Catherine de Sienne et la politique communale : tentative de bilan

04 Nov
2026

Anna Montermini

Résumé

Sainte Catherine de Sienne (1347-1380) est une des saintes les plus importantes de la chrétienté occidentale, connue surtout à travers ses écrits et en particulier ses lettres. Au nombre de 386, elles forment un corpus de sources unique pour le Moyen Âge : il s’agit de la plus grande collection épis-tolaire féminine de la période. Ce travail cherche, par le biais de ces lettres, à développer un pan de la carrière politique de la sainte, encore inexploré, autrement dit son rapport direct aux élites com-munales. En étudiant les relations épistolaires, l’article cherche à déterminer comment la sainte par-vient à se former un réseau de contact au sein de la noblesse communale et seigneuriale de la Tos-cane du XVIe siècle. La piste principale de cet article est celle de l’accès à ces élites par les rapports que Catherine établit avec les femmes appartenant à cette classe sociale, proposant ainsi une sorte de politique au féminin.

Détails

Chronologie : XVIe siècle
Lieux : Toscane
Mots-clés : Histoire médiévale – Catherine de Sienne – Communes italiennes – Histoire politique – Histoire des femmes

Chronology: XVIth century
Location: Tuscany
Keywords: Medieval history – Catherine of Siena – Italian communes – Political history – Women’s history

Plan

I – Le parcours dans la noblesse

1. Sienne, cité républicaine

2. La mission divine opposée à la Commune

II – Les femmes : une porte d’entrée

1. L’accès aux Salimbeni

2. L’impact de Biancina Salimbeni

Pour citer cet article

Référence électronique
Montermini Anna, “Catherine de Sienne et la politique communale : tentative de bilan", Revue de l’Association des Jeunes Chercheurs de l’Ouest [En ligne], n°6, 2026, mis en ligne le 4 novembre 2026, consulté le 4 novembre 2026 à 0h55, URL : https://ajco49.fr/2026/11/04/catherine-de-sienne-et-la-politique-communale-tentative-de-bilan

L'Auteur

Anna Montermini
À la suite d’une licence d’histoire bilingue français-espagnol obtenue à l’Université Toulouse Jean Jaurès en 2021, l’auteure s’est tournée vers un master de Journalisme et métiers de l’édition auprès de l’Università degli Studi di Parma (Italie). Après avoir obtenu son diplôme en 2023, avec un mé-moire sur le langage adopté par les télévisions italiennes dans la couverture des guerres du Golfe et en Ukraine, elle a réalisé un master en Histoire médiévale à Toulouse, achevé en juillet 2026. Dans le cadre de ce second master, elle a réalisé un mémoire portant sur sainte Catherine de Sienne et son rapport à la politique communale, dont est tiré cet article.

Droits d'auteur

Tous droits réservés à l'Association des Jeunes Chercheurs de l'Ouest.
Les propos tenus dans les travaux publiés engagent la seule responsabilité de leurs auteurs.

            Sainte Catherine de Sienne (1347-1380) est incontestablement une figure très importante du christianisme occidental et ce depuis la fin du XIVe siècle. Docteure de l’Église, sainte patronne d’Italie et d’Europe, Catherine est une femme exceptionnelle dont la vie et les œuvres ont marqué les esprits de son vivant jusqu’à nos jours. De nombreux auteurs de différentes disciplines scientifiques — théologie, histoire, sciences politiques, psychiatrie[1] — se sont penchés sur son cas, sur sa vie et sur les écrits qu’elle laisse à la postérité, parce que Catherine, par son aspect mystique et ses paroles intemporelles, fascine. Un aspect en particulier intéresse de nombreux chercheurs : sa carrière politique. Catherine est certes une femme, mais une femme qui parvient, par ses lettres, à avoir un impact sur l’histoire politique de l’Europe, et surtout de l’Italie, dans la seconde moitié du XIVe siècle, notamment en écrivant des lettres à plusieurs rois et aux papes qui se succèdent[2], Grégoire XI (1370-1378) et Urbain VI (1378-1389). Cependant, un pan de la carrière politique de Catherine est souvent laissé de côté par l’historiographie, celle qui s’intéresse à son rapport à la politique communale. C’est ce sur quoi porte cette recherche, qui vise notamment à comprendre comment elle parvient à s’insérer dans le milieu de la noblesse urbaine communale.

            Sainte Catherine naît à Sienne, probablement en 1347, dans une famille d’artisans lainiers, largement impliquée dans la politique de la ville. Elle commence à avoir des visions du Christ et de Dieu alors qu’elle n’a que six ou sept ans, qui la poussent vers une vie de dévotion à Dieu. Après avoir refusé le mariage arrangé par ses parents, elle entre dans la confrérie laïque des Sœurs de la Pénitence de saint Dominique, ce qui lui confère un statut particulier : contrairement aux moniales ou aux autres laïques célibataires, les sœurs laïques peuvent se déplacer librement dans la cité pour exécuter de bonnes œuvres, tout en ayant une résidence privée. Grâce à ses visions et à son implication dans les affaires politiques de la ville, comme des affaires judiciaires en cours, sa réputation grandit et elle développe un intérêt pour les Dominicains, qui la convoquent au Chapitre général de l’ordre à Florence en 1374. À cette occasion, elle est mise sous la direction spirituelle du frère prêcheur Raymond de Capoue, qui sera l’un des premiers promoteurs du culte de Catherine après la mort de celle-ci. Autour des années 1362-1365, elle commence à écrire des lettres[3], dont les premiers destinataires sont ses proches, notamment ses confesseurs et les autres sœurs laïques. Elle se tourne ensuite vers des personnages de plus en plus importants, qu’elle parvient à contacter grâce à sa réputation grandissante. Sous les ordres des papes qui se succèdent, elle voyage dans différentes villes, notamment Florence, Pise et Avignon, et, en suivant les paroles d’Urbain VI, elle va vivre à Rome en 1378, où elle meurt en 1380 de malnutrition[4].

            Catherine naît et grandit à Sienne, en Toscane. À cette période, la ville est une Commune, autrement dit une cité-État indépendante, même si sous le contrôle partiel de l’Empire germanique. Les Communes apparaissent au XIe siècle et les institutions communales qui existent au XIVe siècle sont le résultat d’un processus long, qui culmine entre la fin du XIIIe et le début du XIVe siècle[5]. En effet, la longue évolution de la réalité communale a amené, vers le milieu du XIIIe siècle, à la création de seigneuries, qui cherchent, à partir du milieu du XIVe siècle, à devenir de véritables États en annexant des cités voisines : l’implantation seigneuriale est généralement la conséquence de guerres internes à aux Communes, opposant le gouvernement aux élites urbaines[6]. De plus, la présence des papes à Avignon depuis 1309 et l’historique rivalité entre la papauté et l’Empire sont à l’origine de nombreuses tensions dans la péninsule, alimentant des tensions qui existent depuis des siècles entre les partisans des deux camps, qui peuvent déboucher sur de véritables conflits armés, comme par exemple la guerre dite des Huit Saints (1374-1378), qui oppose la ligue Milano-florentine au pape Grégoire XI[7].

            Catherine affirme que, par ses visions, Dieu lui a confié une mission : ramener la paix dans le monde chrétien. Et c’est avec cet objectif qu’elle va s’insérer dans ce contexte compliqué de guerres fratricides[8]. C’est la raison principale qui la pousse à écrire ses lettres. Puisque les tensions internes à Sienne augmentent dans le courant du XIVe siècle, Catherine comprend qu’elle doit tenter de pacifier sa ville de l’intérieur.

