance européenne. C’est ainsi que l’explique Karumi : « Je me regardais dans le miroir. Je savais que je n’étais pas Japonaise. (…) Allez à l’école et vous verrez une mer de points noirs et un point marron. C’était moi[22] ! » La question de la race se pose, car ces enfants sont discriminés et brimés à cause de leur physique. Au Japon, la dimension raciale et raciste est très prégnante, puisque c’est une part intégrante de leur réflexion autour de l’identité nippone. Cependant, devant la similitude des réactions chez des élèves français, il y a lieu de s’interroger si le phénomène n’a pas son équivalent chez nous, toutes proportions gardées. Francis, alors qu’il joue à la guerre avec ses amis, entend un de ses camarades lui dire : « Et toi, s’il y avait à nouveau une guerre contre les Allemands, tu serais pour qui[23] ? » Cette remarque équivaut à une remise en question, qui peut aller jusqu’à la négation de son identité de Français. Ce genre de remarques s’observe également au Japon, où les konketsuji sont fréquemment appelés à « retourner dans leur pays », l’Amérique[24].

            Enfin, l’accueil fait par la société à ces enfants est à l’image de ce qui se fait à l’échelle de la famille et de l’école. Il y a même une puissante dynamique de groupe au sein de celle-ci qui encourage le genre de comportements décrits plus haut, même lorsque ces enfants sont inconnus des individus. Pour preuve, l’un d’entre eux raconte des années plus tard la manière dont il a été donné en spectacle à la sortie de la messe de son village. Un officiel de la commune l’avait invité à monter sur une pierre à la vue de tous, et avait posé la question suivante à la foule : « À votre avis, quelle est la différence entre une hirondelle et un Boche ? » Après un silence entendu, celui-ci continua : « Quand elle part, l’hirondelle emmène ses petits, le Boche, lui, il les laisse derrière. » Et de conclure cette allégorie sous un tonnerre d’applaudissements[25]. On note malgré tout un certain contraste entre le Japon et la France concernant cette question des enfants nés de l’ennemi. Les politiques et les intellectuels nippons s’emparent largement de la question dans les années 1950 avec nombre d’articles et de déclarations, tandis que le silence est assourdissant du côté français. Par exemple, les rapports des inspecteurs académiques du département d’Ille-et-Vilaine sur l’enseignement primaire et secondaire des années 1947 à 1954 ne font pas mention une seule fois de ces « enfants de Boches[26] ». Au niveau de l’État , peu d’informations filtrent sur les enfants nés en France. En revanche, une attention particulière est portée aux enfants français nés en Allemagne pendant l’occupation française d’après-guerre[27]. Cette différence de traitement interpelle, puisque l’administration devait nécessairement être au courant de la situation. De manière générale, l’omerta sur ce sujet est totale jusqu’au début des années 2000 quand ces enfants témoignent pour la première fois. La France a simplement préféré tirer un trait sur ce passé délicat. Le même phénomène est observé pour les konketsuji, dont le sort est délaissé à partir des années 1960, le souvenir du conflit s’éloignant. Cette amnésie générale est un comportement typique chez les nations ayant connu la défaite pendant la Seconde Guerre mondiale, comme un moyen de se protéger de souvenirs douloureux.

À la recherche des traces de leur père : l’aboutissement de la quête identitaire

            Ces enfants vivent une jeunesse difficile, traumatisante, et beaucoup choisissent de garder le silence sur ce passé. Ce n’est que vers la retraite que certains d’entre eux entament des recherches sur leur père. Si quelques mères choisissent d’emporter ce secret dans la tombe , d’autres finissent par leur avouer un nom, une adresse. C’est à ce moment qu’entrent en jeu des organisations extérieures, qui vont les assister dans leur quête identitaire. En Allemagne, une section des archives de la Wehrmacht (WASt) est consacrée à répondre aux demandes d’informations de Français et Françaises en leur procurant les dossiers militaires de leurs pères. Au Japon, c’est l’International Social Service of Japan, créé en 1952 pour encadrer les konketsuji, qui accompagne les enfants japonais afin de retrouver des traces de leur géniteur. Celles-ci débouchent généralement sur la découverte de l’emplacement de sa tombe, mais l’émotion lors de ces retrouvailles est palpable. C’est un soulagement indéchiffrable, celui d’avoir réussi à combler le vide béant que son absence avait provoqué. Ils peuvent, enfin, entamer leur travail de deuil. En outre, elle leur fait découvrir tout un pan de leur vie dont ils ignoraient totalement l’existence jusque-là : ces soldats allemands et américains ont refait leur vie chez eux et ont fondé une famille. Les témoignages qui sont parvenus aux historiens démontrent ainsi la bienveillance et la chaleur qui s’est dégagée des retrouvailles entre ces enfants et leur belle-famille en Allemagne et aux États -Unis.