I. Le parcours dans la noblesse

1. Sienne, cité républicaine

            L’histoire communale de Sienne est longue et complexe, parmi les plus étudiées de la période car souvent considérée comme le modèle communal républicain par excellence[9]. Cependant, après une longue période de croissance et de prospérité, de 1287 à 1355, une crise politique et sociale afflige la cité, donnant lieu à une phase d’instabilité politique, allant de la seconde moitié du XIVe siècle jusqu’à la fin de la période médiévale. Cette période est caractérisée par de très nombreuses luttes internes, motivées par l’accès au pouvoir : en effet, le XIVe siècle est marqué par l’apparition des seigneuries sur le nord de la péninsule, qui viennent remplacer les gouvernements républicains en s’imposant comme une force politique unique et centralisée. Ce modèle seigneurial intéresse une catégorie sociale en particulier, qui s’impose avec force dès les années 1350 : les magnats. Le terme magnat n’a pas de définition claire, on peut dire qu’il désigne un groupe familial de l’aristocratie laïque communale, même si la particularité de ce groupe social est qu’il est défini par nécessité, lorsque, dans les dernières décennies du XIIIe siècle, les gouvernements de matrice populaire décident d’exclure les grandes familles de la noblesse laïque des charges politiques : il s’agit donc d’une « catégorie sociale créée par la législation d’exclusion qui l’a frappée »[10]. Puisqu’ils sont exclus du gouvernement à partir de la fin des années 1260, les familles de magnats ont tendance à quitter la ville et s’installer dans la campagne entourant Sienne — le contado. Dans cette campagne, ces familles rachètent des châteaux et instaurent de véritables « néo-seigneuries »[11], qui sont perçues par la Commune de Sienne comme des menaces à la paix de la cité, notamment à cause des nombreuses révoltes qui y naissent et arrivent en ville. De plus, de nombreuses familles sont en conflit entre elles, notamment deux des familles les plus importantes de Sienne : les Salimbeni et les Tolomei. Ces deux familles, enrichies par les activités marchandes et bancaires dans les premières décennies du XIIIe siècle, cherchent, dans le courant du XIVe siècle, à prendre le contrôle sur la cité, en utilisant des stratégies politiques différentes[12]. Le conflit entre ces deux familles dure pendant tout le XIVe siècle et a de graves conséquences sur la ville : les affrontements sont si violents à certaines périodes que d’autres cités doivent intervenir pour pacifier la ville[13]. Enfin, il y a aussi des conflits inter-familiaux, notamment au sein de la famille Salimbeni, divisée en plusieurs branches : alors qu’au début des années 1370 ils se font exclure de la cité, les quatre branches de la famille se divisent les châteaux qu’ils possèdent dans le contado de Sienne. Cependant, deux des patriarches de ces branches se divisent sur la propriété de l’un de ces châteaux, puisque chacun prétend être le seigneur de celui-ci : il s’agit d’Agnolino di Giovanni Salimbeni et Cione di Sandro Salimbeni[14].

2. La mission divine opposée à la Commune

            C’est en raison de cette instabilité politique que Catherine décide de se tourner vers le monde de la noblesse urbaine et néo-rurale de Sienne, avec une volonté de perpétrer la mission que Dieu lui a donnée : celle de ramener la paix dans le monde chrétien. En effet, Catherine souhaite participer aux missions de pacification entamées par la Commune, à la suite notamment du conflit Salimbeni-Tolomei. Alors que le gouvernement tente la pratique de l’exclusion de la cité, appelée fuoriuscitismo, Catherine, elle, souhaite adopter une technique qu’elle considère plus humaine mais surtout plus universelle. Ainsi, la sainte commence à écrire des lettres destinées directement aux membres des familles en conflit. Cet aspect de sa carrière politique a déjà été étudié par Mario Ascheri dans un article de 1999[15], dans lequel il revient sur l’incompréhension qui existe entre la sainte et la Commune, qui travaillent à des objectifs différents : « Il y avait une évidente difficulté des rapports qui naissait d’une tout autant évidente incompréhension entre les deux partis, parce que le gouvernement siennois et Catherine opéraient pour des fins et sur des plans complètement différents »[16]. D’après Ascheri, l’objectif de Catherine est de faire cesser les guerres fratricides entre catholiques, y compris celles qui opposent les grandes familles de magnats, tandis que le gouvernement est forcé de penser avant tout à la sécurité de sa ville en essayant de contenir les individus qui sont perçus comme des menaces. Les Défenseurs de Sienne agissent sur le plan temporel, alors que Catherine agit sur le plan spirituel, ce qui fait qu’ils sont donc sur deux plans différents, qui ne peuvent être comparés[17].

            Pour réaliser sa mission, comme dit précédemment, Catherine souhaite donc communiquer directement avec les premiers concernés, les familles nobles, et notamment les Salimbeni, qui ont su s’imposer, depuis les années 1350, comme la famille la plus importante de la cité. Elle y parvient en 1377, lorsqu’elle est invitée par des membres de la branche principale des Salimbeni dans leur château de Tintinnano[18], situé dans le contado. Catherine y passe une période longue, allant de juillet 1377 jusqu’à la fin de l’année 1377[19] ou à l’été 1378[20], en fonction des auteurs. Cette période cause des troubles dans les rapports qu’elle entretient avec les magistrats communaux, comme on peut notamment le voir dans les deux lettres qu’elle leur envoie à cette période, la lettre G201/T121 et G202/T123[21]. On peut le voir dans plusieurs passages de ces lettres :

            « Quant à mon séjour ici avec ma famille, j’ai ouï dire qu’on s’en était plaint auprès de vous, en cherchant à éveiller votre suspicion, mais je ne sais si je dois le croire. Si vous vous souciiez de vous-mêmes autant que nous nous soucions de vous et de tous les habitants de Sienne, vous ne céderiez pas si légèrement à de telles cogitations et passions. »[22]

            Catherine s’est déjà entourée, depuis le début des années 1370, d’un certain nombre de personnages nobles, en passant par le biais de l’un de ses premiers disciples, Neri di Landoccio Pagliaresi : c’est un personnage issu d’une famille noble mineure de Sienne, qui permet à Catherine d’entrer en contact avec d’autres personnages nobles — notamment des jeunes hommes qui souhaitent suivre les enseignements de Catherine pour vivre une vie plus pieuse — arrivant jusqu’aux sphères les plus hautes de la noblesse siennoise, comme l’ont montré les travaux de F. Thomas Luongo[23]. Dans ce contexte, il semblerait qu’une seule famille, les Salimbeni, n’ait pas adhéré à ce mouvement, restant éloignée de la Famiglia. Se pose donc la question de comment Catherine entre en contact avec cette famille et qui lui permet de venir en Val d’Orcia.

II. Les femmes : une porte d’entrée

1. L’accès aux Salimbeni

            Parmi les lettres que Catherine écrit, une ressort plus que les autres : la lettre G331/T111, destinée à Biancina Salimbeni. En effet, lorsqu’on s’intéresse aux lettres qu’elle écrit aux nobles siennois, 18 au total, rapportées dans le Tableau 1, on se rend vite compte qu’il s’agit de l’une des lettres les plus anciennes écrites à ces nobles et la plus ancienne destinée à un membre de la famille Salimbeni, qui sont en rouge dans le tableau[24]. Pour formuler ces hypothèses, je me suis basée à la fois sur les travaux d’auteurs précédents et sur des éléments de contenu de la lettre. Dans le cas de la lettre à Biancina Salimbeni, j’ai choisi de la dater du printemps 1375 en me basant sur les hypothèses exprimées par Eugenio Dupré Theseider[25]dans les années 1940-1950, ainsi que sur la plus récente hypothèse de Nelly Mahmoud Helmy[26], dans le cadre de la réédition de l’Epistolaire de 2023 : les deux estiment qu’elle date du printemps 1375, je décide donc d’accepter ces hypothèses.

Dates des lettres envoyées à des membres de familles de magnats.

Fig. 1. Dates des lettres envoyées à des membres de familles de magnats.

            La prise de contact entre les deux femmes pourrait s’expliquer par le fait que, à partir des années 1370, de nombreuses femmes de la noblesse siennoise se tournent vers la sainte pour obtenir des conseils spirituels, comme le montrent les récentes études d’Alessandra Bartolomei Romagnoli[27]. Cependant, il est rare, dans les lettres aux femmes en général, de parvenir à comprendre le degré de proximité qui les liait à Catherine[28] et c’est également le cas pour Biancina : nous n’avons conservé qu’une seule lettre lui étant destinée, il est donc difficile de déterminer l’ampleur de leur relation. Cela n’empêche pas que Biancina soit la première des Salimbeni avec qui Catherine entre en contact et elle sera probablement un atout pour s’insérer non seulement dans la famille mais également dans un milieu nobiliaire plus large, allant de la Toscane à l’Ombrie. Les relations épistolaires entre les femmes des milieux sociaux les plus élevés sont plutôt courantes à la fin du Moyen Âge, ce qui vient corroborer l’hypothèse proposée[29].

            Après la lettre à Biancina, nous avons une période sans contacts attestés, avec les Salimbeni, jusqu’en janvier 1377, lorsque Catherine envoie une lettre à Agnolino Salimbeni, la G267/T114, fils de Biancina. Ensuite, toujours dans la première moitié de l’année 1377, elle envoie trois lettres aux deux sœurs d’Agnolino, Bandecca et Isa. Ces lettres semblent écrites en préparation au voyage que Catherine fera dans les terres Salimbeni quelques mois plus tard, en juillet 1377, voyage auquel elle fait par ailleurs référence dans ces trois lettres. On peut le voir notamment dans la lettre G332/T115 à Isa Salimbeni, datant de juin 1377 : « Quant à la comtesse, il me semble qu’elle pourrait venir avant mon arrivée à la Roche »[30]. Puisque les contacts avec les autres membres de la famille Salimbeni se font seulement quelques mois avant l’arrivée de Catherine à Tintinnano, il se pourrait que ce voyage ait été planifié par Biancina elle-même : malheureusement, le manque de sources ne nous permet pas de formuler plus qu’une simple hypothèse. Toutefois, comme dit précédemment, le lien tissé avec Biancina se révèle être un véritable atout pour Catherine, lui permettant de s’insérer dans un contexte bien plus large que la simple noblesse siennoise.

2. L’impact de Biancina Salimbeni

            En effet, pour la période comprise entre l’été et l’hiver 1377, on compte cinq lettres envoyées à des personnages de la noblesse toscane ou ombrienne qui peuvent être liés de près ou de loins à Biancina Salimbeni. On peut également ajouter une autre lettre, postérieure à 1377, qui peut elle aussi être connectée à ce personnage. Avant son séjour à Rocca d’Orcia, Catherine ne semble avoir aucune possibilité de contacter ces personnes, dont notamment deux familles seigneuriales, ce qui pourrait donc signifier que c’est par le biais de Biancina qu’elle y parvient. On trouve, parmi les destinataires de ces lettres, trois membres de la famille Trinci, les seigneurs de Foligno (Ombrie), trois membres de la famille Belforti, anciens seigneurs de Volterra (Toscane), et deux femmes de la famille Salimbeni.

            Pour ce qui est des Trinci, le lien semble plutôt évident. En effet, Biancina est née Trinci et épouse ensuite Giovanni di Agnolino Salimbeni, liant ainsi les deux familles[31]. C’est probablement pour cette raison que Catherine se permet d’écrire aux frères de Biancina, Trincia II et Corrado Trinci (lettre G194/T253), ainsi qu’à sa belle-sœur Jacoma (lettre G324/T264) dans la période pendant laquelle elle se trouve auprès des Salimbeni : en effet, la première lettre semble dater de la fin de l’été 1377[32] et la seconde du mois d’octobre 1377[33]. Ainsi, on peut se demander si Catherine aurait pu entrer en contact avec ces personnages sans l’amont de Biancina.

            Nous avons ensuite la famille Belforti. Là aussi, Catherine contacte trois destinataires par le biais de deux lettres : les cousins Benuccio di Pietro Belforti et Bernardo di Uberto Belforti (lettre G195/T103) et Bandecca Belforti, femme de Bocchino Belforti et tante des deux destinataires précédents (lettre G195/T103). La première lettre semble dater de l’été ou de l’automne 1377[34], période à laquelle Catherine se trouve en Val d’Orcia, et la seconde du printemps ou de l’été 1378[35]. Nous considérons que le voyage de Catherine se termine à la fin de l’année 1377, même si certains auteurs le font se poursuivre jusqu’à l’été 1378, mais cela ne signifie pas que ce n’est pas par le biais de Biancina que Catherine contacte Bandecca Belforti. En effet, les Belforti sont liés aux Salimbeni par des alliances matrimoniales, notamment entre Angela di Benuccio Salimbeni et Pietro di Ottaviano Belforti, les parents de Benuccio di Pietro Belforti. Il semble donc plausible que ce soit par le biais de Biancina Salimbeni, cousine par alliance d’Angela, ou plus largement de la famille Salimbeni que Catherine rentre en contact avec les Belforti.

            Enfin, nous avons les deux femmes Salimbeni. Il s’agit de Pantasilea di Ranuccio Farnese (lettre G326/T116), née Salimbeni et sœur du mari de Biancina, et de Stricca di Cione Salimbeni (lettre G346/T110), femme de Cione di Sandro Salimbeni, ennemi du fils de Biancina. Les deux lettres datent de la période du séjour à Tintinnano : la première de la fin de l’année 1377[36] tandis que la seconde d’une période comprise entre août et septembre 1377[37]. Là aussi, le lien avec Biancina semble plutôt évident et les lettres à ces deux femmes s’inscrivent dans la tendance globale de 1377, autrement dit la prise de contact majeure avec les Salimbeni, comme nous avons pu le voir avec les lettres précédentes.

Schéma des liens entre les destinataires de Catherine.

Fig. 2. Schéma des liens entre les destinataires de Catherine.

            L’exemple des Salimbeni est certes le plus marquant, mais il semble plutôt crédible de dire que Catherine comprend la valeur que les femmes peuvent avoir dans la prise de contact avec les familles nobles[38]. Elle parvient, par le biais des relations qu’elle se crée en tant que conseillère spirituelle[39], à établir un réseau solide au sein des femmes de cette noblesse toscane et ombrienne et ainsi gravir les échelons jusqu’à contacter les patriarches de leurs familles respectives. Dans un épistolaire déjà largement étudié depuis plus d’un siècle, le corpus des lettres aux femmes laïques a été délaissé par les auteurs, à l’exception de rares travaux récents — cités précédemment — laissant ainsi de côté un large pan de la logique catherinienne. Ces lettres nous permettent non seulement de délimiter de façon plus détaillée les liens qui unissent Catherine et les différentes familles de la noblesse mais également de comprendre la vision que la sainte a de l’influence féminine et des stratégies qu’elle adopte. Nous l’avons vu avec l’exemple de Biancina Salimbeni, dont elle se sert comme tremplin pour accéder non seulement aux Salimbeni mais également à deux autres familles nobles importantes d’un point de vue local, mais nous pouvons aussi le voir dans les lettres qu’elle écrit à la fille de celle-ci, Bandecca : Catherine la presse d’entrer dans les ordres et plus spécifiquement dans le monastère qu’elle cherche à fonder dans une ancienne forteresse située aux portes de Sienne, le monastère féminin de Sainte-Marie-des-Anges. Cela nous montre une fois de plus que Catherine comprend l’influence que ces femmes nobles peuvent avoir, au vu du rayonnement qu’une femme du calibre d’une Salimbeni donnerait à son monastère, et qu’elle sait l’utiliser à son avantage. Au-delà de cet exemple précis, il reste encore de nombreuses choses à creuser dans ce corpus des lettres aux laïques, encore largement délaissé par l’historiographie.