            Qu’ils soient français ou japonais, la vie de ces enfants de la guerre est faite de parcours singuliers et torturés. Accusés mais non coupables, ils doivent faire face à une société résolument hostile et grandir dans un environnement qui ne leur fait aucune concession. Elles démontrent chacune que la guerre remodèle en profondeur les fondements moraux de la société, qu’elle soit de culture européenne ou asiatique. Les réactions japonaise et française face à ces enfants de l’ennemi sont violentes, presque épidermiques. Elles symbolisent leur grande difficulté à gérer le poids moral, social et politique de la défaite. À ce titre, la préface de l’ouvrage de MM. Picaper et Norz est un message aux enfants français, mais aussi aux enfants japonais, même s’il ne leur est pas initialement adressé : « Ce livre est dédié à tous les enfants de la guerre qui ne sont pas dans ces pages, à celles et ceux qui n’ont jamais osé ou n’ont pas pu faire de recherches et ainsi se faire connaître, qui souffrent en silence de la honte, de la solitude, et n’ont plus l’espoir d’apaiser leur difficulté d’être. Puissent-ils y trouver un réconfort, savoir qu’ils ne sont plus seuls, et partager ainsi leur fardeau avec celles et ceux qui leur parleront et les orienteront[28]. »

[1] Témoignage de Francis, site de l’Amicale Nationale des Enfants de la Guerre, 13 mai 2014. URL : http://anegfrance.free.fr/ENGUER5.HTM [consulté le 3 novembre 2021].

[2] La question de la race est complexe à appréhender tant elle est chargée idéologiquement. Pour cet article, nous nous basons sur la définition du Larousse pour expliquer ce que nous entendons par « race » : « Catégorie de classement de l’espèce humaine selon des critères morphologiques ou culturels, sans aucune base scientifique et dont l’emploi est au fondement des divers racismes et de leurs pratiques. » Définition du mot « Race », Larousse en ligne. URL : www.larousse.fr/dictionnaires/francais/race/65899 [consulté le 5 novembre 2021].
[3] Picaper Jean-Paul, Norz Ludwig, Enfants maudits : ils sont 200 000, on les appelait les « enfants de Boches », Éditions des Syrtes, Paris, 2004, p. 12-13. Le reportage complet sur la chaîne TF1 est disponible à cette adresse : https://www.youtube.com/watch?v=Rs1dedBK7Ns.
[4] Le Boulanger Isabelle, Enfants de guerre dans l’ouest de la France : paroles d’enfants franco-allemands issus de la Seconde Guerre mondiale, Coop Breizh, Spézet, 2019, p. 7.

[5] Dower John W., Ways of forgetting, ways of remembering: Japan in the Modern World, The New Press, New York, 2012, p. 16-17.

[6] Paxton Robert O., La France de Vichy, 1940-1944, Editions du Seuil, Paris, 1997, p. 12-13.

[7] Broche François, Muracciole Jean-François, Histoire de la collaboration (1940-1945), Editions Tallandier, Paris, 2019.

[8] Spina, Raphaël, Histoire du S.T.O, Paris, Perrin, 2017.

[9] Dower, John W., Embracing Defeat: Japanese in the wake of World War II, W.W. Norton & Company, New York, 1999, p. 544-567 ; Allinson, Gary D., Japan’s Postwar History, Second Edition, Cornell University Press, New York, 2004, p. 80-83 ; KAWAI, Kazuo, Japan’s American Interlude, Chicago University Press, Chicago, 1960, p. 7-14.

[10] Lieb Peter, Paxton Robert O., « Maintenir l’ordre en France occupée. Combien de divisions ? », Vingtième siècle. Revue d’histoire, vol. IV, no. 112, février 2011, p. 115-226. URL : https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2011-4-page-115.htm ; Macarthur Douglas, Mémoires, Presses de la Cité, Paris, 1965, p. 195.

[11] Le Boulanger Isabelle, Enfants de guerre…, op.cit., p. 37 ; Dower John, War without Mercy: Race and Power in the Pacific War, Pantheon Books, New York, 1986, p. 8-10.

[12] Kovner Sarah, Occupying power: Sex Workers and Servicemen in Postwar Japan, Stanford University Press, Stanford, 2012, p. 31.
[13] Ibid, p. 7 ; Le Boulanger, Enfants de guerre…, op.cit., p. 37 ; U.S. War Department, A Pocket Guide to France, 1944, p. 19-20.

[14] Virgili Fabrice, « Les viols commis par l’armée allemande en France (1940-1944) », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, vol. 130, 2016, p. 103-120. URL : https://cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2016-2-page-103.htm ; Dower John W., Embracing Defeat…, op.cit., p. 130, 530.

[15] Virgili Fabrice, Naître ennemi : les enfants de couples franco-allemands nés pendant la Seconde Guerre mondiale, Éditions Payot, Paris, 2009, p. 227 ; Hamilton Walter, Children of the Occupation: Japan’s untold story, Rutgers University Press, Trenton, 2012, p. 48. Ce ne sont que des estimations, d’où l’emploi du conditionnel, car il n’y a malheureusement aucun moyen de disposer de statistiques fiables.

[16] Voir dans le cas de la France Charles Nicolas, « “Aimer l’ennemi”. Les relations intimes entre Françaises et Allemands dans les territoires occupés entre 1914 et 1918 », Journal des anthropologues, vol. CLVI-CLVII, no. 1-2, 2019, p. 241-258. URL : https://www.cairn.info/revue-journal-des-anthropologues-2019-1-page-241.htm). En revanche, il n’y a pas d’antécédent au Japon puisque celui-ci n’avait jamais été envahi jusqu’en 1945. Les enfants « mixtes » sont cependant connus depuis l’arrivée des commerçants européens sur l’archipel au XVIe siècle (Okamura Hyoue, « The Language of Racial Mixture in Japan: How Ainoko became Hafu, and the Haafu-gao Makeup fad », Asia Pacific Perspectives, vol. XIV, no. 2, 2017, p. 41-42. URL : http://usfca.edu/center-asia-pacific/perspectives/v14n2/okamura).

[17] Nelson Zachary, The Discourse of Konketusji: Racialized Representations of Biracial Japanese Children in the 1950s, mémoire de master sous la direction de Fujitani Takashi, Université de Toronto, 2017, p. 32.