[1] De nombreux travaux de théologie et histoire sont déjà cités dans ce travail. Dans le cas des sciences politiques on peut citer : Della Torre Giuseppe, Diritto e politica in Caterina da Siena, Giappichelli, Turin, 2010. Pour ce qui est de la psychiatrie, on peut citer Bell Rudolph, L’anorexie sainte : jeûne et mysticisme du Moyen âge à nos jours, PUF, Paris, 1994 et Raimbault Ginette, Eliacheff Caroline, Les indomptables. Figures de l’anorexie, Odile Jacob, Paris, 1989.
[2] Les lettres de Catherine de Sienne sont recueillies dans leur totalité dans une collection d’ouvrages dirigée par Marilène Raiola, publiée par les Editions du Cerf entre 2008 et 2017. Les lettres en question se trouvent dans les deux premiers volumes : Raiola Marilène (éd.), Lettres aux papes Grégoire XI et Urbain VI, aux cardinaux et aux évêques, Editions du Cerf, Paris, 2008 et Raiola Marilène (éd.), Lettres aux rois, aux reines et aux responsables politiques, Editions du Cerf, Paris, 2010.

[3] Pour cette recherche, l’édition de référence est celle éditée et traduite par Marilène Raiola, citée précédemment.

[4] Tous les éléments biographiques sont tirés de Vauchez André, Catherine de Sienne. Vie et passion, Editions du Cerf, Paris, 2015.

[5] Maire Vigueur Jean-Claude, Faini Enrico, Un nuovo modo di governare: il sistema politico del comuni italiani (secoli XII-XIV), Bruno Mondadori, Milan, 2010, p. 7-10.

[6] Menant François, L’Italie des communes : 1100-1300, Belin, Paris, 2005, p. 113.

[7] Crouzet-Pavan Elisabeth, Enfers et paradis. L’Italie de Dante et de Giotto, Albin Michel, Paris, 2004, p. 111-114.

[8] Vauchez André, Catherine de Sienne …, Op. Cit., p. 63.

[9] L’histoire de Sienne et de son système politique a été largement étudiée et analysée dans un premier temps par William Bowsky puis par Mario Ascheri dans les travaux suivants : Ascheri Mario, Siena nella storia, Silvana, Milan, 2001 ; Ascheri Mario, Storia di Siena. Dalle origini ai giorni nostri, Biblioteca dell’Immagine, Pordenone, 2013 ; Bowsky William, A Medieval Italian Comune. Siena under the Nine, 1287-1355, University of California Press, Berkley, 1986.

[10] Menant François, L’Italie des communes …, Op. Cit., p. 90.

[11] Giorgi Andrea, « Il conflitto magnati/popolani nelle campagne : il caso senese » in Cherubini Giovanni (dir.), Magnati e popolani nell'Italia comunale. Quindicesimo convegno di studi. Pistoia, 15-18 maggio 1995, Centro italiano di studi di storia e d’arte, Pistoia, 1997, p. 137-209.

[12] Ibid., p. 148-149.

[13] Carniani Alessandra, I Salimbeni quasi una signoria: tentativi di affermazione politica nella Siena del ‘300, Protagon editori toscani, Sienne, 1995, p. 192.

[14] Ibid., p. 253.

[15] Ascheri Mario, « Un’intesa impossibile : Caterina e la cultura politico-istituzionale “popolare" di Siena » in Trenti Luigi et Klange Addabbo Bente (dir.), Con l’occhio e col lume. Atti del corso seminariale di studi su S. Caterina da Siena (25 settembre-7 ottobre 1995), Edizioni Cantagalli, Sienne, 1999, p. 81-98.

[16] Citation originale (traduction proposée par l’auteure) : « C’era un oggettiva difficoltà di rapporti che nasceva da un’altrettanto oggettiva incomprensione tra le due parti, perché il governo senese e Caterina operavano per fini e su piani assolutamente diversi », Ibid., p. 95.

[17] Ibid., p. 96-97.

[18]  Il se trouve dans une des vallées les plus au sud du contado de Sienne, appelée Val d’Orcia, comme tous les châteaux des Salimbeni.
[19] Vauchez André, Catherine de Sienne …, Op. Cit., p. 87.
[20] Nardi Paolo, « Santa Caterina e Siena », in Bartolomei Romagnoli Alessandra, Cinelli Luciano et Piatti Pierantonio (dir.), 'Virgo digna coelo'. Caterina e la sua eredità, Libreria Editrice Vaticana, Rome, 2013, p. 230.
[21] La numérotation adoptée est celle des éditeurs anciens, là où G signifie Gigli et T signifie Tommaseo.

[22] Raiola Marilène (éd.), Lettres aux rois, aux reines et aux responsables politiques, Editions du Cerf, Paris, 2010, p. 128.

[23] Luongo F. Thomas, The Saintly Politics of Catherine of Siena, Cornell University Press, Ithaca, 2006.

[24] Il faut noter que les dates des lettres ne sont que des hypothèses pour la plupart, car, lors de l’étape de récupération des lettres après la mort de Catherine, les disciples qui les transcrivent dans des manuscrits épistolaires effacent généralement les dates, dans une volonté d’universalisation du message de la sainte. Dejure Antonella, « Sparizioni, cancellazioni e pratiche di riscrittura nelle Lettere di Caterina da Siena », in Fekete Monica, Lazar Andrei et Moraru Sanda-Valeria (dir.), Sparizioni, cancellazioni, dimenticanze nelle letterature romanze, Presa Universitara Clujeana, Cluj-Napoca, 2021, p. 220-221.
[25] ISIME, Fondo E. Dupré Theseider, Trascrizioni di lettere, fasc. 14.
[26] Cursi Mario, Dejure Antonella et Frosini Giovanna (dir.), Epistolario. Lettere A-B, Istituto Storico Italiano per il Medio Evo, Rome, 2023, p. 420.

[27] Bartolomei Romagnoli Alessandra, « Caterina da Siena maestra spirituale: le lettere alle donne », in Piatti Pierantonio (dir.), Caterina da Siena e la vita religiosa femminile. Un percorso domenicano, Centre Internazionale di Studi Cateriniani, Rome, 2020, p. 129-156.
[28] Ibid., p. 142.

[29] Ibid.

[30] Raiola Marilène (éd.), Lettres aux laïcs 1, Editions du Cerf, Paris, 2010, p. 30. Le château des Salimbeni s’appelant aussi Rocca d’Orcia, d’où l’utilisation du mot Roche.

[31] Ginatempo Maria, « Salimbeni », in Del Tredici Federico (dir.), La signoria rurale nell'Italia del tardo medioevo. 5. Censimento e quadri regionali, UniversItalia, Rome, 2021, p. 656.

[32] Basé sur les hypothèses de datation suivantes : Fawtier Robert, Sainte Catherine de Sienne : essai de critique des sources. II. Les Œuvres de Sainte Catherine de Sienne, E. de Boccard, Paris, 1930, p. 240 ; Noffke Suzanne, The letters of Catherine of Siena, volume II, Arizona Center for Medieval and Renaissance Studies, Tempe, 2000, p. 422.
[33] Basé sur les hypothèses de datations suivantes : Fawtier Robert, Sainte Catherine de Sienne …, Op. Cit., p. 298 ; Noffke Suzanne, The letters …, volume II, Op. Cit., p. 477.
[34] Basé sur les hypothèses suivantes : Fawtier Robert, Sainte Catherine de Sienne …, Op. Cit., p. 240-241 ; Noffke Suzanne, The letters …, volume II, Op. Cit., p. 418 ; Cursi Mario, Dejure Antonella et Frosini Giovanna (dir.), Epistolario …, Op. Cit., p. 403.
[35] Basé sur les hypothèses suivantes : Fawtier Robert, Sainte Catherine de Sienne …, Op. Cit., p. 298; Noffke Suzanne, The letters …, volume III, , p. 84 ; Cursi Mario, Dejure Antonella et Frosini Giovanna (dir.), Epistolario …, Op. Cit., p. 265.

[36] Basé sur les hypothèses suivantes : Fawtier Robert, Sainte Catherine de Sienne …, Op. Cit., p. 299; Noffke Suzanne, The letters …, volume II, Op. Cit., p. 624.
[37] Basé sur les hypothèses suivantes : Fawtier Robert, Sainte Catherine de Sienne …, Op. Cit., p. 304 ; Noffke Suzanne, The letters …, volume II, Op. Cit., p. 398.

[38] Sur l’impact politique des femmes dans la famille médiévale (Italie) : Chabot Isabelle, La dette des familles. Femmes, lignage et patrimoine à Florence aux XIVe et XVe siècle, Ecole française de Rome, Rome, 2011 et Guerra Medici Maria Teresa, L'aria di città: donne e diritti nella città medievale, Edizioni scientifiche italiane, Naples, 1996. Sur les rapports entre Catherine et les femmes : Bartolomei Romagnoli Alessandra, « Caterina da Siena, maestra … », Op. Cit.
[39] Cela signifie qu’elle offre des conseils en matière de religion et de morales aux femmes avec qui elle est en contact (Bartolomei Romagnoli Alessandra, « Caterina da Siena, maestra … », Op. Cit.).

            Sainte Catherine de Sienne (1347-1380) est incontestablement une figure très importante du christianisme occidental et ce depuis la fin du XIVe siècle. Docteure de l’Église, sainte patronne d’Italie et d’Europe, Catherine est une femme exceptionnelle dont la vie et les œuvres ont marqué les esprits de son vivant jusqu’à nos jours. De nombreux auteurs de différentes disciplines scientifiques — théologie, histoire, sciences politiques, psychiatrie[1] — se sont penchés sur son cas, sur sa vie et sur les écrits qu’elle laisse à la postérité, parce que Catherine, par son aspect mystique et ses paroles intemporelles, fascine. Un aspect en particulier intéresse de nombreux chercheurs : sa carrière politique. Catherine est certes une femme, mais une femme qui parvient, par ses lettres, à avoir un impact sur l’histoire politique de l’Europe, et surtout de l’Italie, dans la seconde moitié du XIVe siècle, notamment en écrivant des lettres à plusieurs rois et aux papes qui se succèdent[2], Grégoire XI (1370-1378) et Urbain VI (1378-1389). Cependant, un pan de la carrière politique de Catherine est souvent laissé de côté par l’historiographie, celle qui s’intéresse à son rapport à la politique communale. C’est ce sur quoi porte cette recherche, qui vise notamment à comprendre comment elle parvient à s’insérer dans le milieu de la noblesse urbaine communale.

            Sainte Catherine naît à Sienne, probablement en 1347, dans une famille d’artisans lainiers, largement impliquée dans la politique de la ville. Elle commence à avoir des visions du Christ et de Dieu alors qu’elle n’a que six ou sept ans, qui la poussent vers une vie de dévotion à Dieu. Après avoir refusé le mariage arrangé par ses parents, elle entre dans la confrérie laïque des Sœurs de la Pénitence de saint Dominique, ce qui lui confère un statut particulier : contrairement aux moniales ou aux autres laïques célibataires, les sœurs laïques peuvent se déplacer librement dans la cité pour exécuter de bonnes œuvres, tout en ayant une résidence privée. Grâce à ses visions et à son implication dans les affaires politiques de la ville, comme des affaires judiciaires en cours, sa réputation grandit et elle développe un intérêt pour les Dominicains, qui la convoquent au Chapitre général de l’ordre à Florence en 1374. À cette occasion, elle est mise sous la direction spirituelle du frère prêcheur Raymond de Capoue, qui sera l’un des premiers promoteurs du culte de Catherine après la mort de celle-ci. Autour des années 1362-1365, elle commence à écrire des lettres[3], dont les premiers destinataires sont ses proches, notamment ses confesseurs et les autres sœurs laïques. Elle se tourne ensuite vers des personnages de plus en plus importants, qu’elle parvient à contacter grâce à sa réputation grandissante. Sous les ordres des papes qui se succèdent, elle voyage dans différentes villes, notamment Florence, Pise et Avignon, et, en suivant les paroles d’Urbain VI, elle va vivre à Rome en 1378, où elle meurt en 1380 de malnutrition[4].

            Catherine naît et grandit à Sienne, en Toscane. À cette période, la ville est une Commune, autrement dit une cité-État indépendante, même si sous le contrôle partiel de l’Empire germanique. Les Communes apparaissent au XIe siècle et les institutions communales qui existent au XIVe siècle sont le résultat d’un processus long, qui culmine entre la fin du XIIIe et le début du XIVe siècle[5]. En effet, la longue évolution de la réalité communale a amené, vers le milieu du XIIIe siècle, à la création de seigneuries, qui cherchent, à partir du milieu du XIVe siècle, à devenir de véritables États en annexant des cités voisines : l’implantation seigneuriale est généralement la conséquence de guerres internes à aux Communes, opposant le gouvernement aux élites urbaines[6]. De plus, la présence des papes à Avignon depuis 1309 et l’historique rivalité entre la papauté et l’Empire sont à l’origine de nombreuses tensions dans la péninsule, alimentant des tensions qui existent depuis des siècles entre les partisans des deux camps, qui peuvent déboucher sur de véritables conflits armés, comme par exemple la guerre dite des Huit Saints (1374-1378), qui oppose la ligue Milano-florentine au pape Grégoire XI[7].

            Catherine affirme que, par ses visions, Dieu lui a confié une mission : ramener la paix dans le monde chrétien. Et c’est avec cet objectif qu’elle va s’insérer dans ce contexte compliqué de guerres fratricides[8]. C’est la raison principale qui la pousse à écrire ses lettres. Puisque les tensions internes à Sienne augmentent dans le courant du XIVe siècle, Catherine comprend qu’elle doit tenter de pacifier sa ville de l’intérieur.

I. Le parcours dans la noblesse

1. Sienne, cité républicaine

            L’histoire communale de Sienne est longue et complexe, parmi les plus étudiées de la période car souvent considérée comme le modèle communal républicain par excellence[9]. Cependant, après une longue période de croissance et de prospérité, de 1287 à 1355, une crise politique et sociale afflige la cité, donnant lieu à une phase d’instabilité politique, allant de la seconde moitié du XIVe siècle jusqu’à la fin de la période médiévale. Cette période est caractérisée par de très nombreuses luttes internes, motivées par l’accès au pouvoir : en effet, le XIVe siècle est marqué par l’apparition des seigneuries sur le nord de la péninsule, qui viennent remplacer les gouvernements républicains en s’imposant comme une force politique unique et centralisée. Ce modèle seigneurial intéresse une catégorie sociale en particulier, qui s’impose avec force dès les années 1350 : les magnats. Le terme magnat n’a pas de définition claire, on peut dire qu’il désigne un groupe familial de l’aristocratie laïque communale, même si la particularité de ce groupe social est qu’il est défini par nécessité, lorsque, dans les dernières décennies du XIIIe siècle, les gouvernements de matrice populaire décident d’exclure les grandes familles de la noblesse laïque des charges politiques : il s’agit donc d’une « catégorie sociale créée par la législation d’exclusion qui l’a frappée »[10]. Puisqu’ils sont exclus du gouvernement à partir de la fin des années 1260, les familles de magnats ont tendance à quitter la ville et s’installer dans la campagne entourant Sienne — le contado. Dans cette campagne, ces familles rachètent des châteaux et instaurent de véritables « néo-seigneuries »[11], qui sont perçues par la Commune de Sienne comme des menaces à la paix de la cité, notamment à cause des nombreuses révoltes qui y naissent et arrivent en ville. De plus, de nombreuses familles sont en conflit entre elles, notamment deux des familles les plus importantes de Sienne : les Salimbeni et les Tolomei. Ces deux familles, enrichies par les activités marchandes et bancaires dans les premières décennies du XIIIe siècle, cherchent, dans le courant du XIVe siècle, à prendre le contrôle sur la cité, en utilisant des stratégies politiques différentes[12]. Le conflit entre ces deux familles dure pendant tout le XIVe siècle et a de graves conséquences sur la ville : les affrontements sont si violents à certaines périodes que d’autres cités doivent intervenir pour pacifier la ville[13]. Enfin, il y a aussi des conflits inter-familiaux, notamment au sein de la famille Salimbeni, divisée en plusieurs branches : alors qu’au début des années 1370 ils se font exclure de la cité, les quatre branches de la famille se divisent les châteaux qu’ils possèdent dans le contado de Sienne. Cependant, deux des patriarches de ces branches se divisent sur la propriété de l’un de ces châteaux, puisque chacun prétend être le seigneur de celui-ci : il s’agit d’Agnolino di Giovanni Salimbeni et Cione di Sandro Salimbeni[14].