[18] Okamura Hyoue, « The language of racial mixture in Japan…», op.cit., p. 42-43.
[19] Paquette Danielle, « La relation père-enfant et l’ouverture au monde », Enfance, vol. LVI, no. 2, 2004, p. 205-225. URL : https://www.cairn.info/revue-enfance1-2004-2-page-205.htm.

[20] Trainor Joseph, Educational Reform in Occupied Japan: Trainor’s memoir, Meisei University Press, Tokyo, 1983, p. 42.

[21] L’expression « fille-mère » est couramment employée dans le cas de femmes seules ayant un enfant. À l’époque, être une femme célibataire avec un enfant à charge est mal considéré, car la tradition veut que toute femme soit mariée avant de tomber enceinte.

[22] Hamilton Walter, Children of the Occupation…, op.cit., p. 13.

[23] Le Boulanger Isabelle, Enfants de guerre…, op.cit., p. 40.

[24] Hamilton Walter, Children of the Occupation…, op.cit., p. 18.

[25] Le Boulanger Isabelle, Enfants de guerre…, op.cit., p. 48.

[26] Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, rectorat de l’académie de Rennes, Enseignement primaire et secondaire, rapports annuels, 1941-1954, 282 W 28 à 282 W 32.
[27] Denechere Yves, « Des adoptions d’État : les enfants de l’occupation française en Allemagne, 1945-1952 », Revue d’histoire moderne et contemporaine, vol. II, no. 57, février 2010, p. 159-179. URL : https://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2010-2-page-159.htm.

[28] Picaper Jean-Paul, Norz Ludwig, Enfants maudits…, op.cit., p. 7.

            « Très tôt, je sentis que je n’étais pas un enfant comme les autres. (…) Les enfants à l’école s’invectivaient à tort ou à raison de « tête de Boche » et de « sale boche » ce qui touchait ceux qui en étaient et culpabilisait cette génération qui était considérée comme des enfants de l’ennemi, nous étions des bâtards d’allemand[1]. »

            Derrière ces mots se cache un homme, Francis. Il est né à Calais, le 23 janvier 1943, d’une mère française et d’un soldat allemand. Il est l’un de ces milliers « d’enfants de Boches » que la société a voulu oublier et, souvent, exclure. Le constat est cruel : ils sont coupables d’être nés. À des milliers de kilomètres de là, au Japon, d’autres enfants subissent les vexations de leurs camarades à l’école. Dans une société nippone reconnue pour l’attention portée à son homogénéité raciale, un teint de peau un peu plus foncé ou des cheveux bruns détonnent et interrogent[2]. Il faut peu de temps aux politiques, aux journalistes et aux scientifiques pour accuser à la fois les soldats américains, les pères présumés, et les mères japonaises, suspectées d’être irresponsables et indignes. Raconter l’histoire de ces enfants, c’est également raconter l’histoire de leurs mères. Leur expérience de l’occupation par une nation ennemie est un témoignage précieux, car il s’agit d’un pan de l’histoire resté tabou dans les sociétés française et japonaise pendant des décennies. Pour leur progéniture, la parole ne s’est que difficilement déliée depuis le milieu des années 1990, avec le témoignage d’un premier « enfant de Boche » à la télévision[3]. Ils invoquent des problèmes de santé, une souffrance toujours vive, ou le sentiment que cela serait vain , qu’il est « trop tard », pour justifier leur silence[4]. Ils partagent ce mutisme pour les mêmes raisons que leurs homologues japonais, les konketsuji, littéralement « enfants de race mixte », dont l’histoire n’intéresse que très peu une société engagée dans le nouveau consumérisme importé des Etats-Unis grâce aux excellents résultats économiques du pays à la suite de la Seconde Guerre mondiale. Les années 1950 sont pourtant douloureuses car les journaux leur consacrent de nombreux articles, avec leur lot de remarques désobligeantes, voire haineuses. Puis l’attention s’estompe progressivement, avant qu’ils ne sombrent complètement dans l’oubli en grandissant. Ranimer les démons du passé risque de n’attirer que de la rancœur et du ressentiment, car l’occupation américaine n’est pas une aussi grande réussite que l’a avancé le Supreme Commander of Allied Powers (SCAP), le général Douglas MacArthur, dirigeant plénipotentiaire au Japon pendant toute la durée de l’occupation. Pour autant, leurs vies méritent de ne pas sombrer dans les abîmes de l’Histoire, car elles en disent long sur les dynamiques et mouvements de fond qui animent les sociétés française et japonaise.

            L’aspect comparatif offre un nouvel axe de réflexion autour de ce phénomène socio-culturel. La tendance naturelle aurait été de les opposer eu égard au fossé civilisationnel qui sépare le Japon de la France, or cet écart n'est pas aussi grand qu’il n’y paraisse. John W. Dower, un historien américain spécialiste de l’après-guerre japonais, explique que la comparaison entre une nation occidentale et une nation orientale est souvent considérée comme « à sens unique », « l’Ouest étant le modèle, l’Est étant évalué selon le degré auquel il réussissait à s’approcher des accomplissements du modèle occidental.[5] » Il estime que cette approche est fondamentalement réductrice et engage les historiens à faire table rase des présupposés culturels et sociaux afin d’en proposer une autre lecture. Cet article s’inscrit dans cette lignée et tâche de démontrer que les problématiques engendrées par les conséquences de la Seconde Guerre mondiale en Europe occidentale et en Extrême-Orient peuvent être croisées et comparées.