2. La mission divine opposée à la Commune

            C’est en raison de cette instabilité politique que Catherine décide de se tourner vers le monde de la noblesse urbaine et néo-rurale de Sienne, avec une volonté de perpétrer la mission que Dieu lui a donnée : celle de ramener la paix dans le monde chrétien. En effet, Catherine souhaite participer aux missions de pacification entamées par la Commune, à la suite notamment du conflit Salimbeni-Tolomei. Alors que le gouvernement tente la pratique de l’exclusion de la cité, appelée fuoriuscitismo, Catherine, elle, souhaite adopter une technique qu’elle considère plus humaine mais surtout plus universelle. Ainsi, la sainte commence à écrire des lettres destinées directement aux membres des familles en conflit. Cet aspect de sa carrière politique a déjà été étudié par Mario Ascheri dans un article de 1999[15], dans lequel il revient sur l’incompréhension qui existe entre la sainte et la Commune, qui travaillent à des objectifs différents : « Il y avait une évidente difficulté des rapports qui naissait d’une tout autant évidente incompréhension entre les deux partis, parce que le gouvernement siennois et Catherine opéraient pour des fins et sur des plans complètement différents »[16]. D’après Ascheri, l’objectif de Catherine est de faire cesser les guerres fratricides entre catholiques, y compris celles qui opposent les grandes familles de magnats, tandis que le gouvernement est forcé de penser avant tout à la sécurité de sa ville en essayant de contenir les individus qui sont perçus comme des menaces. Les Défenseurs de Sienne agissent sur le plan temporel, alors que Catherine agit sur le plan spirituel, ce qui fait qu’ils sont donc sur deux plans différents, qui ne peuvent être comparés[17].

            Pour réaliser sa mission, comme dit précédemment, Catherine souhaite donc communiquer directement avec les premiers concernés, les familles nobles, et notamment les Salimbeni, qui ont su s’imposer, depuis les années 1350, comme la famille la plus importante de la cité. Elle y parvient en 1377, lorsqu’elle est invitée par des membres de la branche principale des Salimbeni dans leur château de Tintinnano[18], situé dans le contado. Catherine y passe une période longue, allant de juillet 1377 jusqu’à la fin de l’année 1377[19] ou à l’été 1378[20], en fonction des auteurs. Cette période cause des troubles dans les rapports qu’elle entretient avec les magistrats communaux, comme on peut notamment le voir dans les deux lettres qu’elle leur envoie à cette période, la lettre G201/T121 et G202/T123[21]. On peut le voir dans plusieurs passages de ces lettres :

            « Quant à mon séjour ici avec ma famille, j’ai ouï dire qu’on s’en était plaint auprès de vous, en cherchant à éveiller votre suspicion, mais je ne sais si je dois le croire. Si vous vous souciiez de vous-mêmes autant que nous nous soucions de vous et de tous les habitants de Sienne, vous ne céderiez pas si légèrement à de telles cogitations et passions. »[22]

            Catherine s’est déjà entourée, depuis le début des années 1370, d’un certain nombre de personnages nobles, en passant par le biais de l’un de ses premiers disciples, Neri di Landoccio Pagliaresi : c’est un personnage issu d’une famille noble mineure de Sienne, qui permet à Catherine d’entrer en contact avec d’autres personnages nobles — notamment des jeunes hommes qui souhaitent suivre les enseignements de Catherine pour vivre une vie plus pieuse — arrivant jusqu’aux sphères les plus hautes de la noblesse siennoise, comme l’ont montré les travaux de F. Thomas Luongo[23]. Dans ce contexte, il semblerait qu’une seule famille, les Salimbeni, n’ait pas adhéré à ce mouvement, restant éloignée de la Famiglia. Se pose donc la question de comment Catherine entre en contact avec cette famille et qui lui permet de venir en Val d’Orcia.

II. Les femmes : une porte d’entrée

1. L’accès aux Salimbeni

            Parmi les lettres que Catherine écrit, une ressort plus que les autres : la lettre G331/T111, destinée à Biancina Salimbeni. En effet, lorsqu’on s’intéresse aux lettres qu’elle écrit aux nobles siennois, 18 au total, rapportées dans le Tableau 1, on se rend vite compte qu’il s’agit de l’une des lettres les plus anciennes écrites à ces nobles et la plus ancienne destinée à un membre de la famille Salimbeni, qui sont en rouge dans le tableau[24]. Pour formuler ces hypothèses, je me suis basée à la fois sur les travaux d’auteurs précédents et sur des éléments de contenu de la lettre. Dans le cas de la lettre à Biancina Salimbeni, j’ai choisi de la dater du printemps 1375 en me basant sur les hypothèses exprimées par Eugenio Dupré Theseider[25]dans les années 1940-1950, ainsi que sur la plus récente hypothèse de Nelly Mahmoud Helmy[26], dans le cadre de la réédition de l’Epistolaire de 2023 : les deux estiment qu’elle date du printemps 1375, je décide donc d’accepter ces hypothèses.

Dates des lettres envoyées à des membres de familles de magnats.

Fig. 1. Dates des lettres envoyées à des membres de familles de magnats.

            La prise de contact entre les deux femmes pourrait s’expliquer par le fait que, à partir des années 1370, de nombreuses femmes de la noblesse siennoise se tournent vers la sainte pour obtenir des conseils spirituels, comme le montrent les récentes études d’Alessandra Bartolomei Romagnoli[27]. Cependant, il est rare, dans les lettres aux femmes en général, de parvenir à comprendre le degré de proximité qui les liait à Catherine[28] et c’est également le cas pour Biancina : nous n’avons conservé qu’une seule lettre lui étant destinée, il est donc difficile de déterminer l’ampleur de leur relation. Cela n’empêche pas que Biancina soit la première des Salimbeni avec qui Catherine entre en contact et elle sera probablement un atout pour s’insérer non seulement dans la famille mais également dans un milieu nobiliaire plus large, allant de la Toscane à l’Ombrie. Les relations épistolaires entre les femmes des milieux sociaux les plus élevés sont plutôt courantes à la fin du Moyen Âge, ce qui vient corroborer l’hypothèse proposée[29].