Bref historique des occupations allemande et américaine en France et au Japon, de 1940 à 1952.

            Sans les occupations de la France et du Japon pendant et au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ces enfants n’auraient jamais vu le jour. C’est une évidence, mais elle nous amène nécessairement à nous interroger sur la nature de l’occupation qu’expérimentent ces deux pays. Avant toute chose, il est nécessaire de préciser que les occupations américaine et allemande n’ont absolument rien à voir tant dans leur idéologie que dans leurs objectifs. Le contexte diffère également. Les Allemands occupent la France pendant la Seconde Guerre mondiale après la défaite française de mai 1940. L’armistice concrétise la création d’une zone occupée, au nord du pays, et d’une zone dite « libre » qu’administre l’État français, à la tête duquel se trouve le maréchal Pétain. Le statut du gouvernement français est ambigu : il affiche sa neutralité dans le conflit, mais ne peut évacuer la pression de l’occupant sur sa politique intérieure comme extérieure[6]. Le régime nazi ne recule devant rien pour faire financer une partie de son effort de guerre par la France, d’autant plus quand il s’engage à l’est contre l’U.R.S.S[7]. Il ponctionne les finances de l’État français et mobilise l’ensemble des classes de travailleurs à partir de 1943 en les contraignant au Service du Travail Obligatoire (S.T.O.) dans les usines allemandes[8]. De plus, la nature criminelle du pouvoir hitlérien n’est plus à prouver, comme en témoigne, entre autres, les déportations massives de Juifs français avec la complicité active du gouvernement de Vichy. L’occupation allemande s’effondre d’ailleurs en même temps que ce dernier, à l’été 1944, lorsque les Alliés débarquent en Normandie et reprennent progressivement le territoire français avec le concours de la France libre.

            Quant aux Américains, ils occupent le Japon après la capitulation de celui-ci, le 15 août 1945. Les deux bombes atomiques, larguées sur Hiroshima le 6 août, puis Nagasaki le 9 août, convainquent l’empereur Hirohito et ses partisans modérés de mettre un terme au conflit. Dans ce contexte, les États -Unis décident d’occuper le pays pour s’assurer d’une part de l’annihilation complète de ses capacités offensives et d’autre part pour procéder à des réformes sociales, économiques et politiques visant à démocratiser le Japon. Celui-ci ne redevient souverain qu’en 1952, soit sept ans après la fin de la guerre. Le succès de cette entreprise est largement discuté depuis des années par les historiographies japonaise et américaine, mais il en ressort globalement un bilan tendant vers le positif[9].

            Toutefois, les occupations allemande et américaine partagent un point commun : sur place, les effectifs de leurs armées se comptent en centaines de milliers d’hommes. En juillet 1942, la Wehrmacht dispose de 520 000 soldats sur le sol français, tandis qu’au plus fort de l’occupation américaine ce sont près de 460 000 GI qui sont stationnés dans l’archipel[10]. Ces forces d’occupation requièrent un entretien très lourd, ne serait-ce que pour le logement, la nourriture et le paiement de la solde. D’autre part, elles sont également chargées du maintien de l’ordre, en support ou en remplacement de la police du pays occupé. Tous ces éléments impliquent que ces soldats entrent directement en contact avec la population locale, y compris les femmes restées seules au pays. Ces deux occupations s’étalant sur plusieurs années, il est inévitable que des liens se nouent parmi les forces occupantes et ces femmes. Ces relations ne sont pas considérées comme “normales” au sens où la société l’entend à l’époque. L’occupant est vainqueur, certes, mais il est encore l’ennemi. Certains couples choisissent malgré tout de s’unir, bien que le contexte leur soit peu favorable.

Le cœur ou la patrie : les relations amoureuses entre les femmes et les occupants

            Les circonstances qui amènent ces femmes et soldats à se rencontrer sont d’une simplicité désarmante. L’occupation s’étirant en longueur, le caractère exceptionnel de la présence de soldats étrangers dans la vie locale s’estompe au profit d’une intégration que l’on veut contrôler. Sur le sol français, le soldat allemand n’est pas nécessairement un conquérant ne respectant aucune loi. Bien au contraire, tous ont reçu l’ordre de se comporter dignement avec la population. Cela ne laisse pas indifférentes certaines femmes françaises, qui apprécient la prestance et l’élégance de ces soldats venus d’outre-Rhin. Elles sont de plus amenées à les fréquenter, que ce soit dans la rue ou au travail. En effet, les armées occupantes, tant allemande qu’américaine, sont parmi les plus grosses pourvoyeuses  : les femmes sont engagées comme serveuses, femmes de chambre, secrétaires ou infirmières. En ces temps marqués par les privations, ces opportunités font réfléchir plus d’une fois celles qui assument seules la charge du foyer. Ces contacts favorisent les rapprochements, ce qui inquiète les états-majors. Ils ne sont pas sans savoir les risques de laisser leurs troupes établir librement des relations amoureuses ou sexuelles avec les femmes du pays. Il y a d’abord une dimension idéologique : Hitler ne souhaite pas que la race aryenne soit pervertie par une race française qu’il juge « dégénérée », tandis que les Américains ne cachent pas la profonde haine raciale qu’ils éprouvent à l’égard de leur ancien ennemi[11]. Toutefois, le danger le plus important est la propagation des maladies vénériennes, qui peuvent mettre hors de combat des régiments entiers sans mesures sanitaires drastiques. Par exemple, au Japon, SCAP estime le nombre de soldats contaminés à durant les trois premiers mois d e l’occupation, chiffre absolument considérable au regard des effectifs engagés[12]. En conséquence, de stricts règlements sont édictés par les armées : il est fortement déconseillé, voire interdit, de côtoyer les femmes françaises et japonaises, sous peine de lourdes sanction s ; le mariage n’est pas envisagé ni envisageable[13]. Cependant, les commandants ne peuvent que très vite constater l’inefficacité de leurs mesures.

            Il y a autant de caractéristiques différentes que de couples franco-allemands et nippo-américains pour définir la nature des relations qui unissent ces hommes et ces femmes . Il y a tout à la fois de l’amitié, de l’affection, de l’amour, et du sexe. La guerre bouleverse les traditions et libère en partie les femmes du cadre habituel du mariage. Certaines , par intérêt, recherchent aussi des protecteurs qui peuvent les sauvegarder du contexte instable et dangereux que sont la guerre et l’après-guerre. Quant aux soldats, ceux-ci y voient tout autant des aventures sans lendemain que de sincères relations sentimentales . Cependant, l’incertitude demeure dans les deux cas. Nul ne sait si l’autre pourra s’installer durablement, se marier, et fonder une famille. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’aucun de ces couples n’envisage réellement la conception d’un enfant, car c’est un pari risqué pour le futur. D’autre part, il y a une dimension plus sombre de ces rapports entre soldats et femmes, au-delà des relations consenties. Les agressions sexuelles et les viols se chiffrent ainsi par milliers en France et au Japon[14]. Une partie des soldats abuse de leur position d’occupant et en profite pour s’approprier par la force le corps des femmes, occasionnant de nombreuses grossesses non désirées. Pour eux, ce n’est que juste rétribution pour leur victoire, et ce en France comme au Japon. Dans tous les cas, les naissances de bébés de père étranger ne sont pas isolées à cette période : le chiffre de deux cent mille est avancé dans l’Hexagone ; dans le pays du Soleil-levant, ils seraient de cinq à plusieurs dizaines de milliers[15].

            L’accueil réservé à ces enfants est un amalgame de réactions qui soulignent l’état de choc dans lequel se trouvent les sociétés française et japonaise à la fin de la guerre. À la colère et à la vengeance se mêlent l’incompréhension et une certaine incapacité à appréhender ces nouvelles personnes. Les enfants nés de parents étrangers ne sont pourtant pas inconnus dans les deux pays[16]. En fait, ce sont les chiffres avancés qui impressionnent et alimentent la peur et le rejet. Les enfants les vivent et les ressentent à trois échelles : la famille, l’école et la société.

Enfants de Boches et Konketsuji, les « enfants maudits » de la guerre

            En cette période difficile d’après-guerre, la famille doit assurer pour les enfants son rôle de cocon protecteur face au monde extérieur. Or, ce n’est pas le cas pour ces enfants nés d’un soldat ennemi. Les relation s avec leur propre mère sont ternies par les non-dits et un ressentiment intériorisé, souvent réciproque. Le traumatisme psychologique et physique de cette dernière, provoqué par le viol et/ou par la naissance d’un enfant rejeté par la société, se répercute sur la perception de leur progéniture : celle-ci est l’incarnation vivante – et le responsable – de leur malheur. D’ailleurs, certaines ne manifestent aucun scrupule à abandonner leur enfant à l’assistance publique. Une travailleuse sociale japonaise raconte ce que lui a dit, d’une voix hautaine et détachée, la mère d’un konketsuji, venue déposer son bébé dans un centre : « Votre travail est d’élever des enfants, c’est ça ? Bien, je vous le laisse ici dans ce cas[17]. » Cependant, il faut veiller à ne pas généraliser : il y a aussi des mères qui assument pleinement la responsabilité d’élever leur enfant, même si elles ne sont pas toujours aidées par leur famille. La réaction des grands-parents, en particulier des grands-pères, est souvent virulente. En France, ils ont connu les tranchées et combattu les Allemands trente ans plus tôt ; au Japon, ils ont été matraqués par la propagande anti-américaine les dix années précédentes et ont pu combattre ces mêmes Américains sur le champ de bataille quelques mois auparavant. Tous abhorrent l’idée que leur fille ait pu coucher avec l’ennemi juré et refusent de reconnaître cet état de fait. Certains n’hésitent pas à l’exclure du foyer familial, tandis que d’autres s’en prennent directement à l’enfant : ils l’appellent, ou plutôt l’insultent, de « fils (fille) de Boche », de « Fritz », de « bâtard » ; ou au Japon « ainoko » (enfant eurasien) ou « harô-no-ko » (en anglais, « child of hello[18] »). Il arrive également que les coups pleuvent, sans que quiconque n’intervienne. Enfin, l’absence du père a un impact conséquent sur le développement psychosocial de l’enfant[19] : l’enfant est déconsidéré par sa faute, ce qu’il a du mal à réaliser, et personne n’est pas là pour répondre à ses questions. D’autre part, il s’identifie à lui et se voit donc comme un descendant de l’ennemi, comme on le leur reproche à l’école.