            Après la lettre à Biancina, nous avons une période sans contacts attestés, avec les Salimbeni, jusqu’en janvier 1377, lorsque Catherine envoie une lettre à Agnolino Salimbeni, la G267/T114, fils de Biancina. Ensuite, toujours dans la première moitié de l’année 1377, elle envoie trois lettres aux deux sœurs d’Agnolino, Bandecca et Isa. Ces lettres semblent écrites en préparation au voyage que Catherine fera dans les terres Salimbeni quelques mois plus tard, en juillet 1377, voyage auquel elle fait par ailleurs référence dans ces trois lettres. On peut le voir notamment dans la lettre G332/T115 à Isa Salimbeni, datant de juin 1377 : « Quant à la comtesse, il me semble qu’elle pourrait venir avant mon arrivée à la Roche »[30]. Puisque les contacts avec les autres membres de la famille Salimbeni se font seulement quelques mois avant l’arrivée de Catherine à Tintinnano, il se pourrait que ce voyage ait été planifié par Biancina elle-même : malheureusement, le manque de sources ne nous permet pas de formuler plus qu’une simple hypothèse. Toutefois, comme dit précédemment, le lien tissé avec Biancina se révèle être un véritable atout pour Catherine, lui permettant de s’insérer dans un contexte bien plus large que la simple noblesse siennoise.

2. L’impact de Biancina Salimbeni

            En effet, pour la période comprise entre l’été et l’hiver 1377, on compte cinq lettres envoyées à des personnages de la noblesse toscane ou ombrienne qui peuvent être liés de près ou de loin à Biancina Salimbeni. On peut également ajouter une autre lettre, postérieure à 1377, qui peut elle aussi être connectée à ce personnage. Avant son séjour à Rocca d’Orcia, Catherine ne semble avoir aucune possibilité de contacter ces personnes, dont notamment deux familles seigneuriales, ce qui pourrait donc signifier que c’est par le biais de Biancina qu’elle y parvient. On trouve, parmi les destinataires de ces lettres, trois membres de la famille Trinci, les seigneurs de Foligno (Ombrie), trois membres de la famille Belforti, anciens seigneurs de Volterra (Toscane), et deux femmes de la famille Salimbeni.

            Pour ce qui est des Trinci, le lien semble plutôt évident. En effet, Biancina est née Trinci et épouse ensuite Giovanni di Agnolino Salimbeni, liant ainsi les deux familles[31]. C’est probablement pour cette raison que Catherine se permet d’écrire aux frères de Biancina, Trincia II et Corrado Trinci (lettre G194/T253), ainsi qu’à sa belle-sœur Jacoma (lettre G324/T264) dans la période pendant laquelle elle se trouve auprès des Salimbeni : en effet, la première lettre semble dater de la fin de l’été 1377[32] et la seconde du mois d’octobre 1377[33]. Ainsi, on peut se demander si Catherine aurait pu entrer en contact avec ces personnages sans l’amont de Biancina.

            Nous avons ensuite la famille Belforti. Là aussi, Catherine contacte trois destinataires par le biais de deux lettres : les cousins Benuccio di Pietro Belforti et Bernardo di Uberto Belforti (lettre G195/T103) et Bandecca Belforti, femme de Bocchino Belforti et tante des deux destinataires précédents (lettre G195/T103). La première lettre semble dater de l’été ou de l’automne 1377[34], période à laquelle Catherine se trouve en Val d’Orcia, et la seconde du printemps ou de l’été 1378[35]. Nous considérons que le voyage de Catherine se termine à la fin de l’année 1377, même si certains auteurs le font se poursuivre jusqu’à l’été 1378, mais cela ne signifie pas que ce n’est pas par le biais de Biancina que Catherine contacte Bandecca Belforti. En effet, les Belforti sont liés aux Salimbeni par des alliances matrimoniales, notamment entre Angela di Benuccio Salimbeni et Pietro di Ottaviano Belforti, les parents de Benuccio di Pietro Belforti. Il semble donc plausible que ce soit par le biais de Biancina Salimbeni, cousine par alliance d’Angela, ou plus largement de la famille Salimbeni que Catherine rentre en contact avec les Belforti.

            Enfin, nous avons les deux femmes Salimbeni. Il s’agit de Pantasilea di Ranuccio Farnese (lettre G326/T116), née Salimbeni et sœur du mari de Biancina, et de Stricca di Cione Salimbeni (lettre G346/T110), femme de Cione di Sandro Salimbeni, ennemi du fils de Biancina. Les deux lettres datent de la période du séjour à Tintinnano : la première de la fin de l’année 1377[36] tandis que la seconde d’une période comprise entre août et septembre 1377[37]. Là aussi, le lien avec Biancina semble plutôt évident et les lettres à ces deux femmes s’inscrivent dans la tendance globale de 1377, autrement dit la prise de contact majeure avec les Salimbeni, comme nous avons pu le voir avec les lettres précédentes.

Schéma des liens entre les destinataires de Catherine.

Fig. 2. Schéma des liens entre les destinataires de Catherine.

            L’exemple des Salimbeni est certes le plus marquant, mais il semble plutôt crédible de dire que Catherine comprend la valeur que les femmes peuvent avoir dans la prise de contact avec les familles nobles[38]. Elle parvient, par le biais des relations qu’elle se crée en tant que conseillère spirituelle[39], à établir un réseau solide au sein des femmes de cette noblesse toscane et ombrienne et ainsi gravir les échelons jusqu’à contacter les patriarches de leurs familles respectives. Dans un épistolaire déjà largement étudié depuis plus d’un siècle, le corpus des lettres aux femmes laïques a été délaissé par les auteurs, à l’exception de rares travaux récents — cités précédemment — laissant ainsi de côté un large pan de la logique catherinienne. Ces lettres nous permettent non seulement de délimiter de façon plus détaillée les liens qui unissent Catherine et les différentes familles de la noblesse mais également de comprendre la vision que la sainte a de l’influence féminine et des stratégies qu’elle adopte. Nous l’avons vu avec l’exemple de Biancina Salimbeni, dont elle se sert comme tremplin pour accéder non seulement aux Salimbeni mais également à deux autres familles nobles importantes d’un point de vue local, mais nous pouvons aussi le voir dans les lettres qu’elle écrit à la fille de celle-ci, Bandecca : Catherine la presse d’entrer dans les ordres et plus spécifiquement dans le monastère qu’elle cherche à fonder dans une ancienne forteresse située aux portes de Sienne, le monastère féminin de Sainte-Marie-des-Anges. Cela nous montre une fois de plus que Catherine comprend l’influence que ces femmes nobles peuvent avoir, au vu du rayonnement qu’une femme du calibre d’une Salimbeni donnerait à son monastère, et qu’elle sait l’utiliser à son avantage. Au-delà de cet exemple précis, il reste encore de nombreuses choses à creuser dans ce corpus des lettres aux laïques, encore largement délaissé par l’historiographie.

[1] De nombreux travaux de théologie et histoire sont déjà cité dans ce travail. Dans le cas des sciences politiques on peut citer : Della Torre Giuseppe, Diritto e politica in Caterina da Siena, Giappichelli, Turin, 2010. Pour ce qui est de la psychiatrie, on peut citer Bell Rudolph, L’anorexie sainte : jeûne et mysticisme du Moyen âge à nos jours, PUF, Paris, 1994 et Raimbault Ginette, Eliacheff Caroline, Les indomptables. Figures de l’anorexie, Odile Jacob, Paris, 1989.

[2] Les lettres de Catherine de Sienne sont recueillies dans leur totalité dans une collection d’ouvrages dirigée par Marilène Raiola, publiée par les Editions du Cerf entre 2008 et 2017. Les lettres en question se trouvent dans les deux premiers volumes : Raiola Marilène (éd.), Lettres aux papes Grégoire XI et Urbain VI, aux cardinaux et aux évêques, Editions du Cerf, Paris, 2008 et Raiola Marilène (éd.), Lettres aux rois, aux reines et aux responsables politiques, Editions du Cerf, Paris, 2010.

[3] Pour cette recherche, l’édition de référence est celle éditée et traduite par Marilène Raiola, citée précédemment.

[4] Tous les éléments biographiques sont tirés de Vauchez André, Catherine de Sienne. Vie et passion, Editions du Cerf, Paris, 2015.

[5] Maire Vigueur Jean-Claude, Faini Enrico, Un nuovo modo di governare: il sistema politico del comuni italiani (secoli XII-XIV), Bruno Mondadori, Milan, 2010, p. 7-10.