            Le deuxième lieu de sociabilité est l’institution scolaire. Ces enfants entrent à l’école au début des années 1950, alors que le souvenir de la guerre est encore vif[20]. Plusieurs éléments les distinguent rapidement du groupe. Le premier aspect est l’absence, remarquée, du père. Dans le cas d’un petit village, tout se sait et se voit, et les filles-mères[21] sont très vite repérées. Les jeunes enfants leur posent des questions, s’interrogent face à ce qui n’est pas “normal” pour eux. Le deuxième aspect concerne le physique. Les enfants nés de soldats ennemis se différencient par leur apparence : pour les Français, des cheveux blonds, des yeux bleus démontrent une part de germanité ; pour les Japonais, un teint plus foncé, une taille plus grande que la moyenne, des cheveux plus clairs rappellent une ascendance européenne. C’est ainsi que l’explique Karumi : « Je me regardais dans le miroir. Je savais que je n’étais pas Japonaise. (…) Allez à l’école et vous verrez une mer de points noirs et un point marron. C’était moi[22] ! » La question de la race se pose, car ces enfants sont discriminés et brimés à cause de leur physique. Au Japon, la dimension raciale et raciste est très prégnante, puisque c’est une part intégrante de leur réflexion autour de l’identité nippone. Cependant, devant la similitude des réactions chez des élèves français, il y a lieu de s’interroger si le phénomène n’a pas son équivalent chez nous, toutes proportions gardées. Francis, alors qu’il joue à la guerre avec ses amis, entend un de ses camarades lui dire : « Et toi, s’il y avait à nouveau une guerre contre les Allemands, tu serais pour qui[23] ? » Cette remarque équivaut à une remise en question, qui peut aller jusqu’à la négation de son identité de Français. Ce genre de remarques s’observe également au Japon, où les konketsuji sont fréquemment appelés à « retourner dans leur pays », l’Amérique[24].

            Enfin, l’accueil fait par la société à ces enfants est à l’image de ce qui se fait à l’échelle de la famille et de l’école. Il y a même une puissante dynamique de groupe au sein de celle-ci qui encourage le genre de comportements décrits plus haut, même lorsque ces enfants sont inconnus des individus. Pour preuve, l’un d’entre eux raconte des années plus tard la manière dont il a été donné en spectacle à la sortie de la messe de son village. Un officiel de la commune l’avait invité à monter sur une pierre à la vue de tous, et avait posé la question suivante à la foule : « À votre avis, quelle est la différence entre une hirondelle et un Boche ? » Après un silence entendu, celui-ci continua : « Quand elle part, l’hirondelle emmène ses petits, le Boche, lui, il les laisse derrière. » Et de conclure cette allégorie sous un tonnerre d’applaudissements[25]. On note malgré tout un certain contraste entre le Japon et la France concernant cette question des enfants nés de l’ennemi. Les politiques et les intellectuels nippons s’emparent largement de la question dans les années 1950 avec nombre d’articles et de déclarations, tandis que le silence est assourdissant du côté français. Par exemple, les rapports des inspecteurs académiques du département d’Ille-et-Vilaine sur l’enseignement primaire et secondaire des années 1947 à 1954 ne font pas mention une seule fois de ces « enfants de Boches[26] ». Au niveau de l’État , peu d’informations filtrent sur les enfants nés en France. En revanche, une attention particulière est portée aux enfants français nés en Allemagne pendant l’occupation française d’après-guerre[27]. Cette différence de traitement interpelle, puisque l’administration devait nécessairement être au courant de la situation. De manière générale, l’omerta sur ce sujet est totale jusqu’au début des années 2000 quand ces enfants témoignent pour la première fois. La France a simplement préféré tirer un trait sur ce passé délicat. Le même phénomène est observé pour les konketsuji, dont le sort est délaissé à partir des années 1960, le souvenir du conflit s’éloignant. Cette amnésie générale est un comportement typique chez les nations ayant connu la défaite pendant la Seconde Guerre mondiale, comme un moyen de se protéger de souvenirs douloureux.

À la recherche des traces de leur père : l’aboutissement de la quête identitaire

            Ces enfants vivent une jeunesse difficile, traumatisante, et beaucoup choisissent de garder le silence sur ce passé. Ce n’est que vers la retraite que certains d’entre eux entament des recherches sur leur père. Si quelques mères choisissent d’emporter ce secret dans la tombe , d’autres finissent par leur avouer un nom, une adresse. C’est à ce moment qu’entrent en jeu des organisations extérieures, qui vont les assister dans leur quête identitaire. En Allemagne, une section des archives de la Wehrmacht (WASt) est consacrée à répondre aux demandes d’informations de Français et Françaises en leur procurant les dossiers militaires de leurs pères. Au Japon, c’est l’International Social Service of Japan, créé en 1952 pour encadrer les konketsuji, qui accompagne les enfants japonais afin de retrouver des traces de leur géniteur. Celles-ci débouchent généralement sur la découverte de l’emplacement de sa tombe, mais l’émotion lors de ces retrouvailles est palpable. C’est un soulagement indéchiffrable, celui d’avoir réussi à combler le vide béant que son absence avait provoqué. Ils peuvent, enfin, entamer leur travail de deuil. En outre, elle leur fait découvrir tout un pan de leur vie dont ils ignoraient totalement l’existence jusque-là : ces soldats allemands et américains ont refait leur vie chez eux et ont fondé une famille. Les témoignages qui sont parvenus aux historiens démontrent ainsi la bienveillance et la chaleur qui s’est dégagée des retrouvailles entre ces enfants et leur belle-famille en Allemagne et aux États -Unis.

            Qu’ils soient français ou japonais, la vie de ces enfants de la guerre est faite de parcours singuliers et torturés. Accusés mais non coupables, ils doivent faire face à une société résolument hostile et grandir dans un environnement qui ne leur fait aucune concession. Elles démontrent chacune que la guerre remodèle en profondeur les fondements moraux de la société, qu’elle soit de culture européenne ou asiatique. Les réactions japonaise et française face à ces enfants de l’ennemi sont violentes, presque épidermiques. Elles symbolisent leur grande difficulté à gérer le poids moral, social et politique de la défaite. À ce titre, la préface de l’ouvrage de MM. Picaper et Norz est un message aux enfants français, mais aussi aux enfants japonais, même s’il ne leur est pas initialement adressé : « Ce livre est dédié à tous les enfants de la guerre qui ne sont pas dans ces pages, à celles et ceux qui n’ont jamais osé ou n’ont pas pu faire de recherches et ainsi se faire connaître, qui souffrent en silence de la honte, de la solitude, et n’ont plus l’espoir d’apaiser leur difficulté d’être. Puissent-ils y trouver un réconfort, savoir qu’ils ne sont plus seuls, et partager ainsi leur fardeau avec celles et ceux qui leur parleront et les orienteront[28]. »

[1] Témoignage de Francis, site de l’Amicale Nationale des Enfants de la Guerre, 13 mai 2014. URL : http://anegfrance.free.fr/ENGUER5.HTM [consulté le 3 novembre 2021].

[2] La question de la race est complexe à appréhender tant elle est chargée idéologiquement. Pour cet article, nous nous basons sur la définition du Larousse pour expliquer ce que nous entendons par « race » : « Catégorie de classement de l’espèce humaine selon des critères morphologiques ou culturels, sans aucune base scientifique et dont l’emploi est au fondement des divers racismes et de leurs pratiques. » Définition du mot « Race », Larousse en ligne. URL : www.larousse.fr/dictionnaires/francais/race/65899 [consulté le 5 novembre 2021].

[3] Picaper Jean-Paul, Norz Ludwig, Enfants maudits : ils sont 200 000, on les appelait les « enfants de Boches », Éditions des Syrtes, Paris, 2004, p. 12-13. Le reportage complet sur la chaîne TF1 est disponible à cette adresse : https://www.youtube.com/watch?v=Rs1dedBK7Ns.

[4] Le Boulanger Isabelle, Enfants de guerre dans l’ouest de la France : paroles d’enfants franco-allemands issus de la Seconde Guerre mondiale, Coop Breizh, Spézet, 2019, p. 7.

[5] Dower John W., Ways of forgetting, ways of remembering: Japan in the Modern World, The New Press, New York, 2012, p. 16-17.

[6] Paxton Robert O., La France de Vichy, 1940-1944, Editions du Seuil, Paris, 1997, p. 12-13.

[7] Broche François, Muracciole Jean-François, Histoire de la collaboration (1940-1945), Editions Tallandier, Paris, 2019.

[8] Spina, Raphaël, Histoire du S.T.O, Paris, Perrin, 2017.

[9] Dower, John W., Embracing Defeat: Japanese in the wake of World War II, W.W. Norton & Company, New York, 1999, p. 544-567 ; Allinson, Gary D., Japan’s Postwar History, Second Edition, Cornell University Press, New York, 2004, p. 80-83 ; KAWAI, Kazuo, Japan’s American Interlude, Chicago University Press, Chicago, 1960, p. 7-14.

[10] Lieb Peter, Paxton Robert O., « Maintenir l’ordre en France occupée. Combien de divisions ? », Vingtième siècle. Revue d’histoire, vol. IV, no. 112, février 2011, p. 115-226. URL : https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2011-4-page-115.htm ; Macarthur Douglas, Mémoires, Presses de la Cité, Paris, 1965, p. 195.

[11] Le Boulanger Isabelle, Enfants de guerre…, op.cit., p. 37 ; Dower John, War without Mercy: Race and Power in the Pacific War, Pantheon Books, New York, 1986, p. 8-10.

[12] Kovner Sarah, Occupying power: Sex Workers and Servicemen in Postwar Japan, Stanford University Press, Stanford, 2012, p. 31.

[13] Ibid, p. 7 ; Le Boulanger, Enfants de guerre…, op.cit., p. 37 ; U.S. War Department, A Pocket Guide to France, 1944, p. 19-20.

[14] Virgili Fabrice, « Les viols commis par l’armée allemande en France (1940-1944) », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, vol. 130, 2016, p. 103-120. URL : https://cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2016-2-page-103.htm ; Dower John W., Embracing Defeat…, op.cit., p. 130, 530.

[15] Virgili Fabrice, Naître ennemi : les enfants de couples franco-allemands nés pendant la Seconde Guerre mondiale, Éditions Payot, Paris, 2009, p. 227 ; Hamilton Walter, Children of the Occupation: Japan’s untold story, Rutgers University Press, Trenton, 2012, p. 48. Ce ne sont que des estimations, d’où l’emploi du conditionnel, car il n’y a malheureusement aucun moyen de disposer de statistiques fiables.

[16] Voir dans le cas de la France Charles Nicolas, « “Aimer l’ennemi”. Les relations intimes entre Françaises et Allemands dans les territoires occupés entre 1914 et 1918 », Journal des anthropologues, vol. CLVI-CLVII, no. 1-2, 2019, p. 241-258. URL : https://www.cairn.info/revue-journal-des-anthropologues-2019-1-page-241.htm). En revanche, il n’y a pas d’antécédent au Japon puisque celui-ci n’avait jamais été envahi jusqu’en 1945. Les enfants « mixtes » sont cependant connus depuis l’arrivée des commerçants européens sur l’archipel au XVIe siècle (Okamura Hyoue, « The Language of Racial Mixture in Japan: How Ainoko became Hafu, and the Haafu-gao Makeup fad », Asia Pacific Perspectives, vol. XIV, no. 2, 2017, p. 41-42. URL : http://usfca.edu/center-asia-pacific/perspectives/v14n2/okamura).