[6] Menant François, L’Italie des communes : 1100-1300, Belin, Paris, 2005, p. 113.

[7] Crouzet-Pavan Elisabeth, Enfers et paradis. L’Italie de Dante et de Giotto, Albin Michel, Paris, 2004, p. 111-114.

[8] Vauchez André, Catherine de Sienne …, Op. Cit., p. 63.

[9] L’histoire de Sienne et de son système politique a été largement étudiée et analysée dans un premier temps par William Bowsky  puis par Mario Ascheri dans les travaux suivants : Ascheri Mario, Siena nella storia, Silvana, Milan, 2001 ; Ascheri Mario, Storia di Siena. Dalle origini ai giorni nostri, Biblioteca dell’Immagine, Pordenone, 2013 ; Bowsky William, A Medieval Italian Comune. Siena under the Nine, 1287-1355, University of California Press, Berkley, 1986.

[10] Menant François, L’Italie des communes …, Op. Cit., p. 90.

[11] Giorgi Andrea, « Il conflitto magnati/popolani nelle campagne : il caso senese » in Cherubini Giovanni (dir.), Magnati e popolani nell’Italia comunale. Quindicesimo convegno di studi. Pistoia, 15-18 maggio 1995, Centro italiano di studi di storia e d’arte, Pistoia, 1997, p. 137-209.

[12] Ibid., p. 148-149.

[13] Carniani Alessandra, I Salimbeni quasi una signoria: tentativi di affermazione politica nella Siena del ‘300, Protagon editori toscani, Sienne, 1995, p. 192.

[14] Ibid., p. 253.

[15] Ascheri Mario, « Un’intesa impossibile: Caterina e la cultura politico-istituzionale “popolare" di Siena » in Trenti Luigi et Klange Addabbo Bente (dir.), Con l’occhio e col lume. Atti del corso seminariale di studi su S. Caterina da Siena (25 settembre-7 ottobre 1995), Edizioni Cantagalli, Sienne, 1999, p. 81-98.

[16] Citation originale (traduction proposée par l’auteure) : « C’era un oggettiva difficoltà di rapporti che nasceva da un’altrettanto oggettiva incomprensione tra le due parti, perché il governo senese e Caterina operavano per fini e su piani assolutamente diversi », Ibid., p. 95.

[17] Ibid., p. 96-97.

[18]  Il se trouve dans une des vallées les plus au sud du contado de Sienne, appelée Val d’Orcia, comme tous les châteaux des Salimbeni.

[19] Vauchez André, Catherine de Sienne …, Op. Cit., p. 87.

[20] Nardi Paolo, « Santa Caterina e Siena », in Bartolomei Romagnoli Alessandra, Cinelli Luciano et Piatti Pierantonio (dir.), ‘Virgo digna coelo’. Caterina e la sua eredità, Libreria Editrice Vaticana, Rome, 2013, p. 230.

[21] La numérotation adoptée est celle des éditeurs anciens, là où G signifie Gigli et T signifie Tommaseo.

[22] Raiola Marilène (éd.), Lettres aux rois, aux reines et aux responsables politiques, Editions du Cerf, Paris, 2010, p. 128.

[23] Luongo F. Thomas, The Saintly Politics of Catherine of Siena, Cornell University Press, Ithaca, 2006.

[24] Il faut noter que les dates des lettres ne sont que des hypothèses pour la plupart, car, lors de l’étape de récupération des lettres après la mort de Catherine, les disciples qui les transcrivent dans des manuscrits épistolaires effacent généralement les dates, dans une volonté d’universalisation du message de la sainte. Dejure Antonella, « Sparizioni, cancellazioni e pratiche di riscrittura nelle Lettere di Caterina da Siena », in Fekete Monica, Lazar Andrei et Moraru Sanda-Valeria (dir.), Sparizioni, cancellazioni, dimenticanze nelle letterature romanze, Presa Universitara Clujeana, Cluj-Napoca, 2021, p. 220-221.

[25] ISIME, Fondo E. Dupré Theseider, Trascrizioni di lettere, fasc. 14.

[26] Cursi Mario, Dejure Antonella et Frosini Giovanna (dir.), Epistolario. Lettere A-B, Istituto Storico Italiano per il Medio Evo, Rome, 2023, p. 420.

[27] Bartolomei Romagnoli Alessandra, « Caterina da Siena maestra spirituale: le lettere alle donne », in Piatti Pierantonio (dir.), Caterina da Siena e la vita religiosa femminile. Un percorso domenicano, Centre Internazionale di Studi Cateriniani, Rome, 2020, p. 129-156.

[28] Ibid., p. 142.

[29] Ibid.

[30] Raiola Marilène (éd.), Lettres aux laïcs 1, Editions du Cerf, Paris, 2010, p. 30. Le château des Salimbeni s’appelant aussi Rocca d’Orcia, d’où l’utilisation du mot Roche.

[31] Ginatempo Maria, « Salimbeni », in Del Tredici Federico (dir.), La signoria rurale nell’Italia del tardo medioevo. 5. Censimento e quadri regionali, UniversItalia, Rome, 2021, p. 656.

[32] Basé sur les hypothèses de datation suivantes : Fawtier Robert, Sainte Catherine de Sienne : essai de critique des sources. II. Les Œuvres de Sainte Catherine de Sienne, E. de Boccard, Paris, 1930, p. 240 ; Noffke Suzanne, The letters of Catherine of Siena, volume II, Arizona Center for Medieval and Renaissance Studies, Tempe, 2000, p. 422.

[33] Basé sur les hypothèses de datations suivantes : Fawtier Robert, Sainte Catherine de Sienne …, Op. Cit., p. 298 ; Noffke Suzanne, The letters …, volume II, Op. Cit., p. 477.

[34] Basé sur les hypothèses suivantes : Fawtier Robert, Sainte Catherine de Sienne …, Op. Cit., p. 240-241 ; Noffke Suzanne, The letters …, volume II, Op. Cit., p. 418 ; Cursi Mario, Dejure Antonella et Frosini Giovanna (dir.), Epistolario …, Op. Cit., p. 403.

[35] Basé sur les hypothèses suivantes : Fawtier Robert, Sainte Catherine de Sienne …, Op. Cit., p. 298 ; Noffke Suzanne, The letters …, volume III, , p. 84 ; Cursi Mario, Dejure Antonella et Frosini Giovanna (dir.), Epistolario …, Op. Cit., p. 265.

[36] Basé sur les hypothèses suivantes : Fawtier Robert, Sainte Catherine de Sienne …, Op. Cit., p. 299; Noffke Suzanne, The letters …, volume II, Op. Cit., p. 624.

[37] Basé sur les hypothèses suivantes : Fawtier Robert, Sainte Catherine de Sienne …, Op. Cit., p. 304 ; Noffke Suzanne, The letters …, volume II, Op. Cit., p. 398.

[38] Sur l’impact politique des femmes dans la famille médiévale (Italie) : Chabot Isabelle, La dette des familles. Femmes, lignage et patrimoine à Florence aux XIVe et XVe siècle, Ecole française de Rome, Rome, 2011 et Guerra Medici Maria Teresa, L’aria di città: donne e diritti nella città medievale, Edizioni scientifiche italiane, Naples, 1996. Sur les rapports entre Catherine et les femmes : Bartolomei Romagnoli Alessandra, « Caterina da Siena, maestra … », Op. Cit.

[39] Cela signifie qu’elle offre des conseils en matière de religion et de morales aux femmes avec qui elle est en contact (Bartolomei Romagnoli Alessandra, « Caterina da Siena, maestra … », Op. Cit.).

Bibliographie

Souces

Cursi Mario, Dejure Antonella et Frosini Giovanna (dir.), Epistolario. Lettere A-B, Istituto Storico Italiano per il Medio Evo, Rome, 2023.

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