[17] Nelson Zachary, The Discourse of Konketusji: Racialized Representations of Biracial Japanese Children in the 1950s, mémoire de master sous la direction de Fujitani Takashi, Université de Toronto, 2017, p. 32.

[18] Okamura Hyoue, « The language of racial mixture in Japan…», op.cit., p. 42-43.

[19] Paquette Danielle, « La relation père-enfant et l’ouverture au monde », Enfance, vol. LVI, no. 2, 2004, p. 205-225. URL : https://www.cairn.info/revue-enfance1-2004-2-page-205.htm.

[20] Trainor Joseph, Educational Reform in Occupied Japan: Trainor’s memoir, Meisei University Press, Tokyo, 1983, p. 42.

[21] L’expression « fille-mère » est couramment employée dans le cas de femmes seules ayant un enfant. À l’époque, être une femme célibataire avec un enfant à charge est mal considéré, car la tradition veut que toute femme soit mariée avant de tomber enceinte.

[22] Hamilton Walter, Children of the Occupation…, op.cit., p. 13.

[23] Le Boulanger Isabelle, Enfants de guerre…, op.cit., p. 40.

[24] Hamilton Walter, Children of the Occupation…, op.cit., p. 18.

[25] Le Boulanger Isabelle, Enfants de guerre…, op.cit., p. 48.

[26] Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, rectorat de l’académie de Rennes, Enseignement primaire et secondaire, rapports annuels, 1941-1954, 282 W 28 à 282 W 32.

[27] Denechere Yves, « Des adoptions d’État : les enfants de l’occupation française en Allemagne, 1945-1952 », Revue d’histoire moderne et contemporaine, vol. II, no. 57, février 2010, p. 159-179. URL : https://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2010-2-page-159.htm.

[28] Picaper Jean-Paul, Norz Ludwig, Enfants maudits…, op.cit., p. 7.

Bibliographie

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DOWER John W., Ways of forgetting, ways of remembering: Japan in the Modern World, New York, The New Press, 2012, 321 p.
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LE BOULANGER Isabelle, Enfants de guerre dans l’ouest de la France : paroles d’enfants franco-allemands issus de la Seconde Guerre mondiale, Spézet, Coop Breizh, 2019, 144 p.
PAXTON Robert O., La France de Vichy, 1940-1944, Paris, Éditions du Seuil, 1997, 459 p.
PICAPER Jean-Paul, NORZ Ludwig, Enfants maudits : ils sont 200 000, on les appelait les « enfants de Boches », Paris, Éditions des Syrtes, 2004, 381 p.
SPINA Raphaël, Histoire du S.T.O., Paris, Perrin, 2017, 572 p.
TRAINOR Joseph, Educational Reform in Occupied Japan: Trainor’s memoir, Tokyo, Meisei University Press, 1983, 427 p.
U.S War Department, A Pocket Guide to France, 1944, 79 p.
VIRGILI Fabrice, Naître ennemi : les enfants de couples franco-allemands nés pendant la Seconde Guerre mondiale, Paris, Éditions Payot, 2009, 376 p.

Articles de revues :
CHARLES Nicolas, « “Aimer l’ennemi”. Les relations intimes entre Françaises et Allemands dans les territoires occupés entre 1914 et 1918 », Journal des anthropologues, vol. 156-157, no. 1-2, p . 241-258. URL : https://www.cairn.info/revue-journal-des-anthropologues-2019-1-page-241.htm
DENECHERE Yves, « Des adoptions d’Etat : les enfants de l’occupation française en Allemagne, 1945-1952 », Revue d’histoire moderne et contemporaine, vol. 2, no. 57, février 2010, p . 159-179. URL : https://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2010-2-page-159.htm
OKAMURA Hyoue, « The language of ‘racial mixture’ in Japan: how ainoko became haafu, and the haafu-gao¬ makeup fad. » Asia Pacific Perspectives, vol. 14, no. 2, printemps 2017, p. 41-79. URL : http://www.usfca.edu/center-asia-pacific/perspectives/v14n2/okamura
LIEB Peter, PAXTON Robert O., « Maintenir l’ordre en France occupée. Combien de divisions ? », Vingtième siècle. Revue d’histoire, vol. 4, no. 112, février 2011, p . 115-126. URL : https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2011-4-page-115.htm
PAQUETTE Danielle, « La relation père-enfant et l’ouverture au monde », Enfance, vol. 56, no. 2, 2004, p. 205-225. URL : https://www.cairn.info/revue-enfance1-2004-2-page-205.htm

Thèses et mémoires :
NELSON Zachary, The Discourse of Konketsuji: Racialized Representations of Biracial Japanese Children in the 1950s, mémoire de master sous la direction de FUJITANI Takashi, Université de Toronto, 2017, 75 p.
Sitographie et vidéographie :
Témoignage de Francis, site de l’Amicale Nationale des Enfants de Guerre, 13 mai 2014. URL : href="http://anegfrance.free.fr/ENGUER5.htm
TF1, Les enfants de l’occupant, reportage vidéo, 1994, chaîne Youtube de Daniel Rouxel, mis en ligne le 2 août 2015. URL : https://www.youtube.com/watch?v=Rs1dedBK7Ns
Larousse en ligne, définition du mot race. URL : www.larousse.fr/dictionnaires/francais/race/6589

Archives :
Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, rectorat de l’académie de Rennes, Enseignement primaire et secondaire, rapports annuels, 1941-1954, 282 W 28 à 282 W 32.